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Une nouvelle traduction du « Notre Père » : « Ne nous laisse pas entrer en tentation »

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Le Christ enseignant
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Parmi les révisions les plus notables de la nouvelle traduction officielle de la Bible qui paraîtra le 22 novembre, celle du très controversé « et ne nous soumets pas à la tentation » du Notre Père.

Le verbe
eisphérô signifie étymologiquement « 
porter dans », « 
faire entrer ». La tentation est vue comme un lieu dans lequel Dieu nous introduirait. Mais Dieu pourrait-il nous « 
introduire » en tentation ? Ce verbe exprime un mouvement local vers un lieu où l’on pénètre. Il fait penser à Jésus, alors qu’il conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté (Mt 4,11), ou encore à Gethsémani : « Priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41).

Dieu doit donc bien nous conduire vers, mais Il ne peut pas nous introduire dans. Nous ne pouvons donc pas demander à ne pas être conduit vers (ce qui supposerait que nous refusons une bonne chose), ni à ne pas être introduit dans (ce qui supposerait que cela soit possible). Demander à Dieu de ne pas faire une chose qu’il serait par ailleurs susceptible de faire est donc absurde : Dieu ne peut faire que le Bien et nous ne pouvons pas prier qu’il ne le fasse pas.

Enfin, la métaphore du lieu est indispensable pour comprendre de quelle nature est la tentation en question. Le mot utilisé est une allusion directe au lieu appelé Tentation, Massa en hébreu, nommé ainsi parce que durant l’Exode, au cours de leur station à Refidim, les fils d’Israël ont mis le Seigneur à l’épreuve : « Il donna à ce lieu le nom de Massa (Tentation) et Meriba (Querelle), parce que les Israélites cherchèrent querelle et parce qu’ils mirent YHVH à l’épreuve en disant : YHVH est-il au milieu de nous, ou non ? » (Ex 17, 7). C’est cette même tentation qui fait dire à Jésus au désert : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu (Mt 4, 7 ; Lc 4, 12  citant Dt 6, 16). Jésus est le Seigneur, et comme à Réfidim, c’est lui qui est tenté, mis à l’épreuve.

Demander de ne pas entrer en Tentation, c’est donc demander à ne pas douter de la présence de Dieu au milieu de nous. C’est en ce sens que Jésus dit à ses disciples, à Gethsémani : priez pour ne pas entrer en Tentation (Mt 26, 41 ; Mc 14, 38 ; Lc 22, 40.46). Car bientôt ils seront amené à douter qu’il est vraiment Dieu. L’esprit est ardent, mais la chair est faible ! (Ibid.) Il est si simple de douter, de quitter ensuite Jérusalem l’espoir en berne, en se disant : « Nous espérions, nous, que c’était lui qui allait délivrer Israël » (Lc 24, 21). Alors c’est là le sens profond de cette demande : Seigneur, gardes-nous de douter de toi ! (6)

Notes :

  1. Cf. Jean-Claude Lemyze, Maranatha, Février 1999, citant La documentation catholique, N°1442, 21 février 1965, p. 384
  2. Voix verbale qui sert à transcrire une action que le sujet fait exécuter par un autre élément que lui-même. En français, il s’exprime sous la forme faire + verbe. (Source Wiktionnaire)
  3. Merci à Mgr Hervé Giraud de m’en avoir communiqué la substance.
  4. Citation aimablement fournie par Mgr Hervé Giraud.
  5. Sainte Thérèse d’Avila, Le chemin de la perfection, Seuil, 1961. Chap. 40
  6. Joachim Jeremias, Théologie du nouveau testament, Tome I. La prédication de Jésus, éd. Cerf, Paris, 1973. p.253 citant H. Schürmann, La prière du Seigneur, Paris, 1965.

Joël Sprung est l’auteur de Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013.
 

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