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La « théologie de la femme » en débat

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L'appel du Pape François à élaborer une "théologie de la femme" suscite réflexions et objections au sein de la section féminine du Conseil Pontifical pour les Laïcs.

Par Megan Fincher et Colleen Dunne                                                                                                                                                                                                                       
« Je voudrais parler d’une théologie d’hommes et de femmes ensemble », écrit Helen Alvare, avocate et théologienne, dans un mail adressé au National Catholic Reporter. Alvare a été intervenante lors d'un récent symposium au Vatican (1), à l’occasion du 25ème anniversaire de la lettre apostolique de 1988 du pape Jean-Paul II Mulieris Dignitatem (“sur la dignité et la vocation des femmes”).

Environ cent femmes, originaires de 25 pays différents et représentantes de mouvements laïques et d’associations ecclésiales, ont analysé et ouvert le débat sur la lettre apostolique de Jean Paul II Mulieris Dignitatem. Le dernier jour, François a rencontré les participants ainsi que leurs familles. Et il leur a dit : « J’aime l’idée que le mot ‘Église’ ne soit pas masculin mais féminin. L’Église est femme ! L’Église est mère ! C’est beau, n’est-ce pas? Nous devons réfléchir profondément à cela ».

Et d’ajouter : « Dès lors, nous devons reprendre ce travail d’approfondissement et de promotion (des femmes), envers lequel j’ai exprimé mon espoir à plusieurs reprises. Même dans l’Église, il est important de se demander : quelle présence a la femme ? ». Dans l’interview apparue dans les revues jésuites de septembre, François disait : « Il est nécessaire de multiplier les opportunités de diffuser une plus forte présence des femmes dans l’Église» et « nous devons travailler plus durement pour développer une profonde théologie de la femme ».

Au séminaire du conseil pontifical, François a dit : « Je souffre- je le dis sincèrement- lorsque je vois dans l’église ou dans certaines organisations ecclésiales que le rôle de service- que nous avons tous ou que nous devrions avoir- des femmes est réduit à la servitude ». Toutefois, le Pape a également précisé que « l’Église a étudié la question de l’ordination des femmes, mais qu’elle l'a désapprouvée. Jean-Paul II, dans une formulation définitive, a dit que le sujet était clos ». La lettre apostolique Mulieris Dignitatem de Jean-Paul II est l’une des ‘formulations’ citées parmi celles qui ferment la porte à l’ordination des femmes. Dans cette lettre, Jean-Paul II écrivait : « En appelant seulement les hommes pour être ses apôtres, le Christ a agi de façon libre et souveraine. Il l’a fait avec la même liberté que celle avec laquelle, dans tout son comportement, il a mis en exergue la dignité et la vocation de la femme, sans se conformer aux coutumes qui prévalaient et à la tradition voulue par la législation de l’époque. »

La lettre se prononce également en faveur d’une complémentarité chrétienne des genres, qui avait été fait l’objet de critiques au sein de l’Église à l’époque. Les mots de François ont ainsi laissé chez de nombreuses femmes qui travaillent dans divers secteurs de services pour l’Église, l’envie curieuse de savoir ce qu’il entendait par là.

« Continuons à parler des femmes comme si elles venaient d’être inventées », a encouragé l’américaine Vicki Thorn, qui participait au séminaire. « Si vous lisez l’histoire, il apparait que les femmes n’ont certainement pas rien fait. Elles ont été éducatrices, elles ont dirigé des hôpitaux, conseillé des papes, etc. » Thorn est fondatrice du Ministry Project Rachel post-avortement. Elle a exprimé son opposition envers une théologie qui ne regarderait que les femmes, tout comme d’autres l’ont fait au NCR.

« Personnellement, je ne comprends pas pourquoi il devrait y avoir une théologie des femmes, qui de fait ne devrait pas être une théologie écrite par des hommes », a annoncé par mail Marti Jewell, de la School of Ministry de l’Université de Dallas. « On ne parle pas d’’une théologie des hommes. Nous sommes tous disciples, en vertu du baptême ». Le pape François a fait l’éloge de Mulieris Dignitatem pour sa « réflexion organique profonde, dotée d’une base anthropologique illuminée par la révélation », et a ajouté que le document était un point de départ pour d’autres études et efforts pour la ‘promotion’ des femmes.

Alvare a dit : « Peut-être qu’il [François] veut attirer l’attention sur un thème évoqué plusieurs fois au cours du séminaire sur Mulieris Dignitatem– la nécessité de considérer ce que les femmes et les hommes pourraient faire ensemble de manière complémentaire ». Elle a poursuivi en affirmant qu’il était temps de dépasser la défiance relative au genre, en pensant à ce que l’on pourrait créer en plus, pas uniquement en famille, mais partout, lorsque les hommes et les femmes collaborent ».

Ana Cristina Villa Betancourt, chef de la Section féminine du Conseil Pontifical pour les Laïcs, rapporte les propos de François durant le séminaire, selon lesquels « Mulieris Dignitatem est un point de départ ». Elle ajoute ainsi que certains théologiens n’ont pas pris la lettre de Jean-Paul II suffisamment au sérieux et a suggéré que nous commencions à « la relire sans préjugés ». La maternité est un thème clé de Mulieris Dignitatem et François a réaffirmé cette vocation en s’adressant aux participants du séminaire. D’après Radio Vatican, le Pape a affirmé que « beaucoup de choses peuvent changer et être changées dans notre évolution culturelle et sociale. Mais il n’en demeure pas moins que c’est la femme qui tombe enceinte, qui porte dans son utérus et accouche des enfants des hommes ».

En se référant à cette citation, Villa Betancourt exprime l’idée que « les femmes qui l’oublient ou qui tentent de reléguer ce fait à un simple détail finissent par ne plus servir comme elles le devraient la cause des femmes ».
« Lorsque le pape François met l’accent sur la maternité comme une clé pour la compréhension de la vocation des femmes, il ne fait pas seulement référence aux mères qui transmettent la vie physiquement », explique-t-elle. « Il pense à une expression plus profonde de vocation féminine…qui est présente chez les femmes consacrées, religieuses, célibataires, mariées même sans enfants, elle est présente dans chaque femme ! »
Thorn souscrit à cette analyse en disant : « Regardez Mère Térésa- c’était une mère spirituelle. Je peux transmettre la vie en étant enseignante, infirmière, travailleuse sociale ».

Zeni Fox, professeur de théologie à l’université Seton Hall à South Orange, N.J., et membre de la commission directive du NCR, fait part de sa réserve quant au fait de définir les femmes seulement par le biais du rôle de mère : « Je pense que la maternité doit être louée comme il se doit. Mais je crois que ce n’est qu’une partie de ce que nous faisons en tant que femmes, en tenant compte du fait que beaucoup de femmes ne se sont jamais mariées et n’ont jamais eu d’enfants. La maternité est seulement une partie de la féminité ».

Jewell a exprimé l’espoir que François ne sous-estime pas ce que les femmes peuvent offrir à l’Église, au-delà des rôles vocationnels traditionnels. « J’aurais tendance à ne pas exagérer la portée des dons féminins, tant dans la maternité que dans la virginité », a écrit Jewell dans un mail adressé au NCR. En se référant à ces deux dons comme étant de très belles conditions de vie, elle a dit espérer que « l’analyse se poursuive, cependant, dans la recherche de dons intellectuels, spirituels, et pastoraux que les femmes peuvent offrir, de la même façon », avant de rappeler que François a invité « les hommes et les femmes à réfléchir à toute chose pouvant conditionner leurs attentes sur le rôle de la femme dans le ministère du leadership, et à trouver des moyens dans lesquels nous pouvons nous ouvrir à l’invitation de l’Esprit pour que s’animent les dons de tous les baptisés.

La théologie de Mulieris Dignitatem est « une théologie qui met l’accent sur le rôle de la femme en tant qu’épouse et mère, mais à moi il me semble, en lisant les observations de François du 12 octobre, qu’il est en train d’ouvrir la voie afin d’aller plus loin que cela », a affirmé Sheila Garcia, ancienne directrice associée du Secrétairerie pour les laïcs, le mariage, la famille et les jeunes, pour la conférence épiscopale catholique aux États-Unis. « Ces rôles sont importants, mais nous avons vraiment besoin de regarder les femmes de manière plus holistique. Les femmes ont d’autres dons et talents grâce auxquels elles peuvent apporter leur contribution » .
Villa Betancourt pense que François « veut sérieusement compter sur les femmes et est également convaincu de pouvoir le faire avec des femmes qui ne sont pas une imitation des hommes ; il l’entend plutôt comme une collaboration ».
Alvare partage cet avis : « Mon impression principale par rapport aux observations de François est qu’il veut voir les femmes dans des positions réelles de guides au sein de l’Église ou en collaboration avec les hommes. Je pense que l’Église pourrait davantage tirer profit non seulement de la compétence croissante et du savoir-faire des femmes…mais aussi de l’acquisition des deux perspectives, masculine et féminine… là où actuellement les femmes ne sont pas, ou là où elles sont peu nombreuses ».

Garcia, quant à elle, a dit espérer que le pape François « s’engage vraiment à considérer la façon dont les femmes peuvent exercer une autorité décisionnaire dans l’Église. Il convient d’effectuer des démarches intermédiaires pour inclure les femmes dans l’Église, et nous ne pouvons pas, à cet effet, commencer par obtenir pour elles l’ordination. En ce qui me concerne, je crois que nous devrions analyser ce que nous pouvons faire maintenant et ne pas perdre des opportunités qui sont juste devant nous », a-t-elle expliqué. En exprimant son accord sur le fait que les changements importants auront besoin de temps, Fox conclut que «Nous devons construire sans nous précipiter et ne pas perdre courage. »                                                   

Traduit par Solène Tadié

1) Ce symposium s'est déroulé du 10 au 12 octobre 2013.

[SOURCE: National Catholic Reporter]

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