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Le Malawi, un pays privé de son avenir ?

Albert González Farran/UNAMID
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Témoignage du père Piergiorgio Gamba, missionnaire montfortain

Un pays qui peut penser seulement à sa survie quotidienne et ne parvient pas à se projeter dans l’avenir : voici ce qu’est le Malawi, depuis longtemps aux prises avec une très grave crise économique, politique et alimentaire. Ponctuellement, l’agence Fides tire la sonnette d’alarme, rapportant des témoignages sur la situation de ce pays  de 15 millions d’habitants – dont la moitié vit en-dessous du seuil de pauvreté – gangrené par une corruption qui ne tend pas à diminuer. Elle a ainsi reçu un nouveau témoignage du père Piergiorgio Gamba.

La corruption, une constante

« La pauvreté dans laquelle s’est enfoncée le pays est malheureusement croissante » et la corruption « infiltrée dans tous les secteurs », confirme le missionnaire montfortain Piergiorgio Gamba dans un tout récent compte-rendu parvenu à Fides. Cette corruption a une cause bien précise, dénonçait-il dans une précédente analyse : « Elle part du sommet », malgré une réputation déjà tristement célèbre de ce pays pour des cas de grande corruption par le passé. Alors que les prochaines élections législatives ne se tiendront qu’en 2019, la campagne électorale semble en effet avoir déjà commencé, « financée en pillant les aides offertes au Malawi en faveur des pauvres ».

En ce temps de Carême, Piergiorgio Gamba revient à la charge, dénonçant un fléau qui « ne tend pas à diminuer ». Dans ce pays tout s’arrange en payant, rapporte-t-il : « On paie pour obtenir des services normaux et déjà facturés, tels que le branchement au réseau électrique qui, dans tous les cas, ne fournit de l’énergie que 15 jours par mois ou encore pour éviter une amende pour excès de vitesse… ».

En août 2016, le père Piergiorgio Gamba, après un tableau dramatique de la situation dans le pays, avait dénoncé : « Les derniers changements imposés par le gouvernement, par le chef de l’armée, aux dirigeants locaux, comme à la police, qui est toujours plus violente, semblaient déjà avoir été effectués en fonction des élections de 2019 et non pas du bien commun. Souvent, les rappels du président lui-même, adressés aux responsables religieux, soulignent la dégradation morale. « Pourquoi sommes-nous devenus un peuple corrompu ? Pourquoi nous haïssons-nous réciproquement et nous envions-nous les uns les autres ? ». Alors que ces questions sont appropriées, a estimé le religieux, c’est le manque de leadership de la part de l’État à amener le pays à devenir un État en faillite, un pays privé de présent et d’avenir.

Responsabiliser la population

Le rappel le plus important concerne alors la responsabilisation de la population qui, seule, peut devenir le facteur décisif pour un changement positif. Le missionnaire s’attend cette année à « une révolution venant d’en bas, des personnes qui veulent reprendre en main la construction de leur propre avenir », a-t-il confié en début d’année. Mais la question est : « Est-ce trop demander à une population qui choisit souvent le silence et la patience à la désapprobation ? ». Pour le père Gamba, « la bonté innée des personnes en arrive à défendre ceux qui les oppriment afin de vivre dans une tranquillité même irréelle. Cela peut être un don sur un continent qui compte trop de guerres mais cela peut aussi devenir – et cela des responsables sociaux et religieux du Malawi le disent de plus en plus souvent – une condamnation à un appauvrissement infini et à une dégradation sociale aux conséquences incontrôlables ».

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