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Présidentielle. La France suspendue au match Fillon/Macron

© Lionel BONAVENTURE / Serge TENANI / AFP
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Qui face à Marine le Pen au second tour de la présidentielle ? La stabilité de la présidente du Front National dans les sondages et l’effondrement de Benoît Hamon ramènent le suspense à ce duel.

Ce serait l’obsession et « la dernière bataille du président de la République »  selon RTL : « François Hollande craint une victoire du Front national à l’élection présidentielle et entend bien ne pas rester inactif. Le chef de l’État multiplie les interventions dans les médias et aussi en privé sur le sujet. »

D’où la mobilisation du président et du dernier carré de ses fidèles – tel le premier ministre Bernard Cazeneuve qui s’est rendu jeudi au bureau de campagne de Benoît Hamon pour qu’il mette de l’eau dans son vin pour « rassembler tous ceux qui sont déterminés à lutter contre le Front national ». Force est de constater que la mise en examen pour emploi fictif et « abus de confiance » d’un deuxième assistant  parlementaire FN au Parlement européen n’ébranle pas la candidate à l’élection présidentielle auprès de ses troupes. Selon Présitrack , le sondage quotidien sur la présidentielle d’OpinionWay / ORPI pour Les Echos et Radio Classique, Marine Le Pen et Emmanuel Macron seraient au coude à coude au soir du premier tour du scrutin, récoltant tous les deux 26 % des voix. Toutefois, au second tour, Emmanuel Macron l’emporterait sur elle par 65% des voix contre 35% et François Fillon avec 60% contre 40%.

Fillon conforté par sa résistance mais fragilisé par les centristes

S’il a d’abord été dévastateur, l’acharnement mediatico-judiciaire contre François Fillon s’émousse. Des interventions comme celle de son avocat sur BFMTV dimanche soir, 5 février, tendent à démontrer que le calendrier judiciaire est conduit par le calendrier de la présidentielle et l’échéance de son éventuelle mise en examen le 15 mars… soit deux jours avant le dépôt des parrainages. Jean-Pierre Chevènement, qu’on ne peut soupçonner d’être un « filloniste » confie son trouble à L’Express (7 mars) : « La date de cette convocation est de nature à fausser le fonctionnement normal des institutions et je m’alarme des conséquences que cela pourrait avoir ». Il précise : « Ma réflexion porte sur le fonctionnement de notre démocratie : la République c’est d’abord le suffrage universel et la sérénité avec laquelle les citoyens doivent pouvoir s’exprimer. » Pour l’avocat Régis de Castelnau qui publie une tribune dans Causeur, si François Fillon a « donné des verges pour se faire battre », « le caractère monté de toutes pièces de l’opération saute aux yeux tous les jours. Dans le but de favoriser la candidature hollandienne d’Emmanuel Macron, une manipulation montée de longue main a déclenché ce qu’il est désormais commun d’appeler un véritable coup d’État. L’objectif étant bien évidemment de priver la droite républicaine d’un candidat crédible. » Mais la manœuvre étant éventée et leur candidat ayant résisté à un matraquage inouï, le nombre de sympathisants LR qui souhaitent le maintien de la candidature de Fillon est passé de 47% le 4/03 à 69% le 8/03, selon l’Ifop.

Cependant les gages – et les places – qu’il donne aux centristes ralliés in extremis fâchent ses électeurs de la primaire. « Sans réel autre choix possible, les centristes se sont résolus à soutenir François Fillon mais attendent des gestes de la part du candidat », relève Caroline Vigoureux dans L’Opinion. « L’UDI n’a de poids politique qu’à travers son groupe parlementaire. Ne plus soutenir François Fillon, c’était se priver de toute existence potentielle à l’Assemblée », explique-t-elle. Fillon a saisi la perche tendue, lors de son meeting mardi soir 7 mars à Orléans en invitant «solennellement et amicalement » les « partenaires centristes » de l’UDI à rejoindre sa campagne. Mais « Fillon se trompe en réinvitant les centristes », juge Ivan Rioufol sur son blog du Figaro. En effet, analyse Rioufol, « Fillon n’a rien à gagner à renouer avec les faux frères et les faux alliés qui ont voulu le dégager au profit d’Alain Juppé. (…) Cette génuflexion contredit sa posture d’insoumis. C’est elle qui a été applaudie par la foule du Trocadéro. » Pour Rioufol, « Fillon, si mal en peine, ne peut espérer gagner en mai qu’en s’émancipant une fois pour toute d’un parti sclérosé et habité de courants irréconciliables. » « Si le candidat LR renoue avec ceux qui lui conseillent de raser les murs, il laissera à Le Pen, seule, le soin de rebâtir la droite. »

Macron monte, monte… jusqu’au trou d’air ?

Pour la première fois, Macron dépasse Le Pen au premier tour dans un sondage pour France Télévision publié ce jeudi 9 mars : 26% d’intentions de vote contre 25 % pour la présidente du Front national (stable). Au second tour, l’ex-ministre de l’Economie l’emporterait sur la présidente du Front national, avec 65 % des voix contre 35 %. Toutefois, tempère BFMTV (8 mars) « seuls 45% des électeurs de Macron sont sûrs de leur choix ».

Parmi les derniers ralliés, l’ancien maire de Paris, Bertrand Delanoë qui a déclaré sa flamme sur France Inter (8 mars) pour ce « candidat qui se rapproche le plus de mes convictions de socialiste réformiste, européen, réaliste » – contrairement à Benoît Hamon dont Delanoë juge le programme « dangereux » et « pas en mesure de produire du vrai progrès social ». La Voix du Nord ne résiste pas au jeu de mot sur ce « ralliement capital » (…) qui pourrait donner le signal à d’autres têtes d’affiche socialistes qui hésitent encore à franchir le Rubicon, l’œil rivé sur les sondages…

« Macron va-t-il manger le PS ? », s’interroge Le Parisien. Après Delanoë, des « poids lourds » du PS, des ministres tels Jean-Yves Le Drian, Ségolène Royal, Stéphane Le Foll ou encore Marisol Touraine s’apprêteraient à rejoindre « En marche ! ». Avec la bénédiction de François Hollande, croit savoir Le Parisien, qui « cultive et diffuse son ultime obsession présidentielle : ne pas laisser le pays aux mains de Marine Le Pen. Vu sous cet angle, le match est déjà joué. Emmanuel Macron est Monsieur Utile, Benoît Hamon un doux rêveur inoffensif. Le pragmatisme commande et qu’importe si, à l’arrivée, le Parti socialiste devient un objet politique superflu. »

Mais il y a le revers de la médaille, estime Rémi Godeau dans L’Opinion : « Lancée par Bertrand Delanoë, la vague annoncée de ralliements socialistes témoigne d’une vraie dynamique en faveur d’Emmanuel Macron. Mais elle menace aussi de déstabiliser le maître de l’équilibre « ni droite, ni gauche », au risque de le déporter trop loin de son barycentre, point clé de sa stratégie attrape-tout. (…) Macron avait jusqu’à présent réussi l’exploit de s’émanciper de ce passé lourd d’échecs et d’ambiguïtés. Or le soutien possible si ce n’est probable de caciques du PS l’installera en héritier de l’actuel chef de l’État. » Ce qui n’est pas forcément la meilleure publicité.

De surcroît, Emmanuel Macron « devra dire avec qui il veut ou peut gouverner », souligne Guillaume Tabard, dans Le Figaro : « Un ralliement significatif d’élus PS obligerait le leader d’En marche ! à les investir aux législatives. Et donc à se forger une majorité de gauche plus classique qu’il ne le prétend aujourd’hui. Loin du big bang qu’il promet. »

Le projet d’une société « liquide » 

Il est grand temps de regarder de plus près la « philosophie » d’Emmanuel Macron, comme nous y invite la philosophe Bérénice Levet dans cette tribune du FigaroVox : ignorant totalement la spécificité du politique, Macron ne voit la France qu’à l’aune de l’économique et du sociétal le plus « avancé ». C’est un pur nominaliste, c’est-à-dire que pour lui, les mots ne renvoient pas à une quelconque vérité mais n’ont d’intérêt que pour leur efficacité : qu’il emploie les mots : nation, culture, laïcité, intégration, terrorisme, « le candidat d’En marche ! s’arrange pour que chacun entende ce qu’il a envie d’entendre. » Mais il énonce ainsi son but : « Nous sommes dans une société de statuts, je veux une société de la mobilité ». Bérénice Levet décrypte : « Il est le candidat du post-national. Il a programmé l’obsolescence de la France » À la place, il envisage « une start-up (…) sans mémoire, sans passé, sans histoire »,  un modèle économique « à fort potentiel de croissance » (…) une « société liquide », où rien ne se fixe jamais. D’où sa promotion du multiculturalisme et du « gender fluid » dont Pierre Bergé, Daniel Cohn-Bendit ou Bertrand Delanoë sont justement les chantres.

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