Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Lundi 17 mai |
Saint Pascal Baylon
home iconActualités
line break icon

Pourquoi l’Église s’oppose-t-elle à la pratique des mères porteuses ?

Pierre-Olivier Arduin - Publié le 04/02/14

D’autre part, le contrat devra-t-il prévoir une période d’abstinence des rapports conjugaux de la femme porteuse pendant la période d’implantation de l’embryon du couple commanditaire ? Mais cette clause d’abstinence ne serait-elle pas nécessairement nulle en ce qu’elle est incompatible avec les obligations du mariage, sans compter qu’elle porte atteinte à la liberté et au respect de la vie privée de la femme ?

3 La pratique des mères porteuses contrevient au principe d’indisponibilité du corps humain

On pourra rétorquer que la mère porteuse est volontaire et parfaitement consciente de ce qu’elle fait. Certains pourront également mettre en avant la thèse du philosophe utilitariste John Stuart Mill (1806-1873) – « sur lui-même, sur son corps, sur son esprit, l’individu est souverain » – fondant l’autorité du contrat passé entre la mère porteuse et les parents éducateurs sur le consentement libre et éclairé des deux parties. Il est incontestable que cette logique individualiste et libérale se répand de plus en plus à la faveur de la mondialisation de la bioéthique comme en témoignent les régimes d’autorisation instaurés dans certains pays. Mais elle ne saurait cependant être érigée en modèle tant ses attendus idéologiques heurtent profondément le patrimoine moral de nombreux États. En Europe, l’interdiction de la GPA est explicitement prévue en France, Suisse, Autriche, Espagne, Italie ou Allemagne.

En effet, la pratique des mères porteuses est contraire au principe d’indisponibilité du corps, lui-même composante de la dignité de la personne humaine. La fonction civilisatrice de la loi est justement là pour rappeler que la personne n’a pas le pouvoir de renoncer à sa dignité et ne peut s’exiler de l’humanité même avec son accord. Le respect de la dignité humaine ne s’accommode pas de concessions en fonction d’appréciations subjectives ; il exige de protéger la personne et son corps, fût-ce contre elle-même. « Dès lors que le corps s’identifie à la personne, il en résulte qu’il doit bénéficier de cette indisponibilité (…). Ce principe a une vertu essentielle : il préserve contre la marchandisation du corps humain. Ce faisant, il permet d’éviter que les plus démunis ne soient tentés d’abdiquer leur dignité en vendant la seule chose qu’ils ont : leur corps 5». A-t-on en effet déjà vu des femmes riches prêter leur utérus à des femmes pauvres ?

De fait, il est indéniable que la gestation pour autrui conduit à une réification de la mère porteuse. « La femme joue ici le rôle d’un outil de production, en mettant au service de tierces personnes ce qu’elle a de plus intime à son être, ce qui la distingue en tant que femme : sa capacité gestationnelle. Celle qui accouche agit non pas comme une véritable mère mais, plutôt, comme une machine qui fabrique l’enfant pour le livrer ensuite au couple demandeur »6.

4 La pratique des mères porteuses traite l’enfant comme une chose appropriable

Benoît XVI nous a mis en garde dans sa première Encyclique contre la chosification rampante de l’être humain qui s’impose à la faveur du relativisme : « L’homme considère maintenant le corps comme la part seulement matérielle de lui-même qu’il utilise et exploite de manière calculée (…). Nous nous trouvons devant une dégradation du corps humain qui n’est plus l’expression vivante de la totalité de notre être mais qui se trouve comme cantonné au domaine purement biologique (…). L’être humain devient une simple marchandise 1».

Si la gestation pour autrui instrumentalise la femme en la transformant en outil vivant, elle entraîne également une chosification de l’enfant qui offense sa dignité. En effet, la mère porteuse s’engage « à céder l’enfant qu’elle aura porté en posant un acte de disposition relatif à une personne. Il s’en suit une réification de l’enfant traité non comme un sujet de droit, mais comme un objet de créance ou comme une chose due en vue du contrat 2». L’acte de renoncer à un enfant et de le céder contre rétribution le fait basculer dans le monde des choses, appropriables et disponibles, à l’inverse de la personne, radicalement indisponible. Les choses ont un prix, l’être humain a une dignité, telle est bien l’une des lois de notre civilisation.

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
Tags:
Bioéthiquemere porteusepma gpa
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
Soutane de Jean Paul II/attentat
Marzena Devoud
Qu’est devenue la soutane tachée de sang de Jean Paul II ?
2
Mgr André Joseph Léonard
Que penser des expériences de mort imminente ?
3
Camille Dalmas
Cinq choses à savoir sur le nouveau ministère laïc de Catéchiste
4
The Agonie of the garden
Fr. Jean-Thomas de Beauregard, op
La dernière prière de Jésus
5
PRAY
Mathilde de Robien
Les cinq étapes indispensables d’une prière réussie
6
Thérèse Puppinck
Velankanni, le Lourdes de l’Orient
7
Hugues Lefèvre
13 mai 1981, 17h17 : « On a tiré sur Jean Paul II »
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement