Aleteia

Philippines : Une banque fait le pari de la gratuité

© ibaangibaan
Partager
Commenter

Découvrez l'histoire d'un couple, Teresa et Francis Ganzon, qui a décidé de suivre l'un des préceptes de l'Évangile, "Donnez, et l'on vous donnera", pour créer une banque, Bangko Kabayan.

Le développement économique des zones rurales est leur mission, la gratuité et le partage, leurs moyens. Non, il ne s’agit pas d’une ONG, mais d’une banque, la plus grande banque rurale des Phillipines : Bangko Kabayan, dont la base se trouve dans la région rurale au sud de Manille. Ici, l’argent est un moyen, non un but, et le principe fondateur est tiré de l’Évangile : « Donnez, et l’on vous donnera » (Lc 6, 38).

C’est l’histoire de Teresa et de son mari Francis Ganzon, depuis 1978 à la tête de cette banque. Deux personnes ancrées dans la foi chrétienne, qui cherchent à élaborer leur activité sur les principes évangéliques. Mais c’est seulement lors de leur rencontre avec Chiara Lubich, fondatrice du Mouvement des Focolari, que s’allume l’étincelle qui fait décoller leur vie et leur entreprise. C’est en 1991, que Chiara, touchée par les grandes inégalités sociales lors d’un voyage au Brésil, lance l’idée d’une économie au service du bien commun. Naît alors le principe de l’Économie de communion (EDC) qui ne repose plus sur la logique du gain et de l’avoir, mais sur celle de la gratuité et du don.

Teresa et Francis sont parmi les premiers à répondre à l’appel de Chiara Lubich. « L’idée nous fascinait de pouvoir vivre la foi, pas seulement dans notre vie privée, mais également en faisant des affaires. » Ils se lancent alors dans l’aventure et très rapidement transforment la banque en une entreprise EDC.

Ce n’est pas une marque, mais un style de vie. Il ne s’agit pas non plus d’un modèle économique, mais d’un risque personnel propre à chaque entrepreneur. Cette banque d’un nouveau genre respecte des principes tels que la transparence, l’équité, mais surtout le dialogue, la construction de relations profondes et un modèle centré sur la personne. Le partage des gains se veut solidaire : un tiers reste dans la société, un tiers est investi pour la formation, et enfin un autre tiers est donné à ceux qui sont en difficulté.

« Une culture du don »

Teresa et Francis repensent leur manière de travailler et d’investir, en destinant des ressources pour créer du travail, combattre la pauvreté et bâtir ainsi « une culture du don ». De 1991 à 1996, la banque ouvre huit filiales ; en 1997, le capital est multiplié par vingt et l’entreprise compte 120 employés.

Vers le milieu de l’année 1997, la crise économique asiatique débute et touche aux Philippines beaucoup d’activités financières : les clients se retirent, reprennent leur argent et les organismes financiers commencent à fermer. Teresa et Francis craignent alors le pire, mais c’est à ce moment qu’ils découvrent la force des relations de confiance qu’ils ont construites jusque-là. Certains clients, plus fortunés, mettent à disposition de ceux qui le sont moins leur épargne, et apportent leur appui pour les dépôts plus conséquents. Ainsi un certain nombre de clients, après une première phase de panique, rapportent leurs investissements à la Bangko Kabayan : « Cette crise nous a permis de comprendre plus que jamais ce en quoi nous avions toujours cru, c’est-à-dire que les personnes et les relations (et non l’argent et le profit) pouvaient assurer le succès et la survie d’une entreprise ».

Cette crise représente également une occasion pour Teresa et Francis de découvrir de nouvelles affaires et de défier le système de corruption endémique du pays. Afin de se soustraire à la loi des pots de vin, ceux-ci abandonnent certains projets et approfondissent le thème du micro-crédit. C’est ainsi que naît ce qui aujourd’hui représente la fierté de la banque : une ligne de micro-crédit pour les entreprises.

« Le monde ne deviendra pas meilleur sans économie, mais avec une économie différente »

Le défi est énorme : Bangko Kabayan arrive sur un territoire inexploré, en dehors du circuit des banques, dans un monde où cette même culture bancaire est quasi-inexistante. Étant fondée sur des relations de confiance, l’entreprise demande en plus un travail de relations personnelles très exigeant, qui requiert beaucoup de temps ainsi qu’un nombre important d’employés.

Aujourd’hui encore, tout cela représente un défi important dans un monde qui produit toujours plus de produits standards et de processus automatisés pour réduire les coûts. La route est encore longue pour Teresa et Francis, mais ils ne sont pas seuls. 25 ans plus tard, plus de 800 entrepreneurs dans le monde entier sont sur le chemin de l’EDC et constituent maintenant un vrai réseau. « Non, à une économie qui exclut, qui tue, qui pollue. Oui, à une économie de communion : le monde ne deviendra pas meilleur sans économie, mais avec une économie différente » synthétise Luigino Bruni, coordinateur mondial de l’EDC. Aujourd’hui, cette banque dénombre 23 agences et emploie 350 employés, parmi lesquels un tiers travaille sur le micro-crédit pour aider 11 000 familles, soit 85 % de leurs clients.

Partager
Commenter
Mots-clés
économiebanque
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]