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Homosexualité : que dit vraiment l’Eglise ?

© PASCAL PAVANI / AFP

Silvia Costantini - Publié le 23/05/13

Le discours de l’Eglise catholique sur l’homosexualité est souvent caricaturé. Mise au point avec Roberto Marchesini, psychologue et psychothérapeute.

Aujourd’hui dans l’opinion publique l’Eglise est vue comme le grand persécuteur des homosexuels.  Pourtant le Catéchisme de l’Eglise catholique (cf. 2358) invite au contraire à accueillir ces personnes « avec respect, compassion et délicatesse ».
Comment traduire ces trois termes en gestes concrets ? Pour y répondre, Aleteia a rencontré le psychologue et psychothérapeute Roberto Marchesini, auteur d’un ouvrage intitulé « Homosexualité et magistère de l’Eglise » (Sugarco Edizioni).

Que signifie « avoir du respect » ?

R. Marchesini : Avoir du respect signifie reconnaître la dignité d’autrui. A l ‘égard des personnes qui ont des tendances homosexuelles, le Magistère invite à éviter «  toute marque de discrimination injuste » (CCC § 2358) et condamne « les expressions malveillantes et les gestes violents » à leur égard (Lettre aux évêques catholiques sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles, § 10).

Il ne faut pas oublier par exemple que les personnes à tendance homosexuelle n’ont pas choisi cette orientation, et n’en sont donc pas responsables. Mais pour le Magistère, respecter les personnes qui ont des penchants homosexuels, cela signifie aussi « vivre dans la vérité de l’amour » (cf. Eph. 4, 15), c’est à dire ne pas taire, par peur ou par souci de respecter l’autre, ce que dit la doctrine catholique.  L’Eglise considère les actes homosexuels comme un péché, et la tendance homosexuelle comme objectivement désordonnée (cf. Lettre sur la pastorale des personnes homosexuelles, § 18).

Respecter ces personnes signifie aussi, toujours selon le magistère, éviter « la supposition, injustifiée et dégradante, que le comportement homosexuel des personnes homosexuelles est toujours et absolument compulsif, et dès lors irresponsable» (ibidem, § 11); et éviter de définir ces personnes comme « homosexuelles », car « la personne humaine, créée à l’image et ressemblance de Dieu, ne peut trouver sa figure adéquate dans une réduction à sa seule orientation sexuelle. Tout être qui vit sur la face de la terre a ses problèmes et ses difficultés personnels, mais également des occasions de croissance, des ressources, des talents, des dons qui lui sont propres. L’Eglise offre le cadre, dont l’exigence se fait aujourd’hui fortement sentir, d’une pastorale de la personne humaine, lorsque précisément elle refuse de regarder celle-ci comme " hétérosexuelle " ou " homosexuelle " et souligne que chaque être humain a la même identité fondamentale en tant que créature et, par grâce, enfant de Dieu et héritier de la vie éternelle.» (ibidem, § 16). Il est donc plus juste d’utiliser la locution « personnes ayant des tendances homosexuelles ».

Qu’entend-t-on par le mot « compassion » et comment cela se traduit-il aussi bien chez celui qui l’éprouve que chez celui qui en est l’objet?

R. Marchesini:Avoir de la compassion pour quelqu’un, surtout dans le langage de l’Eglise, cela signifie souffrir avec lui, partager sa souffrance. Celui qui compatit acquiert sans nul doute de l’expérience en termes de douleur, de souffrance ; plus de sagesse et profondeur pour ce qui est de la condition humaine. Dans mon travail, par exemple, la capacité de vivre dans sa chair la souffrance des autres est fondamentale pour pouvoir l’aider. Je ne peux réellement comprendre le comportement d’un patient, et donc trouver des issues à sa souffrance, que si je me rends compte que son problème a un sens, si j’entrevois une logique, si j’arrive à penser que moi-même, dans les mêmes conditions, je pourrais réagir de la même façon. Chez celui pour lequel on éprouve de la compassion, l’effet de cette proximité, de cette résonnance,  est parfois extraordinaire. Se rendre compte que celui qui est devant nous perçoit notre souffrance peut, en un certain sens, la rendre plus tolérable. N’oublions pas, comme dit Aristote,  que l’homme est un animal social ; il est fait pour partager, pour vivre l’expérience humaine avec les autres, y compris la souffrance.

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