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Pape François : « Je ne suis pas une star, mais une personne normale »

Isabelle Cousturié - published on 05/03/14

Dans un long entretien au directeur du quotidien italien « Corriere della Sera » le Souverain Pontife se confie sur la première année de son pontificat.

05/03/2014

Le 13 mars prochain, cela fera pile un an que nous aurons entendu résonner ce « Bonsoir » depuis le balcon de la Loge des bénédictions de la Basilique Saint-Pierre, avec cette élection d'un pape du bout du monde qui n'en finit pas de bouleverser le monde.  Douze mois d’une rare intensité – pour l’Eglise mais pas seulement  –  tant les nouveautés et les signes profonds de renouveau pastoral offerts par le pape François ont été nombreux.

Ferruccio De Bortolli, directeur du quotidien italien, Corriere della Sera a eu l’occasion rare de tracer « comme un bilan » de cette première année de pontificat, avec le pape en personne. « Comme un bilan » parce que le Saint-Père a tout de suite corrigé le tir : « Je ne fais de bilan que tous les 15 jours, avec mon confesseur ». Alors il parle de lui, de son Argentine, de ses relations avec ses prédécesseurs, de son attention et de sa préoccupation pour la famille, thèmes qui lui sont chers et qu’il aborde régulièrement dans ses discours.

Dans cet entretien, diffusé simultanément dans les colonnes de La Nación à Buenos Aires, le pape confirme son plaisir « d’être au milieu des gens, d’être aux côtés de ceux qui souffrent, d’aller dans les paroisses », mais déclare ne pas apprécier du tout qu’on fasse de lui une star, un super pape : il est un homme « qui rit, pleure, dort tranquillement, et qui a des amis comme tout le monde, une personne normale ». Il n’aime pas que l'on bâtisse « des  interprétations idéologiques » sur sa personne, que l’on crée « un mythe » autour de lui, par exemple quand on dit qu’il sort du Vatican la nuit pour aller donner à manger aux sans-abris du quartier : « ça ne m’est jamais venu à l’esprit ! », déclare-t-il au directeur du Corriere della Sera. 

Le pape se laisse aller à quelques  confidences : il aime parler au téléphone avec ceux qui lui demandent de l’aider, de le conseiller par lettre, mais se rend bien compte que cette habitude qu’il avait à Buenos Aires, ce « service », se révèle plus compliqué maintenant qu’il est pape, vu « la quantité de gens » qui lui écrivent, dit-il. Et certaines personnes le touchent tout particulièrement, comme cette femme, une veuve de 80 ans, qui avait perdu son fils, et à qui il téléphone une fois par mois : « Elle est heureuse et moi je fais le prêtre. Ça me plaît », confie-t-il.

Et avec le pape émérite Benoît XVI, son prédécesseur, recherche-t-il le contact pour lui-même, pour recevoir des conseils ? La question lui a été posée et il a répondu :

« Oui. Le pape émérite n’est pas une statue de musée. C’est une institution. Nous n’étions pas habitués. Il y a 60 ou 70 ans de cela, il n’y avait pas d’évêque émérite, cela n’existait pas. C’est venu après le Concile. Aujourd’hui c’est une institution. Cela doit être la même chose pour le pape émérite. Benoît XVI est le premier et il y en aura peut-être d’autres. Nous l’ignorons. Benoît XVI est discret, humble, il ne veut pas déranger. Nous en avons parlé et avons décidé qu’il serait mieux qu’il voit des gens, sorte et participe à la vie de l’Eglise (…) Certains auraient voulu qu’il se retire dans une abbaye bénédictine loin du Vatican. J’ai pensé aux grands-parents qui, avec leurs sagesse, leurs conseils, insufflent de la force à la famille et ne méritent pas de finir dans une maison de repos ».

Le pape François reconnaît à Benoît XVI le mérite d’avoir « ouvert une voie » dans  les affaires d’abus sur mineurs, « épouvantables car elles laissent des traces très profondes ». Et d’ajouter à ce propos : «  la  grande majorité des abus se vérifient dans la sphère familiale ou proche de la famille, et l’Egliseest peut-être l’unique institution publique à avoir bougé avec transparence et responsabilité », pourtant, regrette-t-il, « elle est la seule à être attaquée ».

Le Comité des droits de l'enfant des Nations unies avait publié le mois dernier un rapport très critique sur l'attitude du Vatican dans la lutte contre les violences sexuelles sur mineurs.

L’entretien va crescendo… Ferruccio De Bortolli  interroge le pape François sur sa manière de gouverner : est-il comme il semble donner l’air : un homme qui écoute tout le monde et décide tout seul … en fin de compte un homme seul ?

Réponse du pape : «  Oui et non. Je comprends ce que vous voulez dire. Le pape n’est pas seul dans son travail parce qu’il est accompagné et conseillé par beaucoup de monde. Et il serait un homme seul s’il décidait sans écouter ou faisait semblant d’écouter. Mais il y a un moment, quand il s’agit de décider, de mettre une signature, où il est seul avec son sens des responsabilité ».

En un an le pape François a innové, critiqué, secoué… pour changer l’Eglise. On aimerait bien savoir s’il est content du résultat, s’il a pu faire tout ce qu’il avait prévu. Sa réponse au directeur du Corriere della Sera : « En mars de l’année dernière je n’avais aucun projet de changement pour l’Eglise, je ne m’attendais pas à ce ‘transfert’ de diocèse, disons cela comme ça. J’ai commencé à gouverner en essayant d’appliquer  tout ce qui émergeait des discussions entre les cardinaux dans les différentes congrégations. Dans ma façon d’agir j’attends que le Seigneur me donne l’inspiration. Par exemple : on avait parlé de la santé spirituelles des personnes qui travaillent à la Curie, alors on a commencé à faire des retraites spirituelles. On devait donner plus d’importance aux Exercices spirituels annuels: tout le monde a le droit de passer cinq jours en silence et méditation, alors qu’avant, à la Curie, on écoutait trois prédications par jour et d’autres continuaient à travailler.

Parmi tous les thèmes abordés avec le directeur du Corriere della Sera, celui de la famille, en prévision du prochain Synode (5-19 octobre 2014), occupe une large place : « l’Eglise a un long chemin  à parcourir. Un processus voulu par le Seigneur », a-t-il souligné. Car la famille « traverse une crise très sérieuse, les jeunes se marient peu. Il y a beaucoup de familles séparées où le projet de vie commune a échoué. Les enfants souffrent énormément. Nous devons donner une réponse » ». Mais ce n’est qu’après avoir réfléchi « en profondeur » qu’il sera possible « d’affronter sérieusement les situations particulières, voire même celle des divorcés ».

Le pape François est également interrogé sur les unions civiles, sur le rôle de la femme dans l’Eglise. Sur le contrôle des naissances, il rappelle la recommandation de Paul VI aux confesseurs: « beaucoup de miséricorde et d’attention aux situations concrètes ». Et sur les questions de vie et de testament biologique, rappelle ce que dit « la doctrine traditionnelle » de l’Eglise, soit que personne n’est obligée d’utiliser des moyens extraordinaires quand on sait que la personne est en phase terminale. « J’ai toujours conseillé les soins palliatifs »,  précise-t-il, mais « dans des cas plus spécifiques », il convient de recourir « au conseil de spécialistes ».

Enfin concernant son prochain voyage en Terre Sainte (24-26 mai 2014), 50 ans après celle de Paul VI qui, dit-on, aurait été à deux doigts de signer un accord « d’intercommunion » avec le patriarche Athënagoras, le pape François déclare : «  Nous sommes tous impatients d’obtenir des résultats « définitifs ». Mais le chemin de l’unité avec les orthodoxes veut surtout dire marcher et travailler ensemble (…) Je ne sais pas si l’épisode que l’on raconte sur Athënagoras est vrai, qu’il aurait proposé à Paul VI de marcher ensemble et d’envoyer tous les théologiens discuter entre eux sur une ile. C’est une boutade, mais il est important que nous marchions ensemble. La théologie orthodoxe est très riche. Et je croix qu’ils ont actuellement de grands théologiens. Leur vision de l’Eglise et de la synodalité est merveilleuse ».

Et le pape François n’oublie pas « son » Argentine. Un peu de nostalgie ?  Il répond : « la vérité c’est que je n’en ai pas. Je voudrais aller trouver ma sœur, qui est malade, la dernière de nous cinq. Je ne pense pas y aller avant 2016, car en Amérique Latine, je suis déjà allé à Rio. Maintenant je dois aller en Terre Sainte, en Asie, puis en Afrique ». 

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