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Mgr Georg : « Ma vie partagée entre deux Papes »


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Benoît–et-moi - Publié le 23/10/13

Préfet de la Maison pontificale, Mgr Georg Gaenswein a accordé cette interview à Franca Giansoldati pour le quotidien italien «Il Messagero» du 22 Octobre.


« Travailler pour deux papes est un beau défi et j’aimerais de temps en temps pouvoir demander conseil à mon prédécesseur, mais je n’en ai pas car personne avant moi n’a jamais eu cette double tâche », confie Mgr Georg Gaenswein, ancien secrétaire particulier du pape Benoît XVI et aujourd’hui Préfet de la Maison pontificale.

Mgr Georg, que l’on appelle « don Georg » à la curie,  est interrogé par Franca Giansoldati pour le quotidien italien Il Messagero


Le travail de Mgr Georg est en effet sans précédent : s’occuper de deux papes en même temps, François et Benoît XVI, n’est pas quelque chose qui arrive tous les jours. Ancien secrétaire particulier de Benoît XVI et aujourd’hui Préfet de la maison pontificale, il est « l’homme-pont, la mémoire historique des jours du renoncement, le lien entre le l’ancien et le nouveau », souligne la journaliste ajoutant aussitôt après : «  Mais gare à celui qui parle de « révolution » en cours, car cela serait « trompeur », en ce sens que la révolution avait déjà commencé avant… »


Voici la traduction de cet entretien traduit par le site Benoît-et-moi :

– A quel point est-ce compliqué de travailler pour deux Papes ?


« Disons que c'est un beau défi, indépendamment de la quantité de choses à faire. Parfois, j'aimerais bien demander des conseils à mon prédécesseur, mais il n'y en a pas  parce que personne avant moi n'a jamais eu cette double tâche. Cependant, avec le bon sens, je fais de mon mieux. Je mets en pratique les paroles du Pape François: ne jamais se refermer sur soi-même et ne pas avoir peur; ainsi, chaque jour, je parcours le sentier avec sérénité.

Avant l'attention était toute sur Benoît XVI, aujourd'hui, elle est évidemment sur François, mais en fin de compte, le service est fait pour le Seigneur et pour l'Eglise. J'avoue cependant avoir eu quelques difficultés, quelques expériences désagréables concernant des malentendus et de l'envie; mais depuis, les vagues se sont calmées».

- Au Vatican, n'y a-t-il pas le risque d'avoir un Pape et un antipape ?
« Absolument pas. Il y a un Pape régnant et un Pape émérite.

Ceux qui connaissent Benoît XVI savent que ce danger n'existe pas. Il n'est jamais intervenu et n'interviendra jamais dans le gouvernement de l'Église, cela ne fait pas partie de son style. Le théologien Ratzinger, en outre, sait que chacune de ses paroles publiques pourrait attirer l'attention, et, quoi qu'il dise serait lu pour ou contre son successeur. Donc, publiquement, il n'interviendra pas. Heureusement, entre lui et François il y a une relation d'estime sincère et d'affection fraternelle».

-

– Comment vit Ratzinger, enfermé dans le couvent sur les colline du Vatican ?


« Il va bien, il prie, il lit, il écoute de la musique, il se consacre à sa correspondance, qui est abondante, et il y a aussi des visites; nous faisons chaque jour une promenade ensemble dans le bosquet derrière le monastère en récitant le chapelet. La journée est bien planifiée».



– Sa démission a-t-elle été une surprise aussi pour vous? 


« Pas tout à fait, je connaissais sa décision depuis quelque temps, mais je n'en ai jamais parlé à personne. 
Le moment de l'annonce, le 11 Février, reste indélébile. 
Après le 28 Février ont commencé les jours difficiles, quand nous avons quitté le Vatican. Je n'oublierai jamais quand j'ai éteint les lumières de l'appartement pontifical, les larmes aux yeux. Ensuite, le trajet en voiture jusqu'à l'héliport, le vol vers Castel Gandolfo, et à l'arrivée, le dernier adieu de Benoît XVI sur le balcon. Enfin, la fermeture du portail du palais.

Tout le mois de Mars a été difficile, aussi parce qu'on ne savait pas qui serait élu au conclave. Heureusement, avec le nouveau pape s'est immédiatement créé un rapport humain d'affection et d'estime, même si Benoît et François sont des personnes avec des styles et des personnalités différents. Certains ont voulu interpréter ces différences en termes antithétiques. Mais ce n'est pas le cas».



–  En quoi consiste l'Église pauvre de François ?


« J'essaie de comprendre de plus en plus ce que cela signifie. Une chose me semble claire: l'expression "Eglise pauvre" est devenue un fil conducteur dans le ministère pétrinien du pape Bergoglio. Mais avant tout, ce n'est pas une expression sociologique, mais théologique, au centre, il y a le Christ pauvre, et à partir de là tout s'enchaîne. Sans doute cela touche-t-il le style de vie de chaque chrétien, requiert une attention particulière à ceux qui souffrent, aux malades et aux pauvres au sens strict. Si l'on jette un regard sur le passé, on s'aperçoit que le pape François construit à Rome ce qu'il avait fait auparavant à Buenos Aires. Il n'a pas changé sa ligne ni son style. Tout au plus le point (de vue) est autre».



 Lequel ?


« Qu'avec son exemple, il offre à chacun un témoignage précieux. L'exemple personnel et une méthode pastorale».



– Et la révolution en cours ?


« Parler de révolution me semble un slogan facile que certains médias enfourchent volontiers. Bien sûr, certains gestes et initiatives du Pape François ont surpris et surprennent encore. Mais il est normal qu'un changement de pontificat porte en soi des changements à différents niveaux. Le nouveau pape doit nécessairement constituer une équipe avec des gens de confiance. Ceci n'est toutefois pas une révolution, c'est simplement un acte de gouvernance et de responsabilité ».


– En attendant, les 8 cardinaux étudient les réformes…


« Bien sûr, la mise en place de ce groupe a été une grande surprise, une parmi d'autres. Mais à y regarder de près, cela rentre dans les tâches des cardinaux, qui sont les premiers conseillers du pontife. Les cardinaux se sont rencontrés pour la première fois au début de ce mois, et d'autres rencontres suivront. Je pense que c'est exagéré de prévoir déjà maintenant les résultats définitifs. Il faut du temps. Avant les résultats, il y a la phase de la réflexion, de la discussion, de l'approfondissement. J'avoue que je suis curieux de voir ce qui va en sortir ».



 – La rationalisation se traduira-t-elle également par des réductions de personnels ?


« Peut-être faudrait-il faire un peu de clarté sur les termes. Qu'entend-on par rationalisation? Il est évident que le Saint-Siège a une responsabilité envers tous ceux qui travaillent dans les différents dicastères. Rationaliser est un mot qui exige une explication, sinon il n'a pas de sens. J'ajoute que si l'on compare, par exemple, nos organismes à ceux des diocèses allemands, les nôtres sont resserrés ».



– Est-il vrai que le pape Ratzinger a été maintenu dans l'ignorance de l'expulsion de Gotti Tedeschi de l'IOR ?


« Je me souviens bien de ce moment. C'était le 24 mai. Ce jour-là il y avait eu aussi l'arrestation de notre majordome, Paolo Gabriele. Contrairement à ce que l'on pense, et il n'y a aucun lien entre les deux événements, tout au plus une coïncidence malheureuse, et même diabolique. Benoît XVI , qui avait appelé Gotti à l'IOR afin de poursuivre la politique de transparence, a été surpris, très surpris par l'acte de défiance envers le professeur. Le pape l'estimait et l'aimait, mais par respect pour les compétences de ceux qui avaient la responsabilité, il a choisi de ne pas intervenir à ce moment. Par la suite, pour des raisons d'opportunité, le Pape, même s'il n'a jamais reçu Gotti Tedeschi, a maintenu le contact avec lui d'une manière appropriée et discrète ».

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