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Le mot de la semaine : (dé)colonisation

© Frederic Legrand - COMEO / Shutterstock
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Pourquoi Emmanuel Macron s'est-il hasardé à désigner la colonisation de "crime contre l'humanité" ?

Au cours d’un voyage officiel en Algérie, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron a affirmé, le 15 février, que la colonisation était un « crime contre l’humanité ». L’affirmation, bien évidemment, est inepte : la notion de crime contre l’humanité est une notion exclusivement juridique, certes contestée, mais dont il n’appartient qu’aux juges de disposer. Pourquoi alors s’en emparer de manière aussi fracassante et maladroite ? Et pourquoi de telles indignations après ces déclarations hasardeuses ?

Qu’il s’agisse pour Emmanuel Macron de se placer idéologiquement en prenant position rapidement et de manière facilement identifiable, nul n’en doutera. Alors que les harkis et anciens combattants sont de moins en moins nombreux, les descendants d’immigrés algériens conservent, eux, le souvenir teinté de ressentiment de l’époque coloniale. La condamnation sans retenue de l’Algérie française devient donc de plus en plus rentable électoralement parlant. Elle permet en outre de séduire une partie de l’électorat de gauche, notamment dans l’Éducation nationale, très sensible à la déconstruction du roman national – même s’il ne s’agit finalement que d’en écrire un nouveau sur les pages à peine effacées.

Cela étant dit, comment expliquer qu’il soit encore impossible aujourd’hui d’évoquer sereinement la colonisation ? Qu’elle ait eu de bons côtés pour l’Europe et pour les pays colonisés, seul un total ignorant peut le nier. Qu’elle ait été un drame aux lourdes conséquences des deux côtés, personne ne peut raisonnablement en douter. Le problème vient de l’absence radicale de demi-mesure dans les discours. Affirmer que la colonisation est un crime contre l’humanité, c’est répudier d’un coup tous les Français qui, de bonne ou de mauvaise volonté, par pragmatisme ou par idéalisme, volontairement ou par le hasard de l’Histoire, se sont retrouvés sur ces terres et y ont bâti, cultivé, échangé ou combattu. Au prétexte seul que la Grande Guerre fut une épouvantable boucherie, nous viendrait-il à l’idée de vouer aux gémonies les poilus qui tuèrent leurs frères humains sur le champ de bataille ? À l’inverse, tenir coûte que coûte à souligner les bienfaits de la colonisation relève bien souvent de la provocation et, dans certains contextes, se révèle être déplacé.


Lire le mot de la semaine dernière : « violence policière »


Cette absence de demi-mesure s’explique entre autres nombreuses raisons par le fait que l’exaltation de la grandeur de la France s’accommode mal du repentir (parfois lourdement empreint d’anachronisme). À l’inverse, la critique ignorante du passé de la France sert trop souvent de prétexte à une détestation pure et simple de notre pays. C’est une querelle qui n’intéresse aucun historien sérieux, qui sait que son rôle consiste précisément à élucider les faits sans leur faire cautionner tel ou tel discours – elle est en revanche féconde pour le politicien qui sait susciter l’émoi en tirant sur la corde adéquate.

Contrairement à d’autres puissances coloniales comme le Royaume-Uni ou les Pays-Bas, la France n’a pas tant un problème avec la colonisation qu’avec la décolonisation (à plus forte raison algérienne). La violence de la guerre et le choc du rapatriement sont désormais des souvenirs lointains. En revanche, la mainmise du FLN sur l’Algérie nouvellement indépendante et l’instauration d’une oligarchie continuant à collaborer de très près avec la République française sont des phénomènes qui se poursuivent, et ceux qui en profitent sont ceux qui ont tout intérêt à garder les plaies de la mémoire ouvertes. Qu’un individu n’exerçant aucune responsabilité officielle en France soit reçu à Alger avec les honneurs dus à un homme d’État en est le symptôme. Qu’il se sente obligé d’y aller de sa petite phrase sur la colonisation en est la preuve.

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