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Claudel, Péguy, Cendrars : trois poètes, trois méditations sur la Semaine sainte

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Alors que les croyants s’apprêtent à vivre la fête de Pâques, relisons ces écrivains qui ont creusé, avec le piolet de leur âme, le mystère de la mort et de la Résurrection du Christ.

Voici trois poèmes indispensables de notre littérature pour méditer sur la Croix. La mystique de Claudel, la tendresse de Péguy, la rudesse de Cendrars…

Le chemin de croix de Claudel

Paul Claudel / Wikipedia

Dans son Bréviaire poétique, Paul Claudel a écrit sur chaque fête de l’année liturgique. Pour la Semaine sainte, il a composé pour chaque station du Chemin de croix un poème en prose. Sans explication alambiquée, le poète se place avec toute la spontanéité de son interrogation face à la folie de la Croix :

« Est-ce vous qui allez porter tout cela, Seigneur-Jésus ?
Rendez-moi patient à mon tour du bois que vous voulez que je supporte,
Car il nous faut porter la croix avant que la croix nous porte. »

La poésie n’est plus ornementale, elle épouse la violence du chemin de croix. Elle ne fait pas l’économie des répétitions, comme ces chutes chaque fois plus violentes et plus douloureuses que Jésus subit.

Dans la 4e station il évoque la sublime présence de Marie :

« Elle accepte. Elle accepte encore une fois. (…)
Elle se tient debout devant Dieu et lui offre son âme à lire.
Il n’y a rien dans son cœur qui refuse ou qui retire,
Pas une fibre en son cœur transpercé qui n’accepte et ne consente.
Et comme Dieu lui-même qui est là, elle est présente. »

La Pieta de Charles Péguy

Portrait de Charles Péguy par Jean-Pierre Laurens / Wikipedia

Michel-Ange l’a sculpté et Péguy l’a transcrit. Son long poème « Mère des Sept douleurs » est l’un des plus beaux textes qui ait été écrit sur la présence de Marie dans la Passion de son Fils. En nous la montrant comme une pauvre femme, il la rend infiniment proche de nous, infiniment humaine, et pourtant souveraine dans son rôle de mère de toute l’humanité. En voici un aperçu.

« Elle était devenue la Reine des Sept Douleurs.
Elle pleurait.
Elle fondait.
Son coeur se fondait.
Son corps se fondait.
Elle fondait de bonté.
De charité.
Il n’y avait que sa tête qui ne fondait pas.
Elle marchait comme involontaire.
Elle ne se reconnaissait plus elle-même.
Elle n’en voulait plus à personne.
Elle fondait en bonté.
En charité. »

Pâques à New York de Cendrars

Blaise Cendrars / Wikipedia

Dans un très long poème, l’auteur du recueil Bourlinguer, livre son âme comme on livre un paquet, avec la spontanéité et la crudité dont il est capable. Pâques à New York, c’est l’esprit voyageur d’un homme seul, malade et souffrant qui pense à la Passion sans affectation.

« Seigneur, c’est aujourd’hui le jour de votre Nom,
J’ai lu dans un vieux livre la geste de votre Passion,
Un moine d’un vieux temps me parle de votre mort.
Il traçait votre histoire avec des lettres d’or
Dans un missel, posé sur ses genoux.
Il travaillait pieusement en s’inspirant de Vous.
À vêpres, quand les cloches psalmodiaient dans la tour,
Le bon frère ne savait si c’était son amour
Ou si c’était le Vôtre, Seigneur, ou votre Père
Qui battait à grands coups les portes du monastère.
Je suis comme ce bon moine, ce soir, je suis inquiet.
Dans la chambre à côté, un être triste et muet
Attend derrière la porte, attend que je l’appelle!
C’est Vous, c’est Dieu, c’est moi, — c’est l’Éternel. »
(…)

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