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L’Eglise est-elle riche ?

Diueine Monteiro
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Comment l’Eglise peut-elle prêcher la pauvreté évangélique et vivre dans le faste. Pourquoi ne donne-t-elle pas tout aux pauvres ?

Incontestablement, à certaines époques, l’Eglise a été riche. Elle inspirait confiance et recevait beaucoup de dons. Par déficit du pouvoir civil, elle eut à assumer des responsabilités temporelles. Elle acquit ainsi du pouvoir et des domaines. Elle leva des taxes. Les papes et les conciles luttèrent constamment contre la vente des charges ecclésiastiques : avec un succès mitigé.

Quand le pouvoir politique se renforce, il est évidemment tenté de mettre la main sur le trésor de l’Eglise. Déjà l’empereur Valérien, au 3ème siècle, fit torturer le diacre Laurent, avant de le mettre à mort, espérant qu’il lui livrerait les trésors de l’Eglise. Laurent se présenta devant lui avec une bande de pauvres : les voici, les trésors de l’Eglise. En France, Philippe-le-Bel fit le procès des Templiers pour s’emparer de leurs biens (1307).

En France, à quelque cent ans d’intervalle, l’Eglise a été dépouillée, deux fois, de ses biens : lors de la Révolution française et au moment de la Séparation de l’Eglise et de l’Etat (1905). De même, le pape a perdu les Etats pontificaux au 19ème : c’est alors que s’est généralisé le « Denier de Saint Pierre » pour le fonctionnement du Saint-Siège. En dédommagement, quand furent signés les accords du Latran, l’Etat italien a accordé au Saint-Siège une certaine somme qui a permis de rénover certains bâtiments, d’en construire d’autres, d’acheter des immeubles et de placer certains capitaux dont les revenus contribuent au financement ordinaire. Les gestionnaires ne furent pas toujours à la hauteur : le Vatican y a plus perdu que gagné.

Quand on parle de la richesse de l’Eglise, on pense instinctivement au Vatican. Le coût de fonctionnement du Vatican est deux fois inférieur à celui du Parlement français.

Ceux qui travaillent au Vatican savent que la réputation de richesse, que ce soit en personnel ou en argent, ne reflète nullement la réalité. L’effectif du personnel, y compris les représentants du pape à l’étranger et même les Musées du Vatican, ne dépasse pas 3 000 personnes. Le Parlement européen emploie plus de 5 000 fonctionnaires.

Le budget global du Saint-Siège, en 2010, a été de 245 millions d’euros, deux fois inférieur à celui du Parlement français, plus de trois fois inférieur à celui du Parlement européen ou d’un département d’un million d’habitants.

Parmi les grosses dépenses, figurent les moyens de communication, tels que Radio Vatican qui donne, chaque jour, des bulletins d’informations internationales et qui est une forme de présence de l’Eglise partout dans le monde, quels que soient les régimes politiques. Un autre poste de dépense important est le budget des voyages puisque, depuis le concile Vatican II, beaucoup d’évêques viennent à Rome fréquemment pour que la « curie » romaine ne soit pas seule à conseiller le pape.

Faut-il vendre Saint Pierre de Rome et les Musées du Vatican à quelque entrepreneur de spectacle ? Pour aller où ? A quel prix ?

Déménager le Vatican ne paraît pas très réaliste. La tombe de saint Pierre est là et le pape est le successeur de Pierre. La basilique Saint Pierre a été construite de manière que l’autel principal soit à la verticale de la tombe de Pierre.

Quant aux Musées du Vatican, ils attestent que l’Eglise catholique s’est toujours intéressée aux arts, y compris aux arts plastiques. Peut-on et faut-il représenter le Christ, la Vierge et les saints ? La question s’est posée en Orient, et même dramatiquement, entre partisans et adversaires (crise iconoclaste des 8ème-9ème siècles). La Réforme protestante a remis cette question en lumière. Aux deux époques, Rome a toujours soutenu la légitimité des images, qu’elles soient peintes ou sculptées. La présence d’œuvres profanes dans les collections a aussi valeur de signe : toutes les réalités humaines ont leur place dans une vision catholique. Ne cachons pas, par ailleurs, que les Musées (qui comportent la Chapelle Sixtine) contribuent au financement global du Vatican.