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Le mot de la semaine : « débat »

Présidentielle : Le grand débat du 20 mars 2017 © Capture d'écran TF1
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Lundi 20 mars dernier, c’était au tour des cinq principaux candidats à la présidentielle de se retrouver pour une grande joute télévisuelle... à fleuret moucheté.

Symptôme d’un univers médiatique conscient de ses propres vicissitudes, les chaînes de télévision raffolent des débats politiques qu’elles se plaisent à organiser de manière plus ou moins régulière, comme pour compenser l’affaissement général du débat public. Lundi 20 mars dernier, c’était au tour des cinq principaux candidats à la présidentielle de se retrouver pour une grande joute télévisuelle.

Est-il toutefois encore possible de compenser la médiocrité des discussions politiques et la criante absence de fond de la majorité des prises de paroles, en multipliant les prises de bec entre les figures médiatiques du monde politique ? Les grands groupes de télévision semblent n’en pas douter et assument avec une fierté presque arrogante leur mission de « vecteurs » du débat politique. Conscientes d’être devenues des éléments centraux de la campagne électorale, les chaînes de télévision se félicitent donc de proposer à leurs téléspectateurs des émissions politiques à des heures de grande audience. C’est à peine si elles ne demandent pas des acclamations pour avoir ainsi sacrifié sur l’autel du « débat d’idées » un créneau horaire juteux qu’un téléfilm aurait occupé au moins aussi bien, lui assurant de confortables rentrées publicitaires…

C’est dans l’accomplissement de cette mission, par ailleurs consacrée par la loi, que TF1 réunissait les grands candidats à l’élection suprême lundi dernier. Même ambition pour France2 lorsqu’elle invite François Fillon, comme avant lui Marine Le Pen, à se soumettre en direct à un véritable parcours du combattant sur son plateau. Point commun de ces deux formats d’émission ? Ils n’ont de débat que le nom. Dans le premier cas, le trop grand nombre de participants ne laisse aucune chance à un réel échange de fond convenablement argumenté. Dans le second, c’est la solitude très télégénique du candidat à qui des journalistes tentent tant bien que mal d’opposer des éléments factuels qui tourne court : qu’ils le veuillent ou non, la légitimité des journalistes est faible face à celle, éprouvée par le suffrage, de l’ « homo politicus ».

30 secondes pour convaincre

Toujours mues par les meilleures intentions du monde, les chaînes de télévision affichent la même (trop) ambitieuse volonté d’aborder systématiquement tous les sujets cruciaux en un temps beaucoup trop court. Une bonne émission ne peut être qu’une émission exhaustive, semblent-elles croire – à moins qu’il ne s’agisse d’un choix dicté par le souci de cibler le plus large public possible ? Mais à vouloir parler de tout, il ne reste de temps pour rien, et l’on assiste alors à des situations aussi absurdes que celle qui se produisit lundi dernier, où chaque candidat fut sommé de présenter son plan de lutte contre le terrorisme en quelques secondes.

Le seul cadre dans lequel des idées de fond pourraient réellement émerger serait celui d’un duel sur un sujet unique. MM. Fillon et Hamon débattant d’éducation ; Marine Le Pen et Emmanuel Macron s’affrontant sur l’Union européenne ; les bretteurs Mélenchon et Dupont-Aignan s’opposant sur la défense… Étrangement, c’est précisément ce que les chaînes de télévision semblent vouloir éviter. Que l’on songe à la manière dont les modérateurs s’inquiétaient de voir le débat « confisqué » par deux candidats sitôt que ceux-ci se livraient à une discussion dépassant les trente secondes. Voyez la façon dont n’importe quel homme politique se fait rappeler à l’ordre sitôt qu’il devient trop « technique » !

« Vous perdez nos téléspectateurs ». Derrière tout citoyen potentiellement curieux se dissimule un consommateur d’images dont l’attention est ténue et la réflexion volage. Dans le fond la seule question que se posent les chaînes est peut-être celle-ci : faut-il l’endormir paisiblement par un débat paresseux et mollasson ou le piquer au vif sur les sujets de fond… au risque qu’il zappe ?

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Alexis Bétemps est rédacteur en chef adjoint de la revue de littérature et de philosophie Philitt. Il est diplômé de SciencesPo Paris.
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