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La renonciation de Benoît XVI : une prophétie baptismale

©ALESSIA GIULIANI/CPP
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Benoît XVI a consacré son ministère à l’annonce du Christ, c’est pour lui la plus grande des charités

« L’Eglise catholique a un pape émérite. Depuis le 28 février au soir le Siège de Pierre est vacant et Benoît XVI a commencé sa nouvelle vie d’ouvrier de la vigne du Seigneur dans le silence de la prière et caché au monde. » Ce sont les mots de Mgr Bruno Forte, archevêque de Chieti-Vasco en Italie, dans un éditorial publié le 1er mars dernier sur le quotidien italien « Il Sole 24 Ore » et repris par l’agence de presse Zenit. Dans un monde qui n’est plus mû que par la performance, avatar contemporain du pouvoir, le renoncement au siège de Pierre est en soi une leçon. Benoît XVI révèle là le sens véritable du pouvoir reçu : le service de l’autre. Parce qu’en renonçant, Benoît XVI montre qu’il n’a pas reçu ce pouvoir de gouvernance pour lui-même, mais comme une haute responsabilité, un service à rendre à l’Eglise et au monde, comme vicaire du Christ, serviteur entre tous. En prenant le contre-pied de l’idéologie du mérite et de la performance, Benoît XVI accompli la parabole du serviteur inutile (Lc 17, 7-10). Comme sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disant dans sa prière : « Au soir de cette vie, je paraîtrai devant vous les mains vides, car je ne vous demande pas, Seigneur, de compter mes œuvres ». Benoît XVI réalise ici un acte d’humilité extraordinaire, en se retirant dans l’ombre et le silence. Fabrice Hadjadj l’a très bien commenté par ailleurs : « Cet effacement est une divine leçon pour notre temps. Elle permet même, par contraste, de ne pas interpréter le fait de mourir dans la chaire de saint Pierre, chez les papes précédents, comme un entêtement, une manière obstinée de s’accrocher à un pouvoir ». En renonçant à ce pouvoir, Benoît XVI se met en quelques sortes dans les pas du Baptiste, disant : « Un homme ne peut rien s'attribuer, sauf ce qu'il a reçu du Ciel » (Jn 3, 27).

Mais sitôt nous apparaît ce paradoxe : si la responsabilité du ministère pétrinien est pure responsabilité, devoir, service… renoncer n’est-il pas un abandon du service ? La question a été posée de nombreuses fois ces derniers jours, avec en creux l’image d’un Jean-Paul II agonisant. L’accomplissement du service n’a-t-il pas été accompli par Jésus lui-même sous les traits du serviteur souffrant ? Le mystère du service du Christ se révèle pourtant un peu mieux dans cet acte : l’humilité et la souffrance n’ont pas leur raison d’être pour la seule sanctification du serviteur de Dieu. Elles ont leur fin dernière dans la porte qu’elles ouvrent à l’agir de Dieu. La souffrance de Jean-Paul II fut un témoignage par lequel Dieu s’est exprimé au monde, une parabole divine. Le retrait de Benoît XVI en est une autre, un autre enseignement divin. Devenir parabole vivante est l’accomplissement ultime du service, et le sens véritable de la vie dans laquelle nous entrons par le baptême. C’est ce qu’a exprimé Benoît XVI lors de sa dernière audience générale, en parlant du renoncement à la vie privée : « Le « toujours » est aussi un « pour toujours » – il n’y a plus de retour dans le privé. Ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère, ne supprime pas cela. Je ne retourne pas à la vie privée, à une vie de voyages, de rencontres, de réceptions, de conférences, etc. Je n’abandonne pas la croix, mais je reste d’une façon nouvelle près du Seigneur crucifié. » Comment Benoît XVI, en faisant le choix d’une vie de prière peut-il prétendre ne pas retrouver une certaine « vie privée » ? C’est que, comme il le dit, sa vie ne lui appartient plus, et c’est comme parabole vivante qu’il vie sa mission de chrétien, désormais dans ce monastère. Il fait ainsi toute la place à l’agir divin, en incarnant lui-même son Verbe, comme tout baptisé est invité à le vivre. C’est le sens de la sainteté, celui du témoignage. Comme son discours l’exprime clairement, il vit tout cela dans la joie du service, selon les mots de Jean le Baptiste, qui témoigne : « L'époux, c'est celui à qui l'épouse appartient ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il entend la voix de l'époux, et il en est tout joyeux. C'est ma joie, et j'en suis comblé. » (Jn 3, 29).

De pape, constamment sous les projecteurs, il devient orant. Mais pas comme ces figures artistiques qui se donnent à contempler dans la lumière. Benoît XVI, continuant de répondre à cette mission qui est d’incarner la Parole de Dieu pour le monde, entre dans l’invisible. Mgr Bruno Forte, citant en comparaison Jacques Maritain, nous fait part de cette réflexion : « En cette nouvelle heure que nous venons de franchir nous voyons se révéler – tant dans la matière et grâce aux découvertes de la métaphysique, que dans les activités humaines et grâce aux explorations de l’inconscient – un certain primat de l’invisible sur le visible et du non manifesté sur le manifesté. C’est ici qu’apparaît, à mon avis, le rôle prophétique … affirmer dans l’existence la valeur première du témoignage rendu à l’amour de Jésus pour les hommes, non pas par des grands moyens visibles, mais de la façon invisible ou presque invisible de la simple présence d’amour fraternel ». S’effaçant de lui-même, pour mieux devenir parole de Dieu, c’est dans l’intimité de la prière, l’ombre et le silence, que Benoît XVI peut laisser éclater le véritable pouvoir : celui de la grâce. Là encore il donne une merveilleuse leçon, braquant les projecteurs sur le Christ : le règne n’appartient qu’à Lui, et le plus grand pouvoir dans l’Eglise s’efface devant celui, aussi fort que discret, de la prière. Cet acte fait de Benoît XVI un prophète au sens propre, nous redisant comme le plus grand d’entre eux, annonçant le Christ : « Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue » (Jn 3, 30).
 

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