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Pape François : Ordonner des hommes mariés ? « Discutons-en ! »

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Dans un entretien à l’hebdomadaire allemand "Die Zeit", le Saint-Père a évoqué la pénurie des vocations sacerdotales.

Le pape François n’écarte pas l’idée de discuter de la possibilité de confier certaines fonctions pastorales aux viri probati – ces hommes mariés ou veufs qui « ont donné la preuve » d’une foi solide et sont devenus diacres – pour répondre à la pénurie des vocations dans certaines régions, mais il exclut l’abolition du célibat obligatoire, dans un entretien au prestigieux hebdomadaire allemand Die Zeit.

Dans l’entretien, accordé fin février au directeur italo-allemand Giovanni di Lorenzo, et révélé online ce 8 mars, avant sa parution sur papier ce jeudi, le Pape reconnaît que la pénurie des vocations est « un problème énorme » que l’Eglise « doit » l’affronter. Mais rendre le célibat facultatif « n’est pas la solution », selon lui, ni même l’idée d’ouvrir les portes des séminaires à des personnes sans véritable vocation. « Le Seigneur nous a dit : Priez ! C’est ce qui manque, la prière ! Comme il manque un vrai travail d’orientation auprès des jeunes ». Ce travail est « difficile » mais « nécessaire », souligne François, parce que « les jeunes le demandent ».

Le Saint-Père, dans cet entretien inédit avec un média allemand, ne prend pas position sur la question des femmes diacres, se limitant à rappeler qu’il a créé une commission au Vatican pour étudier la question et annoncer que des détails sur le déroulement des travaux, seront fournis à l’occasion de la prochaine réunion de cet organisme.

Ordre de Malte

Autre sujet sensible abordé par Die Zeit, les vicissitudes de l’Ordre souverain de Malte. « Pour moi le cardinal Burke n’est pas un adversaire », a confié le Pape, faisant remarquer en passant que le prélat américain est d’ailleurs toujours Patron de l’Ordre. Mais il ne pouvait pas affronter les moments critiques que traversait l’organisme, a-t-il expliqué, car « il n’était plus seul à agir », il a donc fallu intervenir « pour mettre un peu d’ordre au sein de l’ordre, et c’est pourquoi j’ai envoyé un délégué spécial qui ait un autre charisme que celui du cardinal Burke ». Le Saint-Père souligne à ce propos que son représentant spécial – Mgr Giovanni Angelo Becciu, substitut pour les affaires générales de la secrétairerie d’Etat – est un « excellent juriste » qui a fait ses preuves  dans d’autres affaires précédentes. Il rejettent les critiques de ceux qui disent qu’il a nommé un envoyé spécial pour « se débarrasser » du cardinal.

Les affiches hostiles

Interrogé sur la dizaine d’affiches anonymes hostiles à ses réformes, parues récemment sur les murs de Rome, le Pape commente : « les affiches étaient écrites dans un merveilleux dialecte romain ». Pour lui, « ce n’est pas un homme quelconque de la rue » qui a pu les écrire, mais « une tête intelligente ». Il affirme que ces épisodes ne le troublent pas plus que ça : « Depuis mon élection, je n’ai pas perdu ma sérénité. Je peux comprendre que ma façon de faire ne plaise pas à tout le monde, ça ne me pose pas de problème. Chacun peut penser ce qu’il veut. C’est légitime, c’est humain, et enrichissant ». Enrichissant ? Les affiches et la fausse édition de l’Osservatore Romano sur les dubia envoyés par quatre cardinaux aussi ?  » Non l’Osservatore Romano falsifié, ça non ! », a répondu le Pape.

L’idéalisation de son image

Et encore une fois, le Pape réaffirme qu’il n’aime pas qu’on l’idéalise : « Je ne dis pas que je suis un pauvre diable, mais je suis une personne normale qui fait ce qu’elle peut », explique-t-il dans l’entretien. « Je suis un pécheur et je peux me tromper », dit-il. C’est d’ailleurs le titre donné à l’entretien par Die Zeit, en première page. De réaffirmer alors son rejet de toute « idéalisation » à l’égard de quiconque et de sa personne aussi. « Quand je me sens idéalisé je me sens agressé », car idéaliser une personne c’est lui ôter la possibilité « d’être un pécheur qui peut se tromper ».

Ses passages à vide

Dans l’entretien à l’hebdomadaire allemand, le Pape parle aussi des moments sombres de son existence : « J’ai déjà parlé de moments sombres et de passages à vide. J’ai connu moi aussi des passages à vide », explique-t-il, « des moments où j’ai dit : Seigneur je ne comprends pas. Et ces moments n’étaient pas que des moments d’obscurité intérieure, mais des moments de souffrance que je causais moi-même avec mon péché ». Et il rappelle à ce propos que « la foi est un don », ainsi une foi qui ne traverse pas de crise est une foi qui ne grandit pas et risque de rester infantile.

Petite confidence au passage : le Pape réaffirme avoir eu une « petite amie » avant de choisir le sacerdoce, mais qu’ils n’avaient pas encore en projet de se marier.

Montée des populismes

Le Saint-Père est également interrogé sur des questions d’actualité comme le chômage chez les jeunes, la chute des natalités et les dangers du populisme. Sur ce dernier point, François ne cache pas son inquiétude face à la montée des populismes dans les démocraties occidentales. « Elles sont  néfastes et ça finit toujours mal, comme on l’a vu au siècle dernier », réaffirme-t-il, « cela signifie utiliser le peuple (…) avoir toujours besoin d’un messie et la justification de devoir préserver l’identité du peuple ».

Enfin, le Pape évoque son récent voyage en Suède pour les 500 ans de la Réforme luthérienne et profite de l’occasion pour dire qu’il ne se rendra pas en Allemagne cette année, où l’Eglise protestante et l’Eglise catholique ont mis sur pied plusieurs initiatives communes pour célébrer l’événement. « Peut-être en 2018, mais je ne sais pas encore, il n’y a encore rien de programmé ».

Article traduit et adapté par Isabelle Cousturié

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