Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Commencez la journée de la meilleure des manières : recevez la newsletter d'Aleteia
Je m'inscris!
Aleteia

Le cardinal Koch évoque « la position délicate des catholiques quant à l’évangélisation des juifs »

William ALIX/CIRIC
Dialogue judéo-chrétien avec le Cardinal Koch, résident du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.
Partager

La question théologique de l’attitude des chrétiens face à « l’élection des juifs » se pose à l’Eglise de façon nouvelle depuis le concile Vatican II

Une récente dépêche, du 10 mai 2013, informe qu’à l’occasion d’un entretien pour l’Eglise en Détresse, le cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a évoqué « la légitimité théologique du peuple d’Israël à vivre sur sa terre et la position délicate des catholiques quant à l’évangélisation des juifs» Cette question théologique est en effet des plus délicates, et en pleine évolution dans l’Eglise depuis le concile Vatican II.

Pour ce qui concerne les relations de l’Eglise Catholique avec le judaïsme, Vatican II, avec la déclaration Nostra Aetate, a été le départ d’une réforme de fond : « L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul. […] Selon le témoignage de l’Écriture Sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée ; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Évangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion. Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance ».

C’est cette formule qu’appuya encore plus franchement le bienheureux Jean-Paul II en 1980, dans une allocution aux représentants des communautés juives d’Allemagne à Mayence, quand il évoqua « le peuple de Dieu de l’Ancienne Alliance, qui n’a jamais été révoquée » (voir aussi C.E.C. §121). Cette déclaration avait alors provoqué quelques remous parmi les théologiens chrétiens.

L’évolution des relations de l’Eglise Catholique avec le judaïsme comporte en effet de forts enjeux théologiques, en particulier pour sortir de plusieurs siècles de ce qui a été délicatement appelé antijudaïsme théologique, et qui s’exprime encore assez largement sous la notion de « théologie de la substitution ». Il s’agit de l’idée, née d’une interprétation des écrits de saint Paul, selon laquelle la nouvelle alliance se substitue à l’ancienne. D’ailleurs, les concepts même d’ancien et de nouveau testaments seraient enracinés dans cette théologie de la substitution.

Benoit XVI, dans la suite de son prédécesseur, n’a eu de cesses de souligner l’importance de l’amitié judéo-chrétienne et la nécessité d’une collaboration, d’un témoignage de fraternité, pour le bien de l’humanité. Comme lors de son discours du 17 janvier 2010 à la synagogue de Rome.

Mais concernant la question théologique, c’est dans son tome II sur Jésus, « Jésus de Nazareth – De l’entrée à Jérusalem à la Résurrection » (2011), qu’il aborde la délicate approche théologique. Dans un chapitre consacré au discours eschatologique de Jésus, il analyse la question de la destruction historique du Temple de Jérusalem, en 70 de notre ère, qui est justement au cœur de l’argumentation en faveur d’une théologie de la substitution. Comprise comme un événement historico-salvifique, comme l’accomplissement de la prophétie eschatologique de Jésus, la destruction du Temple peut être trop rapidement interprétée comme l’événement historique qui viendrait confirmer la caducité de l’élection d’Israël.

Or il n’en est rien : si déjà avant la destruction historique du Temple les premiers chrétiens semblent s’être détachés du culte du Temple, ils restent malgré tout attachés au symbole qu’il représente, et à sa réalité. On le voit, par exemple, dans la finale de saint Luc que nous avons pu lire pour la fête de l’Ascension, après la dernière apparition de Jésus aux apôtres : « Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu » (Lc 24, 53).

Un peu plus loin, dans son ouvrage, Benoit XVI