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Vivez la joie de la Résurrection avec Jean-Sébastien Bach

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En ce jour de Pâques, laissez-vous transporter de joie à l'écoute de la cantate BWV4 de Jean-Sébastien Bach, intitulée "Christ gisait dans les liens de la mort".

Cette cantate pour le jour de Pâques est l’une des plus émouvantes du répertoire de Jean-Sébastien Bach.

Par son sujet, tout d’abord : bien que destinée à évoquer la Résurrection du Christ et donc la joie de la victoire sur la mort, le texte rappelle inlassablement le sacrifice du Christ pour les hommes. La seconde raison est d’ordre plus intime. Il s’agit de l’une des toutes premières cantates composées par Bach. Il n’a que 22 ans et il est pourtant extraordinaire de constater la maîtrise musical dont il fait déjà preuve. « Pas la moindre gaucherie, pas une note à retoucher, élégance et perfection du contrepoint dans sa densité, pénétration du texte à servir et à rendre par des moyens musicaux, étendue du savoir et de l’imagination », comme le résume si bien Gilles Cantagrel, musicologue et grand spécialiste du compositeur. Cette oeuvre préfigure, sans conteste, les grandioses cantates qu’il écrira, vingt ans plus tard, à Leipzig.

Pour écrire sa cantate, il s’est appuyé sur le texte d’un des cantiques de Luther, divisé en 7 strophes, chacune commençant par l’évocation de la mort du Christ avant de cheminer vers un Alleluia final, signe de la Résurrection.

Avant de pénétrer dans le coeur même du texte, Bach introduit son œuvre par un court morceau instrumental en mi mineur : une « sinfonia » extrêmement poignante. Pensive, profonde, désolée… cette brève introduction nous plonge directement dans les ténèbres survenues  lors de la crucifixion (Mt 27, 45) : « À partir de la sixième heure, l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure ». C’est par la mort que Bach introduit ce jour de Pâques, pour rappeler aux hommes que sans celle-ci, il n’y pas la joie de la Résurrection.


1er verset 


Christ lag in Todesbanden
Christ gisait dans les liens de la mort
Für unsre Sünd gegeben,
Sacrifié pour nos péchés,
Er ist wieder erstanden
Il est ressuscité
Und hat uns bracht das Leben;
Et nous a apporté la vie;
Des wir sollen fröhlich sein,
Nous devons nous réjouir,
Gott loben und ihm dankbar sein
Louer Dieu et lui être reconnaissant
Und singen halleluja,
Et chanter Alléluia,
Halleluja!
Alléluia!

Après le sombre air introductif, Bach fait place à la joie et l’allégresse ! Les incessantes doubles croches rythment l’ensemble du morceau. Comme pour chaque verset, les premiers mots du texte rappellent la mort du Christ pour cheminer petit à petit vers la lumière de l’Alleluia.


Le 2e verset  (à 6:00 min)


Den Tod niemand zwingen kunnt
Nul ne peut contraindre la mort
Bei allen Menschenkindern,
Parmi le genre humain,
Das macht’ alles unsre Sünd,
La faute en revient seulement à nos péchés,
Kein Unschuld war zu finden.
Il n’existait pas d’innocents.
Davon kam der Tod so bald
C’est pourquoi la mort fut si prompte
Und nahm über uns Gewalt,
À s’emparer de nous
Hielt uns in seinem Reich gefangen.
Et à nous retenir captifs dans son empire.
Halleluja !
Alléluia !

Après le mouvement vif, un duo lent et intimiste pour alto et soprano exprime la douleur de l’homme face à ses péchés, ce qui lui vaut sa condition mortelle. L’Alleluia final est ici empreint d’une profonde tristesse.


3e verset ( à 10:00 min)


Jesus Christus, Gottes Sohn,
Jésus Christ, fils de Dieu,
An unser Statt ist kommen
Est venu à notre place
Und hat die Sünde weggetan,
Et a chassé le péché,
Damit dem Tod genommen
Retirant ainsi à la mort
All sein Recht und sein Gewalt,
Tous ses droits et sa puissance,
Da bleibet nichts denn Tods Gestalt,
Il ne reste plus rien de la mort,
Den Stach’l hat er verloren.
Elle a perdu son dard.
Halleluja!
Alléluia !

C’est une joie triomphante qui explose dans ce troisième verset. Les ténors exultent d’allégresse accompagnés par deux violons à l’unisson. Les incessantes arabesques soulignent la joie des hommes : « Jésus-Christ est venu à notre place et a chassé le péché […] il ne reste plus rien de la mort. » Il est intéressant de noter la brusque interruption du tempo rapide au mot « Tod » pour évoquer le spectre de la mort.


4e verset ( à 11:57 min)


Es war ein wunderlicher Krieg,
Ce fut une étrange guerre
Da Tod und Leben rungen,
Qui opposa la mort à la vie,
Das Leben behielt den Sieg,
La vie a remporté la victoire,
Es hat den Tod verschlungen.
Elle a anéanti la mort.
Die Schrift hat verkündigt das,
L’écriture a annoncé
Wie ein Tod den andern fraß,
Comment une mort supprima l’autre,
Ein Spott aus dem Tod ist worden.
La mort est devenue une dérision.
Halleluja !
Alléluia !

Voici le moment où tout bascule : la victoire, enfin, de la vie sur la mort. Ténor, soprano et basse chantent en chœur la joie de la Résurrection : « La vie a remporté la victoire, elle a anéanti la mort ». En opposition à cette énergie vitale, la partie de l’alto utilise, en continu, une tonalité en si mineur, triste, mélancolique, pour rappeler les ténèbres.


5e verset (à 14:10 min)


Hier ist das rechte Osterlamm,
Voici le juste agneau pascal
Davon Gott hat geboten,
Exigé par le Seigneur.
Das ist hoch an des Kreuzes Stamm
Haut sur le tronc de la Croix
In heißer Lieb gebraten,
Il a été rôti avec le plus fervent amour,
Das Blut zeichnet unsre Tür,
Son sang marque notre porte,
Das hält der Glaub dem Tode für,
La foi tient la mort en échec,
Der Würger kann uns nicht mehr schaden.
Le bourreau ne peut plus rien contre nous,
Halleluja !
Alléluia !

Dans ce poème, Luther superpose la figure de Christ sacrifié avec celle de l’agneau, rituellement sacrifié pour célébrer la Pâque juive. Le texte peut paraître surprenant pour notre époque : « Voici le juste agneau pascal […] haut sur le tronc de la croix, il a été rôti avec le plus fervent amour… ». Ces images, comprises par tous à l’époque de Bach, peuvent, aujourd’hui, heurter davantage notre sensibilité, non habituée à ce type de métaphore. La basse, accompagné des cordes, développe une mélodie dramatique pour suggérer la douleur extrême devant le Christ crucifié.


6e verset ( à 18:45 min)


So feiern wir das hohe Fest
Aussi célébrons-nous la grande fête

Mit Herzensfreud und Wonne,
Dans l’allégresse du cœur et les délices

Das uns der Herre scheinen läßt,
Que le Seigneur nous dispense,

Er ist selber die Sonne,
Il est lui-même le soleil

Der durch seiner Gnade Glanz
Qui illumine de sa grâce

Erleuchtet unsre Herzen ganz,
Tout notre cœur,

Der Sünden Nacht ist verschwunden.
La nuit du péché s’est évanouie.

Halleluja!
Alléluia !

« Aussi célébrons-nous la grande fête dans la joie du cœur et la délectation… ». Moment de fête et d’apaisement, les triolets des deux solistes que l’on entend tout au long du morceau évoquent la jubilation.


7e verset ( à 20:47 min)


Wir essen und leben wohl
Nous mangeons pour notre bien-être
In rechten Osterfladen,
La juste galette de Pâques,
Der alte Sauerteig nicht soll
Le vieux levain ne doit pas
Sein bei dem Wort Gnaden,
Être associé à la parole de grâce,
Christus will die Koste sein
Christ sera notre nourriture
Und speisen die Seel allein,
Et lui seul rassasiera notre âme.
Der Glaub will keins andern leben.
Le croyant ne veut pas d’autre vie.
Halleluja!
Alléluia !

La cantate se termine par un choral final très simple où les voix sont doublées par les instruments. Le texte met l’accent sur l’image des azymes de Pâques que développe Paul dans son Épître aux Corinthiens (Co 5, 7) : « Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ ».


Pour en savoir plus : 

Gilles Cantagrel, Les cantates de Bach, Fayard, 2010, 1200 p., 40.60 euros.

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