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Attentat en Égypte : Pourquoi les Coptes sont-ils visés ?

© Ibrahim Ezzat/Nur Photo
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Dimitris Cavouras, porte-parole de la communauté grecque d'Alexandrie, était à 400 mètres de l'explosion qui a endeuillé l'église Saint-Marc et toute l'Égypte dimanche 9 avril, jour des Rameaux. Aleteia s'est entretenu en exclusivité avec lui pour faire le point sur la situation en Égypte, à moins de trois semaines de la visite du Pape, les 28 et 29 avril prochains.

Après Berlin, Londres, Saint-Pétersbourg et Stockholm, l’État islamique s’est attaqué à l’Égypte dimanche passé. Plus précisément, Daesh a frappé les villes d’Alexandrie et de Tanta. Plus précisément encore, deux églises coptes ont été visées en pleines célébrations du dimanche des Rameaux. Dimitris Cavouras habite Alexandrie. Il est gestionnaire de réseaux à la fondation Anna Lindh et porte-parole de la communauté grecque de la ville. Au moment de l’attentat, il se trouvait à 400 mètres de la cathédrale Saint-Marc, aux premières loges de l’une des explosions qui ont endeuillé la communauté copte le 9 avril.

Pourquoi l’Égypte et pourquoi les Coptes ?

« Ils ont visé la communauté copte, mais aussi la société égyptienne », assure Cavouras. Selon lui, ce n’est pas un hasard si l’attaque de l’État islamique (EI) a visé une cible aussi précise. « La communauté copte est la plus grande minorité chrétienne de cette partie du monde » affirme-t-il en expliquant que dans cette région, les relations interreligieuses se sont tendues, notamment à cause des pressions géopolitiques.

Les sanctuaires et les lieux d’adoration, quelle que soit la religion, sont pris pour cible depuis les révolutions de 2011 [dites du printemps arabe, Ndlr], d’après Dimitris Cavouras. « Il s’agit d’un point faible, les terroristes peuvent faire beaucoup de mal. Dans ce cas précis, les Coptes ont payé le prix le plus élevé ».

Au-delà de la religion, l’objectif des terroristes, en plus de vouloir répandre la peur, la haine et la mort, est d’intimider le régime égyptien et de menacer l’unité du pays. Quelques jours avant l’attaque, le journaliste et activiste Mustafa Sinjar, détaillait sur le site du centre pour le pluralisme religieux au Moyen-Orient que « prendre les Coptes pour cible est un moyen de pression, avec des répercussions locales et internationales immédiates pour le régime ». Selon Sinjar, l’EI veut diviser les chrétiens et les musulmans en attaquant les Coptes et en montrant que « l’État ne peut pas les défendre ».

« Deux églises ont été attaquées et il y a un grand nombre de morts et de blessés », explique Dimitris. « La situation n’a pas vraiment empiré, elle était déjà très détériorée ». Le 24 février, des centaines de chrétiens avaient du fuir la ville d’Al-Arish, à 100 kilomètres du Caire, sous la menace de l’EI. Quelques temps plus tôt, sept citoyens étaient sauvagement assassinés et l’EI publiait une vidéo actant le fait qu’il prenait la communauté copte pour cible. Le 28 février, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi avait alors déclaré que cette menace était « un plan fomenté par des lâches pour déstabiliser la confiance dans le gouvernement, pour rompre l’unité nationale et inciter au conflit ».

« Nous allons guérir cette blessure et nous serons plus unis que jamais »

72 heures après le drame, les citoyens égyptiens sont encore fortement choqués. « Nous ressentons à la fois de la peur, de l’angoisse et de la tristesse », avoue Cavouras. Pour le moment, le gouvernement a décrété trois jours de deuil et trois mois d’état d’urgence, la durée maximale autorisée par la constitution du pays.

Malgré tout, selon le porte-parole de la communauté grecque d’Alexandrie, « la société égyptienne est convaincue que surmonter cette difficulté la rendra beaucoup plus unie ». Il explique que de nombreux amis, musulmans comme chrétiens, l’ont appelé au moment de l’attentat pour savoir s’il allait bien et beaucoup ont quitté leur maison et leur travail pour gagner l’hôpital le plus proche et donner leur sang.

Le pape François, un symbole d’espoir pour les Coptes

Selon Dimitris Cavouras, la visite prochaine du pape François n’est pas la première raison de l’attaque. Le comité d’organisation de l’événement a d’ailleurs confirmé que le voyage était maintenu comme prévu. Toutefois, il faut mesurer l’importance de cette visite du Pape des 28 et 29 avril prochains. Même s’il admet qu’elle peut être considérée comme une provocation pour les terroristes, cette présence « sera un symbole d’espoir et de force pour la communauté copte ».

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