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Qu’est-ce que la « succession apostolique » ?

Les évêques, successeurs des apôtres

© ANDREAS SOLARO / AFP

Jacques Perrier - publié le 23/02/13

C’est la chaîne ininterrompue qui relie les évêques aux apôtres - gage de fidélité à travers le temps et d’unité dans le monde.

La génération des apôtres, en elle-même, n’a pas de succession : elle, et elle seule, a vu le Christ ressuscité. « La Révélation est close à la mort du dernier apôtre. »

Parmi ses disciples, Jésus, après une nuit de prière, en a choisi douze, dont les évangiles nous donnent les noms. Judas ayant fait défection, Pierre prend l’initiative de procéder à son remplacement. Il faut trouver quelqu’un qui « nous ait accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu au milieu de nous, en commençant au baptême de Jean jusqu’au jour où il nous fut enlevé » (Actes des apôtres 1, 21-22). Après tirage au sort, c’est Matthias « qui fut mis au nombre des douze apôtres ».

Quelques années plus tard, Saul bénéficie d’une apparition du Christ ressuscité sur le chemin de Damas : il devient « Paul », l’Apôtre par excellence, surtout auprès des païens. Le cas de Paul est unique : il ne se reproduira pas dans l’histoire.

Il y a donc quelque chose de particulier à cette première génération : ils ont été « témoins oculaires » (Luc 1, 2) ; ils ont « entendu, vu, contemplé, touché » (1 Jean 1, 1). Ce qu’ils avaient à dire, ils l’ont dit. C’est pourquoi « la Révélation est close à la mort du dernier apôtre ». Il n’y a pas d’autre Révélation à attendre, jusqu’à la fin des temps. « En ces jours qui sont les derniers, Dieu nous a parlé par le Fils » (Hébreux 1, 2).

Là où ils prêchaient l’Evangile, les apôtres ont fondé des Eglises. Ils ont eu le souci de pouvoir à leur avenir en instituant, par la grâce de Dieu, des chefs de communauté. Saint Paul en est témoin.

Les évangiles témoignent de Jésus jusqu’à son Ascension, quarante jours après Pâques. Les autres écrits du Nouveau Testament (Actes des apôtres, épîtres et Apocalypse) témoignent de l’activité des apôtres et des communautés, des « Eglises » qu’ils ont fondées.

Jésus n’a pas été un vagabond, prêchant au hasard. Il a constitué un noyau, les « Douze », à qui il a promis l’envoi de l’Esprit Saint. De même, les apôtres ont eu le souci, dès le début, de ne pas laisser chaque communauté s’en aller à la dérive, chacune suivant son penchant naturel.
Paul repasse dans les communautés qu’il a fondées et leur envoie des lettres, les « épîtres ».

Les épîtres aux Thessaloniciens, le premier écrit du Nouveau Testament, une vingtaine d’années après la Pentecôte, parlent déjà des « Eglises » et de ceux qui sont « à leur tête ». Il met en place des « anciens », comme nous le voyons à Ephèse (Actes 20, 17). La première épître de Pierre adresse des recommandations aux anciens qui ont à « paître le troupeau de Dieu qui leur est confié » (5, 1-2).

Nous connaissons bien deux des collaborateurs de Paul, des convertis du paganisme, Tite et Timothée : il les envoie dans les communautés qu’il a fondées, pour éviter qu’elles ne dérivent. Ils sont destinataires de trois épîtres, avec des conseils pour l’avenir. A Timothée, Paul rappelle le « don spirituel que Dieu a déposé en toi par l’imposition de mes mains ». L’Apocalypse de Jean commence par des lettres aux sept Eglises d’Asie Mineure. Souci de fidélité et de cohérence. Les apôtres ont souci de l’unité de l’Eglise, à travers le temps (« succession apostolique ») et dans l’espace (« communion »).

Il n’est pas question de plaquer sur la primitive Eglise le schéma de fonctionnement actuel mais plusieurs traits doivent être notés : le souci de la continuité, la transmission de la charge par les apôtres, le caractère collectif autant qu’individuel, le titre de « pasteurs », titre qui convient d’abord au Christ et que Jésus avait donné à Pierre.

La succession apostolique concerne, à la fois, le collège apostolique en son ensemble et chaque siège épiscopal en particulier.

Dans la constitution sur l’Eglise, le concile Vatican II parle de la succession apostolique. Il s’exprime de préférence en termes collectifs : le groupe des Douze, Pierre en tête, vit aujourd’hui dans le collège des évêques unis au successeur de Pierre et sous son autorité. Dans le Credo, nous disons que l’Eglise est « apostolique » : elle est fondée sur les apôtres, le groupe des Douze, et elle a aujourd’hui, comme pasteurs, leurs successeurs.
L’insistance, dans la foi catholique, de la succession apostolique ne date pas du concile Vatican II. Elle a été mise en valeur, au 2ème siècle, par saint Irénée, évêque de Lyon, dans son traité Contre les hérésies :

« Nous pourrions énumérer les évêques qui furent établis par les apôtres dans les « Eglises, et leurs successeurs jusqu’à nous… Mais comme il serait trop long « d’énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons seulement l’une « d’entre elles, l’Eglise très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux « très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome. »

Saint Irénée cite alors les successeurs de Pierre et Paul : Lin, Anaclet, Clément, Evariste, Alexandre, Xyste, Télesphore, Hygin, Pie, Anicet, Soter « et maintenant Eleuthère », qui fut évêque de Rome à partir de 175. Les noms de certains d’entre eux figurent dans la Prière eucharistique n° 1, dite « canon romain ».

La « généalogie épiscopale » est de l’ordre du signe. Elle manifeste la fidélité, de génération en génération, et l’unité, autour du successeur de Pierre.

Le mot « succession » ne doit pas faire illusion. Chez le notaire, l’héritier reçoit ce que l’auteur du testament lui lègue de ce qu’il possédait. En ce sens, un évêque n’est pas « l’héritier » de son prédécesseur : quelles que soient les procédures, c’est de Dieu qu’il reçoit la charge de « paître l’Eglise de Dieu ». Il est habilité à recevoir cette charge par un don spécial de l’Esprit Saint, lors de sa consécration épiscopale.

Le mot de « généalogie » n’est pas lui-même sans danger. Mais il a un avantage : nul ne peut prétendre posséder la vie. Ni le père, ni la mère, ni même le couple ne possède la vie. L’un et l’autre l’ont reçue et la perdront. Ils n’en sont pas propriétaires. Ils la transmettent.

A titre de comparaison, on pourrait dire de même que celui qui consacre un nouvel évêque transmet ce qui ne lui appartient pas. Mais il en est ainsi de tous les sacrements : la grâce de Dieu se communique par des gestes et des paroles d’hommes, appelés « ministres » des sacrements, « ministre » signifiant « serviteur ».

Les sacrements s’inscrivent dans la ligne de l’Incarnation : Dieu s’est fait repérable. De même, par la succession apostolique, à la fois collégiale et personnelle, nous pouvons repérer la continuité avec la génération des premiers témoins et la cohésion à l’intérieur de l’Eglise, malgré et à travers la diversité des cultures.

Saint Irénée s’appuie sur la succession apostolique pour répondre aux hérétiques qui, contre cette continuité et collégialité épiscopales, « ont constitué des groupements illégitimes ».
« La Tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c’est en toute Eglise qu’elle peut être perçue » : la condition, c’est que chaque Eglise reste en communion avec l’Eglise de Rome. »

Après avoir énuméré les successeurs des apôtres Pierre et Paul, saint Irénée écrit : « Voilà par quelle suite et quelle succession la Tradition se trouvant dans l’Eglise à « partir des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu’à nous. Et « c’est là une preuve très complète qu’elle est une et identique à elle-même, cette « foi vivifiante qui, dans l’Eglise, depuis les apôtres jusqu’à maintenant, s’est « conservée et transmise dans la vérité
. »

L’importance reconnue à la succession épiscopale est une des questions en débat dans le dialogue œcuménique.

La succession apostolique a été observée dans les Eglises orthodoxes, tout autant que dans l’Eglise catholique. Inversement, la succession apostolique n’a pas été conservée et n’est pas considérée comme importante chez les protestants et les évangélistes. C’est pourquoi les documents romains parlent, à leur propos, de « communautés ecclésiales » plutôt que d’Eglises à proprement parler. Cette précision de vocabulaire, effectuée par le cardinal Ratzinger en 2000, a été douloureusement ressentie dans les milieux œcuméniques.

Pour les anglicans, la question est en débat. Le pape Léon XIII a pris une position négative au 19ème siècle. Depuis, de nouvelles pièces ont été versées au dossier. De cette question dépend la validité de l’ordination des prêtres. Pour l’instant, quand un « prêtre » de l’Eglise d’Angleterre veut devenir prêtre catholique, il est, de nouveau, ordonné par un évêque catholique.

La succession apostolique, à elle seule, ne suffit pas pour garantir l’unité. Les évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, contre la volonté du pape Jean Paul II, s’inscrivent bien dans la succession apostolique. Ils n’en constituent pas moins un « groupe ecclésial engagé dans un processus de séparation », selon l’expression du pape Benoît XVI qui voudrait éviter qu’ils continuent d’aller « à la dérive ». Pour qu’il y ait pleine unité, il faut que la succession apostolique des évêques aille de pair avec la collégialité autour du successeur de Pierre.

Mgr Jacques Perrier
Ancienévêquede Tarbes et Lourdes

Tags:
apotresconclaveÉglisePape François
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