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Peut-on être catholique et penser par soi-même ?

Primo Barol | Anadolu Agency | AFP
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Contrairement aux idées reçues, les guides que propose l'Église sont des chemins de liberté et non d’abdication du libre-arbitre.

On entend souvent nos contemporains les plus en recherche de sens dénigrer la religion ou l’Église, au prétexte que l’adhésion formelle à une « philosophie ou pensée établie » impliquerait de facto l’enfermement et l’abdication de la liberté de pensée. Les adversaires les plus farouches de l’Église jouent d’ailleurs sur cette idée en se faisant appeler « libres penseurs » comme si les catholiques ou les orthodoxes fussent une armée de robots programmés sans plus de libre-arbitre. Se dire « libres penseurs » sous-entend que l’autre n’est qu’un esclave passif d’un dogme qui lui confisque la possibilité d’émettre un jugement personnel sur lui-même comme sur la société dans laquelle il vit.

Du coup, il flotte dans l’air du temps cette idée saugrenue qu’une spiritualité mal définie et floue, sous-tendue par aucune doctrine solide serait une forme plus élevée de la pensée qu’une religion qui développe sa doctrine depuis plusieurs milliers d’années.

En réalité, celui qui adhère aux dogmes de l’Église n’hypothèque pas sa liberté de pensée mais la stimule. Le chemin spirituel ressemble en vérité à l’exploration de terres étranges mais dangereuses. Parfois, l’âme traverse une vallée édénique propre à la gonfler d’espoir et de joie, mais parfois le cavalier solitaire traverse des contrées peuplées de monstres vivant dans d’obscures et mortels marécages.

Il suffit de regarder le nombre d’expressions malheureuses, pour ne pas dire déviantes, de la quête spirituelle. Les victimes de sectes perverses où règnent les abus de toutes sortes — et l’Église n’est malheureusement pas épargnée d’en avoir en son sein — ressemblent à ces pauvres aventuriers des contes qui, imprudents, sont tombés dans la caverne de l’ogre ou dans la toile mortelle d’araignées monstrueuses. Certains parmi eux deviennent des monstres à leur tour, leurrés par la voix suave de quelque démon qui aura tôt fait de prendre possession d’eux et de transformer leur cœur de chair et d’espoir en organe de pierre aux arêtes acérées.

L’âme a besoin de s’approcher plus de Dieu

Le matérialiste athée n’est pas non plus à l’abri d’errances car, hors de l’Église et de l’Autre Pays, il se fait capturer par les idoles du temps, construites par ses semblables afin de le transformer en mouton de la consommation qui pour le coup aura bel et bien abdiqué sa liberté de pensée.

Alors plutôt que de partir sans guide vers la maison du Père, vers laquelle nous sommes tous appelés, plutôt que de cheminer tel Ulysse vers Ithaque dans une Odyssée sans fin, risquant d’être égaré par les ombres mouvantes des concepts, des sensations subjectives et des opinions éphémères, plutôt que d’avancer les yeux fermés, mieux vaut-il se saisir à pleines mains, avec foi, du fil d’Ariane offert par l’Église.  

Avec foi ? C’est-à-dire avec confiance, car la vie intérieure demande confiance et espérance. Les doctrines, la profondeur de pensée, les témoignages mystiques et les sacrements sont autant de guides sûrs pour nous diriger dans le labyrinthe des idées prisons et des concepts cul-de-sac.

Non, la spiritualité non définie n’est pas une étape supérieure dans la quête de l’Absolu par rapport à la « religion établie ». Elle peut être une étape sur le chemin individuel mais l’âme aura tôt ou tard le besoin de s’approcher plus de Dieu et cela ne pourra se faire que par le chemin rigoureux d’une doctrine éprouvée.

D’où tout l’intérêt de l’étude de la théologie et de la philosophie par tous les chrétiens appelés, rappelons-le, à être la lumière du monde et le sel de la vie. Nul croyant ne devrait laisser inutilisées l’intelligence et la sensibilité intuitive que Dieu lui a donné, chacun devrait se lancer sur le chemin de la quête armé et armuré des vérités transmises depuis des siècles afin de s’en faire lui-même le relais et d’éclairer ainsi un monde qui n’en finit pas de résister à l’amour de Dieu.

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Sébastien Morgan est historien d'Art de formation. Auteur d'un essai paru en 2013 aux éditions du Mercure Dauphinois : Devenir soi-même, chronique d'un chrétien du XXIe siècle, il est également le webmaster du site relianceuniverselle.com.  Après une décennie passée dans le journalisme, il exerce actuellement le métier d'enseignant à Bruxelles.
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