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Quelle stratégie pour un engagement politique après les Manifs pour tous ?

© Nicolas MESSYASZ / CIRIC
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Tribune : pour Charles Vaugirard, le mouvement Ecologie humaine doit être complété par des engagements et des actions sur le terrain politique

La loi instituant le mariage pour tous a été votée, promulguée, le premier mariage unissant deux hommes a été célébré… Alors c’est fini ? Les neuf mois de manifestations, happenings, de pression médiatique, politique, ces longs mois de luttes où des centaines de milliers de personnes ont été mobilisées, où ces personnes ont été ignorées et même pour certaines réprimées par le gouvernement, ce long combat a-t-il été mené pour rien ?

Non, je ne le crois pas. Certes, le temps du slogan « Taubira ta loi on en veut pas » est dépassé. Le temps du combat contre le projet de loi Taubira est terminé, mais nous entrons dans une nouvelle étape politique. Cette fois-ci, le théâtre des opérations ne sera plus dans la rue, mais dans les urnes… à condition que nous nous organisions avant.

Une nouvelle génération est en marche, elle se connait, elle s’est organisée remarquablement bien au sein du collectif Manif pour tous et elle est prête à relever de nouveaux défis. Ces défis nous les connaissons, ils sont nombreux, profonds, ils touchent de nombreuses questions politiques, sociales, sociétales. Ils ne se limitent pas aux prochains combats à venir : la PMA, l’euthanasie, la GPA… Ils comprennent ces sujets, mais il y en a beaucoup d’autres : tous les sujets qui touchent l’Homme, qui l’atteignent, toutes les questions économiques, sociales, environnementales : le monde entier est concerné, l’humanité est l’enjeu. C’est en constatant la réalité de ces questions et la nature de ce grand mouvement social que Tugdual Derville a dit lors de la manifestation du 13 janvier : « J’ai vu se lever un grand mouvement d’Ecologie Humaine ».

Ecologie humaine est une belle formule qui résume parfaitement les grands enjeux de notre temps, j’ai déjà eu l’occasion d’en parler. Tugdual l’a bien compris et il a fondé avec Pierre-Yves Gomez et Gilles Hériard-Dubreuil, le courant « Ecologie Humaine », un think tank « métapolitique » qui travaille et étudie toutes ces questions d’Ecologie humaine… il y a quinze thèmes très variés portant sur tous les aspects de la société comme la gouvernance démocratique, le travail, l’environnement, l’art, les médias, l’architecture etc…

Ecologie humaine est une des réponses, une des suites de ce grand mouvement. C’est un mouvement métapolitique, c’est-à-dire au-dessus et indépendant des partis. Sa réflexion a pour but de féconder les démarches politiques mais aussi sociales. C’est très positif, mais cette démarche est complémentaire d’actions concrètes sur le terrain… et surtout le terrain politique.
Je partage l’avis de certains sur l’appel à l’engagement en politique et l’investissement dans les partis. Mais je pense qu’il faut réfléchir tous ensemble aux modalités de cet engagement. En effet, nous pourrions individuellement rejoindre le parti pour lequel on a le plus de préférence : PS, UMP, UDI, Modem… nous avons besoin de « ceux qui ne lâchent rien » partout, tout comme il y a besoin de chrétiens partout.

Mais si nous y allons seuls nous prenons le risque de nous faire dévorer. Nous risquons d’être dilués ou même d’être récupérés. S’engager en politique ne s’improvise pas et ne se fait pas seul.

Je reste convaincu qu’il faut s’organiser collectivement en structures politiques avant de rejoindre les partis. Les Poissons roses nous ont donné l’exemple : ils se sont rassemblés, organisés autour d’une ligne idéologique claire avant de frapper à la porte du PS. Ainsi, ses membres n’ont pas été éparpillés et livrés à eux-mêmes dans les fédérations socialistes.
Nous pouvons envisager la création de mouvances au sein des partis qui soient absolument aconfessionnelles et qui véhiculent le message de ce grand mouvement social. Certes il ne s’agit pas de concurrencer les Poissons roses et d’autres mouvements, mais de « diversifier » l’offre, afin de respecter aussi les sensibilités différentes. En effet, les Manifs pour tous sont très loin d’avoir été uniformes… le public est beaucoup plus varié que les opposants voulaient bien nous le faire croire. Mais cette diversité a été vécue dans l’unité et si différents mouvements politiques (à l’intérieur des grands partis) sont créés, ils ne devront pas s’opposer entre eux, mais travailler ensemble. Ainsi, cela permettrait aux manifestants de ces derniers mois d’investir les partis sans être récupérés par eux.

C’est une piste de réflexion, parmi d’autres, et cette solution ne va pas à l’encontre de toutes les autres initiatives qui sont de natures différentes : Veilleurs, Ecologie Humaine, collectif Manif pour tous et tous les autres, qui ont chacun un rôle bien différent des autres et qui sont autonomes les uns des autres.

Enfin, nous avons une pensée, des convictions qui différent des partis, et pas seulement sur les questions éthiques et familiales. Reconnaissons-le, malgré des parlementaires comme Hervé Mariton, Laurent Wauquiez, Xavier Breton[1], et tant d’autres, l’UMP n’est pas forcément entièrement de notre côté… et cela sur de nombreux sujets : l’UMP a connu une dérive droitière à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. Des motions comme la Droite Forte ou la Droite Populaire soutiennent des discours populistes stigmatisant les étrangers et les musulmans, raillant des corps intermédiaires essentiels comme les syndicats, et enfin ils  soutiennent ce vieux slogan droitier : « Ce n’est pas la rue qui gouverne » …

Or la Manif pour tous soutien tout le contraire : écoute des corps intermédiaires (associations, syndicats, mouvements sociaux…), respect et négociation avec les grandes manifestations de rue… enfin, la Manif pour tous n’a stigmatisé personne, bien au contraire les organisateurs appelaient à un rassemblement le plus large possible, notamment avec les musulmans qui partagent nos valeurs familiales.

Ainsi, nous sommes porteurs d’un discours nouveau, distinct des tendances « sociétales » du PS et des tendances « populistes » de la droite de l’UMP. Notre discours doit être présent au sein du monde politique.

Nous ne ferons pas l’économie de l’engagement en politique et de l’engagement dans des partis politiques. La récente mobilisation a été historique et très longue : elle a été un record d’affluence et d’endurance, et pourtant elle n’a pas contraint le gouvernement à céder. Celui-ci martelant constamment que c’était joué au soir du 6 mai… Et que c’est aux élections présidentielles et législatives que tout se décide. Cela peut choquer, et je le suis, mais c’est hélas une réalité : si nous voulons empêcher le vote de lois comme la PMA et la GPA pour tous, si nous voulons abroger la loi sur le mariage pour tous, il nous faudra gagner les prochaines élections… La question est comment, dans quel parti, avec qui ?

Enfin, pour les chrétiens engagés dans cette lutte (il n’y pas qu’eux) nous pouvons citer ces récents propos du Pape François lors une rencontre avec des élèves d’écoles jésuites : « (La politique) C’est une obligation pour les chrétiens qui ne peuvent pas s’en laver les mains comme Pilate », ou encore : « La politique est la forme la plus haute de la charité, car elle cherche le bien commun ». Et «La politique, c’est sale – mais elle est peut-être sale parce que les chrétiens ne s’y impliquent pas. »

Bref : François nous appelle à nous engager en politique, ce qui ne diffère pas de ce que disaient ses prédécesseurs : par exemple rappelons-nous de Jean-Paul II qui a béatifié le 22 août 1997 à Paris, Frédéric Ozanam qui s’était présenté aux élections législatives de 1848 à Lyon…
S’engager en politique peut prendre beaucoup de formes, mais l’engagement dans un parti politique est souvent indispensable. Alors n’ayons pas peur d’investir les partis, mais sans naïveté, en ayant pris la peine de s’organiser collectivement avant.


[1] Les parlementaires cités appartiennent aux motions France moderne et humaniste ou « la Droite sociale ». Ce sont les tendances modérés de l’UMP, ce qui démontre que nous pouvons être modérés et ne rien lâcher.

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