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Quel rapport y a-t-il entre le Shabbat et le Jour du Seigneur ?

Joël Sprung - published on 29/01/13

Par le baptême dans la mort et la résurrection du Christ, nous entrons dans l’Eglise, corps du Christ, et dans la vie sacramentelle. L’Eglise est en quelque sorte le « sacrement du Christ » (Lumen Gentium, 1). Cette vie sacramentelle, en Eglise, est le mode sur lequel l’homme est restauré dans sa ressemblance à Dieu. Elle est le véritable culte rendu à Dieu et culmine dans la célébration du mystère pascal, revécu chaque dimanche dans l’Eucharistie dominicale. C’est pourquoi le baptême chrétien fait entrer l’homme, en quelques sortes, dans un dernier Shabbat, définitif. Le baptême est la véritable libération.
« Sous le règne de la grâce, le sabbat est perpétuel pour celui qui opère toutes ses bonnes œuvres en vue du repos à venir, et qui ne se glorifie pas de ses actions, comme s’il avait le don d’une vertu qu’il n’a peut-être pas reçu. Ne voyant dans le sabbat c’est-à-dire, le repos du Seigneur dans son tombeau, que le sacrement du Baptême, il se repose de sa vie passée : marchant dans les voies d’une vie toute nouvelle (Rm 6, 4), il reconnaît l’action qu’exerce en lui Dieu, qui tout ensemble agit et se repose, gouvernant la créature au sein d’une éternelle tranquillité. » (Augustin, De la Genèse 713)

Et c’est aussi pourquoi, par voie de conséquence, le Jour du Seigneur est le commandement du Shabbat parfaitement accompli : jour mémorial du baptême, de la libération du péché, en tant qu’il est consacré à la célébration de l’Eucharistie, le dimanche est temporellement le sommet de la vie sacramentelle dont le baptême est la porte, et par laquelle l’homme est restauré dans sa ressemblance à Dieu.

L’institution de l’Eucharistie, achevée dans la résurrection au lendemain du Shabbat, est à proprement parler une nouvelle création de l’Homme. L’homme nouveau vient remplacer le vieil homme. C’est pourquoi le Jour du Seigneur ne peut plus être célébré le samedi, comme l’ancien Shabbat, mais est célébré comme un repos accompli le lendemain, dimanche. Ce dimanche est également le premier jour d’une ère nouvelle sous le signe de la grâce.

Nous pourrions dire, contre tous les évolutionnismes et tous les créationnismes, que l’Homme a été créé il y a environ 2000 ans, au matin de la résurrection du Christ. C’est pourquoi il fallait que cette œuvre de re-création de l’homme commence avec l’institution de l’Eucharistie au soir du sixième jour. En effet, dans la Genèse, la Création est décrite en six jours, et non sept. Chaque jour est défini comme une séquence commençant par un soir et se poursuivant par un matin : « il y eut un soir, il y eut matin, jour unique » (Yom Echad). Le jour est donc défini comme une alternance de nuit et de jour, d’obscurité et de clarté, d’invisible et de visible. Mais en plus du fait que la Création est achevée au terme du sixième jour, le septième jour n’est pas un jour comme les autres. On peut même le considérer comme un « non-jour » : il n’a ni soir ni matin. Il nous révèle ainsi qu’il y a, à l’issue de la Création, comme une sortie, une « autre vie » comme hors du temps. C’est ce qu’est le Shabbat pleinement réalisé : une autre vie, une vie de l’homme en Dieu.

C’est donc au commencement du sixième jour, d’ailleurs associé dans la liturgie pascale à la lecture du premier chapitre de la Genèse, que Jésus institue l’Eucharistie, et plus largement la vie sacramentelle. Il provoque ce soir-là un véritable bouleversement cosmique, puisqu’il instaure, comme une nouveauté radicale dans la vie de l’homme, le « mystère ». Il institue le « sacrement » comme « lieu métaphysique » de rencontre corporelle entre l’Homme et Dieu, comme lieu de la divinisation de l’Homme. Ce sixième jour se poursuit avec la passion et s’achève avec la mort du Christ. Alors le rideau du Temple est déchiré, indiquant comme révolu le temps où l’action de grâce était le fait, inachevé, du Grand Prêtre dans le Saint des Saints. Le vieil homme entièrement dépouillé meurt en croix, et la re-création est achevée. Puis ce Shabbat qui commence est exceptionnel, unique en son genre. Il est le véritable repos divin de la Genèse : Dieu est dans le tombeau. Il ressuscite et la vie de l’homme nouveau commence le « huitième jour ». C’est un nouveau « premier jour », un nouvel homme, une nouvelle création.
En sorte que l’on peut dire : au plan naturel, l’étape la plus importante de l’évolution humaine se situe précisément à cet instant, historique, de la résurrection du Christ, un dimanche matin il y aura bientôt 2000 ans. Depuis, faisant mémoire et actualisant cette re-création de l’Homme, rendant véritablement grâce à Dieu dans l’Eucharistie, les chrétiens accomplissent le Shabbat en consacrant le dimanche comme « Jour du Seigneur ».

Par Joël SPRUNG

Marié et père de deux enfants, converti à la foi catholique il y a 10 ans et blogueur sous le pseudonyme de Pneumatis, Joël Sprung est passionné d’anthropologie biblique, et également très soucieux des questions de dignité humaine et de vulnérabilité.


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