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Pape François : « Oui, il y a de la corruption au Vatican »

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CAMPOBASSO, ITALY - JULY 05: Pope Francis attends an outdoor papal mass on July 5, 2014 in Campobasso, Italy. In his one day pastoral visit to the Italian region of Molise Pope Francis invokes the courage of solidarity to face the scourge of unemployment. (Photo by Franco Origlia/Getty Images)
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Conversation à bâtons rompus entre le Saint-Père et les supérieurs généraux des congrégations religieuses, publié par les jésuites italiens pour le 4000e numéro de La Civiltà Cattolica .

« Non, je ne prends pas de calmants ! Les Italiens sont de bon conseil : pour vivre en paix il faut un sain je-m’en-foutisme. À Buenos Aires j’étais plus anxieux, je l’admets », avoue le pape François dans un échange à bâtons rompus avec les supérieurs généraux des congrégations religieuses, réalisé le 25 novembre dernier mais publié le 9 février par les jésuites italiens pour le 4000e numéro de leur revue La Civiltà Cattolica.

La corruption au Vatican

« Aux Congrégations générales on parlait des problèmes du Vatican, on parlait de réformes que tout le monde voulait. La corruption existe au Vatican. Mais je suis en paix. S’il y a un problème, j’écris un petit mot à saint Joseph et je le mets sous une statuette que j’ai dans ma chambre », souligne le Pape au cours des trois heures d’échanges avec les supérieurs généraux.

Le synode sur les jeunes

« Personnellement le discernement est une question que j’ai très à cœur. Je l’ai recommandé plusieurs fois aux jésuites : en Pologne, puis à la congrégation générale. Le discernement est une question qui touche tous les jeunes, leur formation à la vie, tous les jeunes ! ». Mais en particulier, et à plus forte raison, les séminaristes et les futurs prêtres, déclare le Pape, car « la formation et l’accompagnement au sacerdoce ont besoin de discernement ». Mais, il est important, dit-il, que « l’on sorte » de cette formation qui enseigne des formules, où tout est « noir » ou tout est « blanc « , et que l’on forme aux « gris » de la vie (…) car ce qui compte c’est la vie, pas les formules ». C’est faire la volonté de Dieu « selon la vraie doctrine de l’Évangile « et non « une doctrine abstraite ».

Et c’est la raison pour laquelle, souligne le Pape, « après avoir raisonné sur la formation des jeunes et la formation des séminaristes », on a choisi le thème du prochain synode des évêques : « Les jeunes, la foi, et le discernement vocationnel ». Le discernement doit « être dynamique, comme la vie », insiste le Saint-Père, « c’est un élément essentiel, les choses statiques ça ne marche pas, surtout avec les jeunes ».

Le diable et les abus sexuels dans l’Église

La conversation entre le Pape et les supérieurs généraux « libre, fraternelle, sans tabous », précise Antonio Spadaro, le directeur de la revue, entre deux questions se poursuit sur les réformes du Vatican et le scandale des abus sexuels commis par des membres du clergé : « Si des prêtres ou religieux sont impliqués, il est clair que le diable est derrière pour détruire l’œuvre de Jésus à travers celui qui devait L’annoncer. Mais disons-le clairement : c’est une maladie. Si nous ne sommes pas convaincus que cela en est une, on ne pourra jamais résoudre correctement le problème ».

Attention aux séminaristes expulsés

Le Pape profite de cet entretien pour recommander encore une fois aux séminaires d’être particulièrement vigilants au moment d’accepter un candidat dans le clergé : « Ne jamais accepter de candidats à la vie religieuse sans avoir bien vérifié, auparavant, que leur maturité affective convient ». Par exemple, « ne jamais recevoir dans la vie religieuse ou dans un diocèse des candidats qui ont été refusés par un autre séminaire ou un autre institut sans demander des informations très claires et détaillées sur les motifs de son éloignement ».

Les critiques font du bien

Le directeur de Civiltà Cattolica, rapporte des détails en marge de la rencontre. Le Pape, a-t-il dit, n’a pas souhaité lire les questions à l’avance. Et s’il y avait des critiques ? Il a répondu : « C’est bien qu’il y en ait, j’aime ça, toujours. La vie est faite aussi d’incompréhensions et de tensions. Et quand ce sont des critiques constructives, je les accepte, je réponds ».

François reconnaît que les questions les plus difficiles viennent généralement, non pas des religieux, mais des jeunes. Il lui est arrivé de se retrouver dans une « position difficile », avoue-t-il, lors de repas avec les jeunes ou en d’autres occasions. Les jeunes, ajoute-t-il, « sont impertinents et sincères, ils te demandent les choses les plus difficiles ».

Puis les échanges reprennent…

L’Église « en sortie »

« L’Église est née pour sortir. Elle était enfermée au Cénacle, puis elle est sortie. Et elle doit rester dehors. Elle ne doit pas revenir s’enfermer au Cénacle. Jésus en a voulu ainsi. Et dehors c’est ce que j’appelle les périphéries, existentielles et sociales” ». Les pauvres de l’existence et les pauvres de la société « poussent l’Église à sortir d’elle-même ». Le Pape pense à une forme de pauvreté liée au problèmes des migrants et des réfugiés, dont la vie, a-t-il souligné, est « plus importante que les accords internationaux ».

Le 4000e numéro de La Civiltà Cattolica

Le Pape, dans la matinée du 9 février, a reçu en audience au Vatican tous les rédacteurs de la revue culturelle des jésuites pour célébrer avec eux leur 4000e numéro. L’occasion également d’annoncer un nouveau tournant : la publication de la revue en français, anglais, espagnol et coréen.

Article traduit et adapté de l’espagnol par Isabelle Cousturié

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