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Un enfant atteint d’un cancer sur Facebook : « j’ai juste 11 souhaits… »

Emanuele D'Onofrio - aleteia - Publié le 05/03/14

Un petit anglais de 11 ans, Reece Puddington se bat contre la maladie depuis 2008. Via Facebook, il a pu et su dire ce qu'il voulait à ses proches.

L’appel est encore là, rendu public à tous les utilisateurs de Facebook qui auraient envie de le lire et de partager l’émotion du petit Reece. Il a tout essayé, aidé par sa famille, depuis le jour où il a découvert qu’il était atteint d’un neuroblastome il y a maintenant six ans. Il avait 5 ans à l’époque, et toutes ces années de soins pour améliorer son état de santé se sont révélées vaines. Sa famille l’a accompagné tout au long de ce douloureux parcours : en parlant de sa mère, le jeune garçon écrit avec une maturité bouleversante, qu’« après une mûre réflexion, elle a pensé que si elle devait décider pour elle, elle me soumettrait à d’autres thérapies. Mais si elle devait décider pour moi, elle me laisserait partir ».

C’est ainsi que Reece, épuisé par de trop nombreuses déceptions, que ses proches et lui ont surmontées, demande aujourd’hui alors, qu’il n’est encore qu’un enfant, que l’on lui exauce 11 vœux tant que cela est encore possible : parmi eux, un voyage avec sa mère sur les falaises, visiter Sun City en Afrique du Sud, avoir la nouvelle Xbox One. Mais ses vœux ne sont pas que pour lui : Reece voudrait aussi que sa maman apprenne à conduire. Nous avons demandé à Paola di Blasio, professeur de Psychologie du développement à l’Université Catholique de Milan d’analyser cette histoire pour Aleteia.

Que peut nous apprendre l’histoire du petit Reece quant au rapport des enfants avec la mort ?
Paola Di Blasio : Nous ne savons en réalité que très peu de choses sur ce thème qui est particulièrement délicat, parce qu’il n’existe pas de recherches concrètes sur ces questions : que des enfants puissent demander à mourir, par exemple. Ce que nous savons, c'est qu’il est certain qu’un enfant de 11 ans a d’ores et déjà acquis une idée assez réaliste de ce qu’est la mort.
En fait, les enfants de bas âge ne connaissent pas encore le concept, n’ont même pas la perception de ce que peut signifier mourir, et peuvent utiliser ce terme comme pour exprimer l’idée de disparaître, mais disparaître juste pour un temps. Les enfants entre 7 et 8 ans en ont déjà une idée plus réaliste, alors que les enfants entre 8 et 11 ans voient en la mort une conclusion, comme une fin physique mais également psychique. Ils réussissent donc en réalité à comprendre ce que signifie la disparition définitive d’une personne. Mais il est évident que s’ajoute à ce problème l’extrême souffrance de cet enfant au cours de toutes ces années, autant due à ses soins qu’à sa situation. Ainsi, si nous devions évaluer sa capacité à analyser et à décider, il semblerait qu’à cet âge, elle apparaît suffisamment consciente et raisonnable. Mais savoir que faire et comment, est un autre problème qui ne peut être comparé avec les capacités psychologiques au sens strict.

Ce jeune garçon est anglais. Est-il possible qu’un enfant qui a grandi dans une culture différente ait une réaction également différente face à la souffrance ?
Paola Di Blasio : Effectivement! Je pense que vous avez raison. Selon moi, l’enfant s’est senti autorisé à faire cette demande, probablement parce sa culture l’autorise à pouvoir demander ce genre de choses. Au sein d’une autre culture, l’enfant se serait certainement senti obligé, d’une certaine manière, d’accepter cette souffrance jusqu’à la fin. La culture est donc très importante. Mais je ne connais pas précisément les modèles et les références culturelles avec lesquels a vécu ce jeune garçon. Cependant, il est certain que ce que l’enfant demande, ses attentes et ses désirs, sont également très liés aux expériences qu’il a connues. Il déclare que sa « maman ne veut pas le laisser partir », il sait ainsi pertinemment que sa décision ferait extrêmement souffrir cette dernière. Mais l’enfant comprend également, et il se sent en quelque sorte autorisé à demander ce genre de requête, une demande culturellement acceptée et consentie.

Peut-on dire qu’à l’âge de Reece, la peur de la mort n’est pas encore développée ?
Paola Di Blasio : Je pense que dans un cas comme celui-ci, comme dans le cas de certains adultes, c’est en fait un sentiment d’anticipation de la douleur qui est plus fort que la peur de la mort. Ainsi, pour cet enfant, la peur de devoir continuer à souffrir est plus forte que la crainte de disparaitre. Deux différents types de peurs entrent alors en conflit : une peur qu’il a déjà vécue, et qu’il vit continuellement depuis qu’il a 5 ans, à savoir la déception perpétuelle de l’espérance, des soins qui s’avèrent inefficaces, la souffrance physique, le désir de pouvoir réaliser ces 11 vœux. Et d’un autre côté, quelque chose qu’il ne réussit pas réellement à évaluer, mais qui lui semble tout de même préférable. Selon moi, la souffrance qu’il perçoit sur les visages des personnes qu’il aime, sa mère, ses frères, est également très importante. En effet, l’échec des soins, la sensation de plonger vers un précipice douloureux se reflète également sur les visages des personnes qui l’entourent. Plus personne ne peut lui donner l’espérance, lui-même ne réussit plus à la trouver après toutes ces années.

Pourquoi ce jeune garçon choisit-il de communiquer sa décision sur Facebook ?
Paola Di Blasio : J’ai l’impression qu’il a une certaine familiarité avec ce moyen de communication, due notamment à sa maladie, car il n’a très certainement pas eu la possibilité d’avoir une vie sociale intense. Et je pense également que cela pourrait se révéler être un moyen simple de dire à ses proches ce qu’il pense. Peut être qu’à travers ce canal, il a pu également parler et réfléchir, grâce aux mots et à l’écriture. Je crois de toute façon qu’une chose de ce genre est très difficile à dire, notamment aux personnes qui souffrent également en te voyant malade, et il utilise ainsi cette stratégie pour dire ce qu’il veut.

Que peut-on retenir de cette histoire ?
Paola Di Blasio : Je dirais que c’est un exemple concret qui montre comment les choses indicibles sont parfois dites à un large public plutôt que d’être confiées à une seule personne. Paradoxalement, il est plus simple de le dire à la télévision ou sur Facebook plutôt que d’être confronté à la douleur d’une personne, d’une mère ou d’un père, face à ce genre de souffrance.

Traduit de l’édition italienne d’Aleteia par Mathide Dehestru.

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