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Le pape François aux prêtres : sortez de vous-mêmes !

© Damien MEYER / AFP
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A la Messe chrismale, le pape a donné à ses prêtres les clefs de la sainteté

C’est une homélie très dense qu’a prononcée le Pape François à l’occasion de la première messe chrismale qu’il célébrait comme évêque de Rome. Traditionnellement, le Jeudi Saint est un peu la « fête des prêtres ». La messe du jeudi matin (parfois déplacée au mardi ou au mercredi précédent, dans certains diocèses), qu’on appelle Messe chrismale, est bien sûr celle de la consécration du saint chrême et de la bénédiction des huiles, mais c’est aussi une célébration de rénovation du ministère sacerdotal, en mémoire du jour où le Christ fit partager son sacerdoce à ses apôtres, et par eux à tous ceux qui ont reçu le sacrement d’ordination.

La Messe chrismale est souvent l’occasion pour les prêtres de recevoir une exhortation à la sainteté. Et la prière pour avoir de saints prêtres fait aussi souvent partie des intentions de prière universelle du Jeudi saint. Ce renouveau pour les prêtres et les évêques, le fait de raviver le feu, de chercher à être toujours plus unis au Seigneur, Benoit XVI avait plusieurs fois rappelé combien cela était déterminant pour que l’Eglise puisse rendre témoignage à la Parole de Dieu. Il l’avait rappelé particulièrement à l’occasion du traitement des scandales de pédophilie. Or comme l’Eglise est experte pour tirer de son trésor à la fois de l’ancien et du nouveau, c’est encore une fois un vibrant appel à la sainteté des prêtres qu’a fait retentir le Pape François en ce jeudi saint. Et il l’a fait en approfondissant d’une manière renouvelée le thème de l’onction comme grâce de sainteté.

L’onction est grâce de sainteté en son origine même. C’est ce que rappelle d’abord François en évoquant l’origine de l’onction sacerdotale : celle d’Aaron et de ses fils en la deuxième année de l’Exode quand, dans le désert, fut installé par Moïse le Tabernacle, lieu de la présence divine au milieu du peuple (Ex 40). Le Tabernacle de l’Ancienne Alliance est le lieu saint entre tous, celui-là même qu’avec le Temple de David on appellera Saint des Saints. Il est la demeure du Saint Nom, le lieu de la rencontre avec la Gloire du Seigneur. A l’époque du Temple, seul le Grand Prêtre pouvait y pénétrer, parce qu’il avait reçu l’onction et l’habit sacerdotal. Mais dans une controverse de Jésus avec des pharisiens à propos du Shabbat, Jésus rappelle que le roi David avait lui-même pu manger les pains sacrés qui étaient réservés aux prêtres (Mt 12, 1-8 en relation avec 1S 2, 7). David, qui avait certes reçu l’onction – mais royale, en ce qui le concerne – n’en était pas moins en situation de sainteté, ce qui le rendit apte à manger ces pains sacrés.

L’onction est grâce de sainteté pour le monde, dépassant les limites de celui qui la reçoit. François, sachant que son auditoire connait bien tout cela, provoque la même conversion du regard que Jésus à propos du Shabbat : l’onction est faite pour l’homme, et non l’homme pour l’onction, aurait-il pu dire en paraphrasant Jésus. L’évêque de Rome rappelle qu’elle n’est pas faite pour être gardée, mais pour oindre le peuple. « On dirait un baume précieux, un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur les bords de son vêtement » (Ps 133, 2). En citant ce très beau passage du Psaume 133, François semble indiquer que le prêtre n’est finalement là que pour répandre, diffuser la sainteté qu’il reçoit de Dieu. « L’image de l’huile qui se répand – qui descend de la barbe d’Aaron jusqu’à la bordure de ses vêtements sacrés, est l’image de l’onction sacerdotale qui, à travers celui qui est oint, arrive jusqu’aux confins de l’univers représenté par les vêtements ». Toute l’homélie de François suit alors cette logique : tout comme l’étaient les vêtements sacrés du Grand Prêtre, la liturgie est faite pour que la présence de Dieu touche le monde entier. Parce que « la beauté de la chose liturgique, qui n’est pas seulement un ornement et un goût pour les vêtements, mais la présence de la gloire de notre Dieu resplendissant en son peuple vivant et consolé », n’a de raison d’être que si elle devient annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres, aux affligés, au prisonniers, etc… (Is 61, 1-2 et Lc 4, 18-20). « L’onction, chers frères, n’est pas destinée à nous parfumer nous-mêmes, ni davantage pour que nous la conservions dans un vase, parce que l’huile deviendrait rance … et le cœur amer » ajoute François.

L’onction est grâce de sainteté, source d’espérance pour le peuple qui la reconnait et y aspire. « Ce que j’entends souligner c’est que nous avons toujours à raviver la grâce et discerner en chaque demande, parfois inopportune, parfois seulement matérielle ou même banale – mais elle l’est seulement apparemment -, le désir de nos fidèles de recevoir l’onction par l’huile parfumée car ils savent que nous la détenons ». En mettant en relation l’onction d’Aaron avec l’évangile de la femme hémorroïsse, François illustre merveilleusement cette aspiration. Car cette femme si souffrante, qui dans la foule vient chercher la guérison en touchant Jésus, ne touche pas n’importe quelle partie de son vêtement. Matthieu et Luc précisent : « la frange de son vêtement ». L’allusion au tsitsit, cette frange que les fils d’Israël devaient faire à leurs vêtements pour se rappeler de suivre les commandements du Seigneur est claire (Nb 15, 38-40). Suivre les commandements était pour eux synonyme de mener une vie sainte. Les commentaires rabbiniques ajoutent même que la frange du vêtement est un surcroit de sainteté pour Israël. Jésus ne rencontre donc pas cette femme n’importe comment, mais bien par le biais de la sainteté qui émane de lui ; lui qui a reçu l’onction, lui le véritable Grand Prêtre. C’est pourquoi François insiste sur le fait que la grâce doit déborder du prêtre, afin de rejoindre ceux qui cherchent ardemment cette consolation. « Les disciples eux-mêmes – futurs prêtres – ne réussissent pas à voir, ni ne comprennent : de la ‘périphérie existentielle’, ils voient seulement la superficialité de la multitude qui presse de partout Jésus jusqu’à le suffoquer (cf. Lc 8, 42). Le Seigneur, en revanche, sent la force de l’onction divine qui arrive jusqu’aux bords de son manteau ».

L’onction est grâce de sainteté quand celui qui la reçoit sort de lui-même. François livre alors là le plus exigeant de son enseignement. « Le prêtre qui sort peu de lui-même, qui oint avec parcimonie – je ne dis pas « jamais » car, grâce à Dieu, les fidèles nous ‘volent’ l’onction -, perd le meilleur de notre peuple, ce qui est capable d’allumer le plus profond de son cœur de prêtre. Celui qui ne sort pas de lui-même, au lieu d’être un médiateur, se convertit peu à peu en intermédiaire, en gestionnaire. Nous connaissons tous la différence : l’intermédiaire et le gestionnaire « ont déjà reçu leur récompense », et comme ils ne paient pas d’eux-mêmes, ni de leur cœur, ils ne reçoivent pas non plus un merci affectueux qui vient du cœur ». Car la grâce répandue largement, cette sainteté vécue dans le renoncement à soi-même et le don à l’autre, est source de joie. Aussi la sainteté, ce n’est pas d’abord une bonne gestion de paroisse ou de diocèse, de bonnes techniques d’enseignement et de communication, ni bien chanter ou bien expliquer… mais justement sortir de soi, renoncer à être efficace. C’est juste se donner aux pauvres et laisser agir la grâce, la laisser couler comme l’huile sur le vêtement : « les cours pour s’aider soi-même dans la vie peuvent être utiles, mais vivre notre vie sacerdotale en passant d’un bord à l’autre, de méthode en méthode, pousse à devenir pélagiens, à minimiser le pouvoir de la grâce qui s’actualise et croît dans la mesure selon laquelle, avec foi, nous sortons pour nous donner nous-mêmes et pour donner l’Évangile aux autres ; pour donner la petite onction que nous tenons à ceux qui n’ont rien de rien ». François explique alors ce qu’exige ce « sacrement du pauvre » : ne pas devenir « des prêtres tristes, et convertis en collectionneurs d’antiquités ou de nouveautés » mais aller au plus fort du contact avec les brebis. Et les brebis, Jésus nous le rappelle, ce sont d’abord ceux qui ont faim, qui sont nus, qui sont malades ou en prison. Comme pour le saint d’Assise, François demande à ses prêtres de partager ces situations. Son exhortation peut finalement se résumer à cette simple mais belle image : « cela je vous le demande : soyez des pasteurs avec ‘l’odeur de leurs brebis’, que celle-ci se sente », jusqu’à ce que tout le reste apparaisse « comme étant pure grâce ».

 

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