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Affaire Dieudonné : une opération d’occupation des cerveaux

JEAN-SEBASTIEN EVRARD

Guillaume de Prémare - Radio Espérance - Publié le 13/01/14

Dans sa dernière chronique sur l'antenne de radio Espérance, Guillaume de Prémare revenait sur l'affaire Dieudonné. Eclairage.

Deux lycéens de 17 ans ont été placés en garde à vue après s’être photographiés effectuant une quenelle dans l’enceinte de l’établissement. En arrière-plan du cliché, les deux adolescents ont placé un ananas, en référence à la chanson parodique « shoah-nanas » de Dieudonné. Il s’agit, bien sûr, de tourner en dérision la Shoah. Un de leurs camarades les a dénoncés au professeur principal, lequel a averti le proviseur, lequel a saisi le procureur d’Evry. Voici donc les deux gamins sous la menace d’une qualification pénale : celle d’apologie de crimes contre l’humanité.

Avec un peu de bon sens, nous aurions pu imaginer que le proviseur s’avise de traiter cette affaire au plan disciplinaire et de régler sa dimension morale et éducative en lien avec les enseignants, les familles et les des deux gosses. Nous aurions pu imaginer une sanction d’exclusion temporaire et une réparation pédagogique, un exposé sur la Shoah par exemple. Mais le bon sens n’a pas prévalu.

Pourquoi n’a-t-il pas prévalu ? Parce que nous vivons un temps ubuesque d’hystérisation du débat public. L’hystérie politico-médiatique ambiante a fait perdre les pédales à des adultes en charge d’éducation. Une garde à vue, franchement, c’est délirant.

Un juteux feuilleton à rebondissement

Dieudonné, sa quenelle et ses chansons, sont devenus le grand buzz dans les médias et sur les réseaux sociaux, en l’espace de quelques heures. Une énième provocation extrême de Dieudonné, une nouvelle rodomontade autoritaire de Valls, suivie d’une quenelle du footballeur Anelka, et la machine infernale s’emballe. Depuis, l’hystérie obsessionnelle ne dégonfle pas.

Le plus juteux, pour les trois protagonistes – Valls, Dieudonné et les médias -, c’est que cette chronique dramatique recèle tous les avantages d’un feuilleton à rebondissement : interdiction du préfet, recours de Dieudonné, réactions et petites phrases à renfort de grands mots. Avec, en point d’orgue, une jurisprudence du Conseil d’Etat dont l’enjeu politique est devenu disproportionné.
Je ne dis pas que le "phénomène Dieudonné" ne doive pas être traité par les médias ni débattu. Je dénonce la place qui lui est assigné et la tonalité fantasmagorique qui lui est donné. Que se passe-t-il dans ce genre d’affaire ? On occupe les cerveaux par le spectacle, la distraction, la peur, la délectation, le mouvement paradoxal de fascination-répulsion. D’une certaine manière, on cherche à conduire à son paroxysme un processus d’état de choc de l’opinion, au risque d’alimenter la guerre de tous contre tous.

Grand Barnum hystérique

(légende photo : des supporters de Dieudonné brandissent son portrait)

Comme si l’information de masse était devenue un grand Barnum hystérique destiné à maintenir l’opinion en état de choc, et par conséquent inapte à penser. Elle crée des points de fixation obsessionnels qui se succèdent, les uns chassant les autres. Et les cerveaux, excités par les sensations frénétiques, sont difficilement perméables à la raison, mais perméables à toutes les manipulations et propagandes.

Je pense vraiment que nous observons le spectacle d’un système d’occupation des cerveaux destiné à en exclure toute matière et aptitude à penser. Et ce que Patrick Lelay – ex-patron de TF1 – appelle délicieusement « le temps de cerveau disponible », est livré à la propagande publicitaire.

Je vous renvoie à cette célèbre apostrophe de Bernanos : « On ne comprend rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute forme de vie intérieure. » Et dire qu’à l’époque, il n’y avait ni TF1, ni journal de 20 heures, ni chaînes d’information continue… Ah, Seigneur, prends pitié !

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manuel vallsManuel Valls
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