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Pape François : « La tyrannie de l’argent porte à mépriser son prochain »

© Antoine Mekary / ALETEIA
Pope Francis General Audience March 02, 2016
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Dans son message de Carême, le pape François appelle à méditer sur "l’attachement à l’argent", source de tous les maux du monde.

« L’amour de l’argent est la racine de tous les maux, cause principale de la corruption et source de jalousies, litiges et soupçons », souligne le pape François dans son message de Carême 2017, diffusé ce mardi 7 février, centré sur la parabole du riche et de Lazare, pour méditer sur « l’attachement à l’argent » qui porte à « une sorte de cécité » devant « le pauvre affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliatio ».  Titre du message : « La Parole est un don. L’autre est un don ».

Le temps de Carême s’ouvrira le 1er mars, mercredi des Cendres, et durera jusqu’au dimanche de Pâques, le 16 avril.

L’argent tyrannique

« L’argent peut réussir à nous dominer et devenir ainsi une idole tyrannique. Au lieu d’être un instrument à notre service pour réaliser le bien et exercer la solidarité envers les autres, l’argent peut nous rendre esclaves, ainsi que le monde entier, d’une logique égoïste qui ne laisse aucune place à l’amour et fait obstacle à la paix », souligne le Saint-Père dans son message. Sa réflexion part de la parabole du riche et de Lazare racontée dans l’Évangile de Luc.

D’un côté, un homme riche, laissé sans nom, esclave d’une « richesse excessive » dont l’opulence se manifeste dans ses vêtements, faits de pourpre et de toile de lin fin. Sa cupidité « le rend vaniteux », sa personnalité se réalise « dans les apparences, dans le fait de montrer aux autres ce que lui peut se permettre ». Mais l’apparence masque le vide intérieur, souligne François, sa vie reste prisonnière de l’extériorité, de la dimension la plus superficielle et éphémère de l’existence.

Le pauvre « comme invisible »

De l’autre côté, le pauvre Lazare, gisant devant la porte du riche, et mangeant les miettes qui tombent de sa table, son corps couvert de plaies que les chiens viennent lécher. Un « sombre tableau », une « scène dramatique », relève le Pape, montrant un homme « avili et humilié ». Pour le riche, Lazare « est comme invisible », alors que pour Dieu il est « un don, une richesse inestimable, un être voulu, aimé, dont Dieu se souvient, même si sa condition concrète est celle d’un déchet humain ».

Mais dans les tourments de l’au-delà…

En réalité, c’est le riche qui est au plus bas niveau de la déchéance avec son orgueil. « L’homme riche s’habille comme un roi, il singe l’allure d’un dieu, oubliant d’être simplement un mortel », commente le Pape. « Pour l’homme corrompu par l’amour des richesses, il n’existe que le propre moi et c’est la raison pour laquelle les personnes qui l’entourent ne sont pas l’objet de son regard. Le fruit de l’attachement à l’argent est donc une sorte de cécité : le riche ne voit pas le pauvre qui est affamé, couvert de plaies et prostré dans son humiliation ». Il ne se souvient de lui que lorsque, avec Lazare, il finit dans l’au-delà et rencontre Abraham, qu’il appelle « père », montrant qu’il fait partie du peuple de Dieu. Ce détail, souligne François, « rend sa vie encore plus contradictoire car, jusqu’à présent, rien n’avait été dit sur sa relation à Dieu. En effet dans sa vie, il n’y avait pas de place pour Dieu, puisqu’il était lui-même son propre dieu ».

Dans les « tourments de l’au-delà », le riche voudrait bien alléger les souffrances de Lazare. « Les gestes demandés à Lazare sont semblables à ceux que le riche aurait pu accomplir et qu’il n’a jamais réalisés », souligne le Saint-Père. « L’au-delà rétablit une certaine équité et les maux de la vie sont compensés par le bien ».

Pour une conversion sincère

Le riche demande de l’aide pour ses frères encore en vie, demandant à Abraham d’envoyer Lazare pour les avertir et qu’ils ne finissent pas comme lui. « Ainsi se manifeste le vrai problème du riche : la racine de ses maux réside dans le fait de ne pas écouter la Parole de Dieu ; ceci l’a amené à ne plus aimer Dieu et donc à mépriser le prochain », poursuit le pape François. « Fermer son cœur au don de Dieu qui nous parle a pour conséquence la fermeture de notre cœur au don du frère. »

Le problème n’est donc pas la richesse mais avoir claqué la porte au nez à son prochain qui est au contraire toujours « un don, autant notre voisin que le pauvre que nous ne connaissons pas ». Cette page de l’Évangile offre donc « la clef pour comprendre comment agir afin d’atteindre le vrai bonheur et la vie éternelle, nous exhortant à une sincère conversion ». Le Pape insiste : « Le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie (…) Toute vie qui vient à notre rencontre est un don et mérite accueil, respect, amour ». Et le Carême est « un temps propice pour ouvrir la porte à ceux qui sont dans le besoin ».

Un message actuel mais pas politique

Le message du Pape est un « message très actuel », a relevé Mgr Giampietro Dal Toso, secrétaire délégué du dicastère pour le service du développement humain intégral, en présentant son contenu devant les journalistes accrédités près le Saint-Siège. Néanmoins, a-t-il précisé, ce message « n’a rien de politique » même s’il touche à des questions comme la fermeture au prochain dans le besoin qui, à la lumière de la questions des migrants en Europe et aux États-Unis, sont effectivement très actuelles.

« Cela fait 50 ans que l’Église, depuis Jean XXIII, ne cesse de dire qu’un certain ordre mondial ne saurait exister sans la base de certains principes fondamentaux, a poursuivi Mgr Toso. Mais nous savons combien la voix de l’Église a été ignorée, et c’est pour cette raison précisément que certains maux se sont créés : ne pas écouter fait diviser le monde ». Les paroles de l’évêque de Rome sont donc un rappel à « une nouvelle attention pour les couches sociales les plus faibles, autrement impossible de construire un nouveau monde pour tout le monde, plus d’équité entre les personnes ». Selon Mgr Dal Toso, le document du Pape a un fil conducteur : « S’ouvrir au prochain parce que nous vivons de notre prochain. Respecter la vie c’est respecter la vie de la personne mais aussi de ce qui nous entoure, donc de l’environnement. Le Carême est donc une bonne occasion pour découvrir cette altérité ».

Article traduit de l’italien par Isabelle Cousturié

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