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Séries télé : difficile de concilier Foi et fiction

Lilia Draime - Publié le 25/02/14

Lilia Draim, du blog Ethika Politika, mène une double vie : fan de séries télé d'un côté, fan de Dieu de l'autre. Mais la plupart des films, romans et séries télé qui hantent son esprit sont clairement dénués de toute référence à Dieu.

Addict aux séries, films et autres romans, les traumatismes émotionnels provoqués par  ma passion sont parfois à la limite du supportable : mes personnages préférés sont constamment à l’hôpital ou frappés par d'horribles malédictions. Lorsqu’il leur arrive parfois de (sur)vivre, leurs crises existentielles me déchirent le cœur.

La seule chose qui soit encore plus difficile que de suivre dévôtement une série télé, c’est de suivre la parole du Christ. Alors que je plonge de plus en plus dans les univers du Mentalist, de Hunger Games  et autres fictions pour jeunes adultes angoissés, j'ai de plus en plus de mal à concilier ma foi et ma passion télévisuelle.

En effet, dans la plupart des séries télé, des romans ou des films, la religion est ouvertement condamnée, la moralité est arbitraire et les personnages n'ont foi que dans d’autres personnages, et encore… Les fans et fidèles absorbent ces préceptes laïcs telle une parole d’évangile. Mes convictions ne sont pas mises au défi, mais outrageusement dénoncées à longueur de page ou d'épisode. 

Je pourrai passer outre, et me contenter de lire, regarder, écouter. La fiction laïque n’est pas un problème en soi. C’est plutôt dans la participation active de la fan-attitude que la pente devient savonneuse. C’est tellement excitant de s’inscrire sur des blogs comme Tumblr et d'y rechercher les images des futurs épisodes, bêtisiers et autres contenus, qui incitent à s'immerger encore plus profondément dans la fiction. D'autant plus qu'au cœur des intrigues se trouvent souvent des thèmes plus profonds, qui incitent les fans à découvrir la beauté de la vie de tous les jours et dans leur propre vie en général. C’est ainsi que se crée le sentiment d’appartenir à une vraie communauté : les adoratrices du Dr Who, de Marc Levy, le fan club de Dr House…

Malheureusement, se refugier ainsi dans la fiction devient à la longue la marque de fabrique de ces pseudo-cultes. Les fans s’agrippent au moindre mouvement des auteurs, acteurs et producteurs, comblant ainsi les vides qu’ils peuvent trouver. S’il en reste, les fans s’adonnent alors au « fan-art » (création artistiques de fan reprenant un personnage ou une scène d’une œuvre) de manière compulsive.  Certains blogueurs fantasment même ouvertement sur une potentielle escapade en amoureux avec leur personnage ou acteur/actrice préféré(e).

Cette fuite en avant dans la fiction entre en concurrence directe avec ma foi. La perversion sexuelle et l’absence de Dieu dans ces œuvres mériteraient déjà, en soi, que je prenne un peu de recul. Mais ce qui me dérange le plus, c’est comment la douleur y est traitée : elle y est en général représentée comme  inéluctable et purement négative.

À force de passer trop de temps dans un monde fictionnel, on finit aussi par cultiver un comportement de « Pourquoi moi ? Pourquoi suis-je socialement anxieux ? Pourquoi n’ai-je pas reçue ma lettre de Poudlard ? Pourquoi n’ai-je pas la force de Katniss Everdeen, l’héroïne de Hunger Games, ni une armure technologique comme Iron Man ? » Trouver des solutions concrètes aux anxiétés de tous les jours devient alors presque impossible, si nous ne nous voyons que comme des acteurs de second rôle dans nos propres vies.

Force est de constater que les histoires auxquelles s’accrochent les jeunes adultes de ma génération accréditent souvent les peurs et les doutes qu’ils ont du mal à exprimer. La fiction est chérie, telle une manière précieuse et personnelle  d’exprimer son moi profond. On s’identifie à Lauren en lisant Et si c’était vrai, ou à Lisa en regardant Dr House, tout en attendant anxieusement que nos propres vies commencent à avoir un sens.

Et cette passion peut devenir une béquille mal appropriée pour de jeunes fans qui recherchent une orientation morale. Il est beaucoup moins intimidant de lire un livre que de s'engager dans une discussion profonde et personnelle, se rendant ainsi encore plus vulnérable.

M’engager au sein de ma communauté spirituelle m’en a fait réaliser que j’ai des besoins qu’aucune histoire ni aucun personnage de fiction ne saurait satisfaire. Aucune de mes expériences en tant que fan ne saurait rivaliser avec la profonde paix que je ressens après une veille de prières dans la grotte de Notre-Dame du Rosaire, ou une conversation particulièrement éclairante dans la chapelle de Cavanaugh Hall.

Cela ne veut pas dire que je sois prête à quitter mes séries adorées. J’aime trop m'y plonger pour ça, et en plus, j’attends anxieusement la troisième saison de House of Cards. Mais à partir de maintenant, chaque immersion dans ma passion pour les fictions s'accompagnera d'une implication plus grande encore dans ma foi. Ces deux forces sont toujours en tension, mais alors que je progresse sur le chemin de ma foi, elles se ré-concilient peu à peu. L’équilibre entre ma passion et la passion du Christ se rapproche sans cesse de son point d'équilibre. 

Traduit et adapté de l'édition anglaise d'Aleteia par Paul Monin

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CinémaFoiserie
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