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Syrie : tirer les leçons de la guerre en Irak

© Marwan Ibrahim /AFP
Guerre en Irak
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Le cardinal Louis Sako, Patriarche des chaldéens en Irak, évoque les blocages qui, de part et d’autre, empêchent aujourd’hui de désamorcer la crise, en Syrie et au-delà.

Lorsque les Etats-Unis et leurs alliés ont lancé en 2003 leur offensive contre le régime de Saddam Hussein, le cardinal Louis Sako, qui est aujourd’hui le chef de l’Eglise catholique chaldéenne en Irak, était curé de paroisse à Mossoul. Et depuis, les images de destructions, de souffrance, les larmes provoquées par la guerre,  ne le quittent plus.
 
Si bien qu’aujourd’hui, voyant tout ce qui se passe en Syrie, il ne peut s’empêcher d’en vouloir à ceux qui, derrière l’étendard de la démocratie et de la liberté, cachent  bien d’autres intérêts, surtout économiques, et de craindre pour l’avenir du Proche-Orient tout entier.
 
Le patriarche est convaincu qu’une intervention militaire dans la région mettrait le feu aux poudres et déclencherait aussitôt un conflit confessionnel encore plus explosif…
 
 
Eminence, vous avez déclaré qu’une intervention militaire en Syrie serait une catastrophe aux conséquences énormes pour toute la région, et vous lancez donc des appels au dialogue. A quel genre de dialogue pensez-vous ?
 
Card. Sako : Je pense qu’un dialogue courageux, qui cherche le bien commun et implique tout le monde dans la politique, est toujours possible. La solution doit être politique et non militaire. La guerre est  toujours un mal,  qui complique la situation et ne résout rien. Je pense qu’un pays neutre ou un groupe de politiques ou chefs religieux peut organiser une telle rencontre, car ils sont désintéressés. Une intervention militaire des américains tuera beaucoup d’innocents et détruira les infrastructures, les maisons (pensons à ce qui s’est passé en Irak). Et on ne sait pas quelles seront les conséquences, non seulement en Syrie mais aussi dans les pays voisins. La situation est très tendue et critique. Et puis de quel droit ? D’abord ils vendent des armes à la Syrie et à l’Irak et puis après ils les attaquent ?
 
Que reprochez-vous à l’Occident ? Qu’attendez-vous exactement?
 
Nous ne comprenons pas la politique occidentale. Elle est sans valeurs ! Voyez la situation en Egypte, en Libye, en Tunisie, en Irak, au Yémen et maintenant en Syrie, nous ne comprenons pas pourquoi ils veulent changer un régime dictatorial par un autre pire ! En Egypte, Moubarak est parti et Morsi est arrivé. Et quel changement avons-nous eu ? Maintenant il y a des conflits, la corruption et plus de pauvreté. Même chose en Libye, au Yémen… Où sont la démocratie et la liberté ? Que fait l’Occident pour appliquer la démocratie. Ce ne sont que des slogans et des excuses pour faire la guerre ! Dix ans après l’invasion américaine en Irak, nous n’avons pas de démocratie. Il y a tous les jours des explosions, des morts et des destructions. Si l’Occident veut vraiment la démocratie, il doit éduquer les gens à la démocratie et les aider à réaliser cette démocratie, ne pas créer de tensions ni conflits. L'Occident ne voit que ses intérêts économiques! Quelle morale! Les réformes se font par le dialogue et il faut du temps et de la bonne volonté, pas des bombes!
 
Pour l’Occident, quelle est la leçon à tirer de ce qui s’est passé en Irak ? Qu’est-ce qui rend la situation syrienne si compliquée?
 
Hélas, actuellement, ni l’Occident ni l’Orient n’ont appris la leçon. Qu’ont appris les Américains de la guerre en Irak ? Qu’ont appris les régimes de la région pour faire des réformes ? Ce qui rend la situation syrienne si compliquée, c’est l’intervention des gouvernements d’autres pays dans les affaires intérieures de la Syrie. Il y a des pays musulmans comme l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie qui soutiennent l’opposition sunnite avec certains pays occidentaux, alors que l’Iran, le Hezbollah et la Russie sont pour le régime. Ce conflit est un conflit confessionnel qui vise un nouveau Moyen-Orient divisé en petits Etats!
 
La situation syrienne compte au moins trois acteurs: le gouvernement d’Assad, les rebelles de l’Armée Syrienne Libre (ALS) et les troupes d'Al-Qaïda, chacun  avec leurs propres référents internationaux. Comment peuvent-ils s’asseoir à une table de négociations avec des revendications si différentes? Et comment faire cesser les violences sans l’intervention armée de tiers?
 
Il faut qu’il y ait consensus. Quand les grandes puissances ne soutiennent pas la violence mais poussent plutôt au dialogue, les choses changent. On a l’exemple de Gandhi en Inde et de Mandela en Afrique du Sud. La lutte entre tous est une lutte pour le pouvoir et non pour la démocratie et les réformes. Il ne faut donc pas vendre d’armes !
 
Concrètement, que faire pour mettre fin au conflit syrien?
 
Organiser des manifestations et des marches dans tout les pays pour stopper l’engagement armé : mobiliser l’opinion publique mondiale pour aboutir à une solution civile et pacifique!
 
Avez-vous peur pour les chrétiens du Moyen-Orient si les rebelles, certains fondamentalistes, prennent le pouvoir ? Pourriez-vous expliquer la situation des chrétiens et dire pourquoi ils sont généralement pour le régime ? Quelque message faire passer à l’Occident pour qu’il comprenne la situation des chrétiens, et comprenne comment il devrait agir ?
 
Pauvres chrétiens ! Ils sont une minorité sans importance qui veut vivre en paix et dans la stabilité. Les chrétiens ont appris que le Printemps arabe a apporté des ennuis et non des réformes. Les fondamentalistes profitent de la situation pour appliquer la loi musulmane, la sharia. Pour les chrétiens, un dictateur est mieux qu’un régime religieux fermé, qui n’accepte pas les autres. L'Occident ne comprend pas le discours religieux dominant ! Les musulmans pensent que derrière leur malchance (la création d’Israël) il y a l’Occident et les chrétiens, et donc que la solution est un Etat religieux et non pas laïque !
 
Quelles seraient les conséquences d’une intervention militaire occidentale ?
 
Une intervention militaire appauvrirait tout le monde et amènerait confusion et misère. Il suffit de regarder autour de nous, de voir la situation en Libye, en Tunisie, en Irak, en Egypte ….

Traduit par Isabelle Cousturié

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