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Les Roms au-delà des clichés

© Giuseppe Ciccia / NurPhoto / AFP
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À l’occasion de la journée internationale des Roms, Aleteia tord le cou aux idées reçues sur cette population.

1. Combien y a-t-il de Roms en France ?

« Les statistiques ethniques étant interdites en France, les seules statistiques dont nous disposons sont le nombre de personnes roms vivant dans les squats et bidonvilles clairement identifiés, explique-t-on au Collectif National Droits de l’homme Romeurope. Parmi ces personnes, certains ne sont peut-être pas Roms. Et les autres Roms qui vivent en dehors de ces lieux ne sont pas prises en compte. » Demeure donc ce chiffre officiel : 15 600 personnes* (soit 0,023% de la population en France) vivant en squats ou bidonvilles recensées par la Délégation interministérielle à l’accès à l’hébergement et au logement (DIHAL). Selon l’association La Voix des Rroms, on compterait « environ 12 millions de Roms en Europe, dont au moins un demi-million en France. » Pour le Collectif Romeurope, la migration de la population rom semble assez stable.

* Un chiffre en légère baisse selon la DIHAL (chiffres du dernier recensement publié en décembre 2016).

2. D’où viennent-ils ?

Les Roms sont un peuple européen d’origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la vallée du Gange il y a environ 800 ans. Ils sont aujourd’hui dispersés dans le monde entier, surtout en Europe, d’abord à l’est et petit à petit dans tous pays européens. Ce peuple est une branche de la famille des Tziganes, qui s’est implantée en Europe orientale et centrale, notamment en Roumanie, pour la grande majorité avant d’émigrer en Europe occidentale à partir de la fin du XIXe siècle puis depuis la chute des régimes communistes. Selon le Collectif Romeurope, ils représentent 85 % des Tziganes européens. On estime qu’il y a entre 7 et 9 millions de Roms qui vivent aujourd’hui en Europe. Ce peuple, qui n’a jamais eu de revendications territoriales, est lié par une conscience identitaire, une origine, une culture et une langue communes. Rien à voir donc avec le peuple roumain même si la Roumanie compte le nombre le plus important de Roms (près de deux millions). Mais tous les Roms ne sont pas roumains et tous les Roumains ne sont pas roms. (source La Voix des Rroms)

3. Les Roms sont-ils vraiment rejetés en France ?

Oui, comme en témoigne le dernier rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), sorti le 30 mars dernier, qui signale que les Roms sont les personnes les plus rejetées en France. Le rapport se réjouit de voir que le nombre d’actes racistes et antisémites en France a diminué en 2016 (par rapport à 2015). « Les juifs, les noirs et les asiatiques restent les minorités les mieux acceptées, les musulmans les moins acceptés, à l’exception des Roms et des gens du voyage, de très loin les plus rejetés » compare la CNCDH. Victime de préjugés et d’actes malveillants (incendies de leur logement de fortune, expulsions à répétition sans solution de relogement…), la population rom peine à se faire accepter en France et à s’intégrer. Et il semblerait que À bras ouverts, le dernier film de Philippe de Chauveron avec Christian Clavier, contrairement au projet initial de faire un film drôle pour lutter contre les préjugés envers les Roms, enfonce le clou, selon les associations de défense des Roms : « Nous aimerions bien pouvoir rire, mais la situation ne s’y prête absolument pas » a notamment réagi le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope. Les critiques aussi ne sont pas tendres : mercredi, jour de la sortie du film, le quotidien Aujourd’hui en France a lâché un « Beurk ! », déplorant l’image « détestable d’une communauté déjà largement stigmatisée ».

4. Peut-on intégrer la population rom ?

Bien sûr que oui, répondent les acteurs de terrain, le CNDH Romeurope en tête ! « Affirmer fatalement que les Roms ne seraient pas intégrables, c’est raciste et c’est ne pas avoir conscience des barrières qu’on leur met pour éviter qu’ils s’intègrent, eux qui sont bien souvent privés des droits les plus fondamentaux… » Au regard de la population française et de ses quelque 66 millions de personnes, l’inclusion de 15 000 à 20 000 personnes ne devrait pas apparaître comme une problématique insurmontable. De nombreuses initiatives fonctionnent dès lors qu’il y a une volonté politique d’y arriver avec une bonne coordination entre les différents acteurs. Exemple d’une initiative qui fonctionne, reprise dans le rapport de Romeurope « 20 propositions pour une politique d’inclusion des personnes vivant en bidonvilles et squats » : dans l’Essonne, la délégation du Secours catholique a d’abord identifié un dispositif mobilisable, le dispositif Avenir Jeunes – Pôle de projet professionnel. Suite à des échanges avec les acteurs de ce dispositif, l’équipe bidonvilles du Secours Catholique a pu identifier les leviers d’action à activer, notamment l’apprentissage du français, et monter un projet « Insertion Jeunes en bidonvilles » pour aider les jeunes Roms à réussir leur entrée dans un dispositif d’insertion de droit commun. Ce projet, une micro-réponse à l’échelle locale, a prouvé que les obstacles à l’insertion sont surmontables à court ou moyen terme.

5. Les Roms sont-ils nomades ?

Au niveau européen, les Roms sont aujourd’hui sédentaires à 96% (source La Voix des Rroms). « C’est une fausse image que l’on a de cette population, souligne-t-on à Romeurope. On a l’impression qu’ils sont nomades parce qu’ils doivent sans arrêt bouger puisqu’ils sont chassés ou expulsés. » D’ailleurs, quand ils sont arrivés en Europe orientale, les Roms ont longtemps été réduits en esclavage et étaient donc, de fait, sédentaires. Contrairement aux gens du voyage, nomades par culture, les Roms sont devenus nomades par nécessité, obligés de fuir les violences et les discriminations. Les Roms d’Europe occidentale ont alors développé des moyens de subsistance adaptés à ce nomadisme contraint. Et le fait qu’ils vivent dans des camps ou campements de fortune, dans des bidonvilles, contribue sans doute à accentuer cette fausse idée.

6. Pourquoi les enfants roms sont-ils si peu scolarisés ?

Les enfants représenteraient près de 30 % de la population vivant en bidonvilles, dont 80% ne sont pas scolarisés. Une statistique particulièrement alarmante. La faute à qui ? « Le frein à l’instruction, ce ne sont pas les parents, contrairement à ce que trop de personnes pensent encore, mais bien les difficultés administratives » indique le collectif Romeurope, comme les refus abusifs d’inscription à l’école parce que les autorités locales privilégient la situation des parents (considérés comme des étrangers en situation irrégulière et/ou des occupants sans titre) au détriment de l’intérêt de l’enfant. Et même quand les enfants parviennent finalement à intégrer l’école, bien souvent, une expulsion vient briser le parcours scolaire.

7. Quelle est la religion des Roms ?

Les Roms de France sont pour un grand nombre des chrétiens évangéliques et même pentecôtistes. Même si la spiritualité des Roms reste imprégnée des formes de croyances communes à l’univers indien du premier millénaire. Pendant longtemps, les Roms ont adopté la religion dominante de leur pays : le catholicisme, l’islam… Plus récemment, un grand nombre de Roms en Europe se sont donc convertis au pentecôtisme, une Église protestante évangélique. La mission évangélique des Tziganes de France (Vie et Lumière) fondée en 1952 par le pasteur Clément Le Cossec, un non-tzigane décédé en 2001, revendique environ 100 000 fidèles, soit environ un tiers de la population tzigane estimée.

8. Qu’est-ce que le rromani ?

C’est la langue des Roms ou des… Rroms ! Elle est proche du hindi, langue de l’Inde. Son vocabulaire et sa grammaire de base sont indiens aux trois quarts, le reste étant constitué de mots empruntés au persan, au grec puis aux autres langues européennes de contact. Le rromani est une seule et même langue et les Rroms du monde entier peuvent communiquer entre eux s’ils parlent encore rromani… Le mot « Rrom », finalement assez récent (on parlait plus il y a quelques années encore de Tziganes) vient donc bien du rromani, et si on veut bien parler en rromani, on choisira de l’écrire avec ses deux « r » (alphabet du rromani adopté en 1990 par l’Union rromani internationale.)

9. Les Roms, un enjeu pour l’élection présidentielle ?

Même si le sujet n’est pas franchement évoqué par les médias, en tout cas, le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope s’est invité dans la campagne en envoyant mi-février ses 20 propositions pour une politique d’inclusion aux candidats à l’élection présidentielle. Un courrier les appelant à prendre position publiquement accompagnait le rapport. Les réponses et prises de position des différents candidats n’ont, semble-t-il, pas encore fait beaucoup parler d’elles.

10. Une journée mondiale des Roms, pour quoi faire ?

C’est le 8 avril 1971 que les Roms, première minorité de l’Union européenne, ont choisi les symboles de leur communauté, leur drapeau et leur hymne. Depuis, chaque année, la Journée internationale des Roms invite à célébrer la culture rom et sensibilise les populations aux problèmes rencontrés par ce peuple. Ce samedi 8 avril, de nombreuses manifestations culturelles et festives sont organisées partout en France. À Paris, deux gros événements sont prévus. L’occasion de découvrir un peu plus la culture rom et d’oser la rencontre. L’occasion peut-être aussi de dépasser certains clichés.

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