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Émile Duport des « Survivants » : « Un bon président est quelqu’un qui a peur du pouvoir »

Émile Duport © Capture d'écran Tripalio
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Jusqu'à l'élection présidentielle, Aleteia donne la parole à des responsables d'associations chrétiennes, pour connaître leur président et leur programme politique idéaux.

Porte-parole des Survivants, Émile Duport appelle le prochain président de la République à retisser les solidarités naturelles entre les Français.

Aleteia : Dans moins d’un mois se déroulera le premier tour de l’élection présidentielle. Quelle est la mesure que le futur président devrait adopter en priorité ?
Émile Duport : Le rôle du politique est de veiller à l’épanouissement du peuple, de faire en sorte qu’il soit heureux. Mais cela ne veut pas dire qu’il doit lui cacher la réalité et l’endormir. Le politique doit donner au peuple français les ressources technologiques, techniques et spirituelles pour affronter les duretés de la vie. Nous sommes dans une société post-moderne où la technique nous a apporté un confort absolument fabuleux, mais qui provoque une réaction paradoxale, épidermique, nous rappelant que le combat n’est pas encore gagné. La mort, la pauvreté, la violence, sont toujours des réalités. Il faut éduquer le peuple à la vulnérabilité, arrêter de cacher le chômage, la vieillesse, la maladie, la grossesse imprévue, la misère dans la rue… Les figures de vulnérabilité vont se démultiplier et on les tolèrera de moins en moins. La mesure essentielle selon moi c’est la décentralisation et la responsabilisation des personnes. L’État s’occupe aujourd’hui de tout, et, finalement, notre destin se joue tous les cinq ans avec le choix de la personne qui va « tenir la boutique »… Il faut qu’on arrête de laisser le chef de l’État penser à notre place, tout ce que les gens peuvent faire par eux-mêmes, qu’ils le fassent ! Mais pour cela, il faut également cesser de faire de la croissance le maître-étalon du progrès social. Aujourd’hui, on se rend bien compte que la croissance n’est pas un promoteur d’emploi, car on veut toujours plus, toujours moins cher, et du coup, on exploite les pauvres, qu’on sous-paye pour nourrir les autres à bon prix… Notre pays se tertiarise, la relation au travail est de moins en moins concrète : il faut revaloriser le travail manuel, réapprendre la joie de fabriquer de belles choses, rapprocher les gens qui cultivent de ceux qui mangent… Il faut arrêter de construire notre monde uniquement autour des questions économiques. 

Quel serait donc selon vous le président idéal, celui ou celle qui mettrait en œuvre toutes ces mesures ?
Le président de la République ne peut pas être le chef d’un parti. Aujourd’hui, le président n’est pas celui des Français, mais celui d’un parti, et surtout d’un parti gagnant. Il faut sortir de cette logique. Alors, comment faire, sans le contexte de guerre qui a amené le général de Gaulle, sans le principe du Roi, pour faire revivre le principe d’unité nationale ? Je n’en sais rien, mais la gouvernance d’un pays ne peut pas suivre la logique d’un parti. C’est le premier point. Ensuite, le président idéal doit manifester une vraie générosité envers le peuple et le service public. Il ne doit pas écouter ses conseillers en communication, ses investisseurs, mais agir pour le bien commun. C’est quelqu’un qui doit également se détacher du pouvoir : l’idée n’est pas que le président idéal canalise tout le poids de la décision, mais qu’il responsabilise les autres. À mon avis, un bon président est quelqu’un qui a peur du pouvoir plutôt que quelqu’un qui en rêve. 

Quels sont les points qui doivent retenir l’attention des chrétiens dans les programmes et débats de la prochaine élection présidentielle ?
Je songe bien sûr aux principes non négociables évoqués par Benoît XVI, ainsi que dans la lettre des évêques aux Français publiée cet automne. Mais je pense surtout qu’il faut faire attention à ne pas voter pour une figure populaire, médiatique. Il faut arrêter de voter selon son intuition, arrêter de voter comme si on choisissait qui on invite à dîner. Il ne faut pas voter pour la personne la plus sympathique ou la plus conforme à sa classe sociale, mais pour une figure d’autorité qui s’inscrit en dehors d’une logique de marketing.

Propos recueillis par Margot Vignaud. 

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Margot Vignaud est journaliste dans une radio parisienne.
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