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Une aventurière sur les traces d’un missionnaire breton en Arctique

Tuktoyaktuk © Anne Quéméré
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Anne Quéméré est une aventurière, toujours prête à prendre la mer. Depuis 2014, elle retourne dans le grand nord canadien sur les pas d’un missionnaire breton. Une aventure insolite dont sortira, bientôt, un livre.

L’été 2014, alors qu’elle cherche à franchir, en kayak, le passage du Nord Ouest, dans le grand Nord canadien, l’aventurière Anne Quéméré se trouve bloquée, par des conditions météorologiques défavorables, à Tuktoyaktuk, village de 900 habitants à l’extrême Nord Ouest du Canada, à l’embouchure du fleuve Mackenzie. * C’est là, qu’elle entend parler pour la première fois du père le Meur, un breton, comme elle, qui débarqua dans le grand Nord en 1946 pour ne plus jamais en repartir.

Tuktoyaktuk © Anne Quéméré

Une escale forcée

« Ce qui aurait du n’être qu’une escale de quelques jours, est en train de bouleverser ma vie » reconnait-l’aventurière Anne Quéméré. « Alors que je circulais dans le village, pour prendre deux ou trois photos, j’aperçois une petite église autour de laquelle s’affairaient des gens qui la réparaient et, surprise, ils parlent Français ! Pas loin, se trouve un bateau au sec qui porte le nom de « Notre Dame de Lourdes » et, juste à côté, une tombe encadrée de barrières blanches qui porte le nom du père Robert le Meur et deux dates 1920-1985 ! Un breton enterré à Tuktoyaktuk, il fallait que j’en sache plus… »

C’est ainsi qu’elle rencontre Sister Fay, la religieuse chargée de la communauté catholique de « Tuk » et Carmel, d’origine québécoise qui, depuis plusieurs années organise des chantiers de bénévoles  pour restaurer l’église. Alors, quelques jours plus tard, lorsqu’elle doit faire demi-tour, abandonner son projet de passage du Nord Ouest et revenir à Tuk, Anne Quéméré  retourne naturellement les voir.

« Comme il fallait que j’attende trois semaines pour reprendre l’avion, j’ai proposé mon aide… et c’est ainsi que je me suis retrouvée à faire les peintures de l’église. Comme quoi, lorsque les choses ne se passent pas forcement comme on les a prévues, il y a toujours du positif à découvrir dans l’enchainement des évènements. »

Tuktoyaktuk © Anne Quéméré

Sur les pas du père le Meur

Et c’est en s’intégrant petit à petit au groupe, qu’Anne Quéméré découvre qui était ce fameux père le Meur, dont le souvenir est encore très présent. « Ils sont intarissables quand il s’agit de partager leur Arctique, ils le sont aussi lorsqu’ils se souviennent du père le Meur. Il était un des leurs comme ils se plaisent à dire. Il était Okrayuyoaaluk, « celui qui parle bien », comme ils l’avaient baptisé, car non seulement il avait appris leur langue, l’Inuvialuktun, mais il le parlait à la perfection. » C’est aussi le titre d’un documentaire réalisé en 1973 par Christian Brincourt. Le grand reporter qualifie son reportage sur le père le Meur comme l’une de ses plus fortes rencontres, avec celle de Mère Térésa. Un film qu’Anne a découvert dans les archives de l’Institut National de l’Audiovisuel et qu’elle leur a montré cette année. «  Lors de cette projection, j’ai mesuré combien il avait marqué les gens par sa bonté et son humilité. » Ce premier séjour à Tuk a déclenché chez Anne un besoin de connaître la vie de cet homme. « Alors que je n’avais prévu d’y passer que quelques heures, cela fait cinq fois que j’y retourne, en hiver alors qu’il n’y a à peine que deux heures de lueur crépusculaire comme en été où il fait jour 24h sur 24. J’ai beau ne pas être spécialement croyante, le témoignage de vie de cet homme m’émerveille et me questionne. Et s’il n’a baptisé que 200 personnes en 40 ans de présence, il a marqué des générations ! Il a appris leur langue, leur façon de vivre, de pêcher, leur culture, en fait il s’est tellement glissé dans leur peau qu’il a fini par penser comme eux. »

Robert Le Meur © circa 1950
Robert Le Meur

Au cœur de la communauté catholique de « Tuk »

« L’été suivant, j’ai à nouveau tenté de franchir le passage du Nord Ouest… sans succès, mais j’ai appris à mieux connaître les habitants de Tuk et j’ai continué à m’intéresser au père le Meur. Aujourd’hui, je rentre de mon cinquième séjour à Tuk depuis l’été 2014. J’y suis allée à toutes les saisons afin de mieux comprendre ce pays que l’on imagine toujours glacé alors qu’en été il peut y faire 18° et être infesté de moustiques. Lorsque je séjourne là bas, je loge à la mission, chez Sister Fay, une femme extraordinaire ! Elle est arrivée à Tuk il y a une dizaine d’années lorsqu’elle a pris sa retraite de l’enseignement. C’est elle qui anime la communauté catholique, mais qui vient aussi en aide à tous.  Elle aussi a une vie et une présence étonnante au sein de ce village. »

Inuvialuit © Anne Quéméré
Enfants Inuvialuit © Anne Quéméré

Un missionnaire totalement investi

Le père le Meur était originaire du Finistère comme Anne, de Saint-Jean-du-Doigt exactement. Il faisait parti des Oblats de Marie Immaculée, une communauté missionnaire fondée à Aix en Provence par Monseigneur de Mazenod au XIXe, et qui a été très présente au Canada durant les XIXe et XXe siècles, en particulier auprès des Inuits, dans le grand Nord.

« Quand j’essaye d’imaginer ce que cela a du être pour lui d’arriver là bas en 1946, mes aventures me paraissent bien petites. Lui, c’était vraiment un pionnier ! » En rentrant en France, Anne a été à la rencontre de sa famille encore implantée dans ce village du Finistère Nord. Son neveu lui a confié des correspondances et de nombreuses photos. Puis, des amis canadiens lui ont communiqué son journal de bord …  « Petit à petit, grâce aux témoignages recueillis, j’ai reconstitué le parcours étonnant de ce jeune prêtre de vingt-cinq ans qui débarque à New-York au lendemain de la grande guerre et traverse le Canada pour se rendre dans le Grand Nord. »

Robert Le Meur 1950
Robert Le Meur

Un hommage à l’homme et au Grand Nord

Au printemps 2018, paraitra le livre sur la vie du père le Meur qu’Anne prépare avec beaucoup de soin. Elle n’a qu’un seul regret : ne pas avoir pu croiser le « regard bleu perçant qui vous désarme en un instant » dont parlent tous ceux qui l’on rencontrer de son vivant. Mais elle espère que son livre, qu’elle veut le plus fidèle et le plus sincère possible, fasse partager la vie de ses amis du grand Nord et de cet homme de conviction qui a mis ses valeurs au service des autres en se donnant totalement à sa mission.

* Anne a raconté son aventure dans un livre «  Passagère de l’Arctique » paru en 2016 aux Editions Locus-Solus, 176 Pages, 18€.

Renseignements. www.locus-solus.fr et www.anne-quemere.com

Tuktoyaktuk © Anne Quéméré
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