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« Dieu n’existe pas car il y a trop de cruautés et d’injustices »

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Sébastien Morgan nous montre que ce raisonnement ne tient pas.

« Le Seigneur dit : “Sors (de la caverne) et tiens-toi sur la montagne, devant le Seigneur ; voici, le Seigneur va passer.” Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; le Seigneur n’était pas dans le vent. Après le vent, il y eut un tremblement de terre ; le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le Seigneur n’était pas dans le feu. Et après le feu une voix de fin silence. Alors, en l’entendant, Elie se voila le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Une voix s’adressa à lui : “Pourquoi es-tu ici, Elie ?” ».(1 Rois 19 : 11 – 13)

Écouter sa voix intérieure

Dieu demande à Elie de sortir de la caverne, de ne pas rester cloîtrer en lui, de s’ouvrir au monde, à l’autre mais aussi à lui-même. Car Dieu ne se trouve pas uniquement dans les grandes théophanies prophétiques mais aussi dans une voix de fin silence, dans un faible murmure en soi. Cette voix de fin silence, ne serait-elle pas la conscience invitant à faire Alliance avec soi-même, avec les autres, avec Dieu ? Comment conclure cette triple alliance relationnelle ? Comment la pérenniser ? Cette alliance n’invite-t-elle pas à se poser la question essentielle du sens ultime de l’existence que Dieu pose comme en miroir au prophète, mais qui résonne en chacun de nous : pourquoi es-tu ici Elie ?

Si donc, il existe un Dieu désirant se faire connaître, où se placerait-il sinon dans notre moi le plus intime, d’où parlerait-il au quotidien sinon de l’intérieur, nous montrant la voie du Bien par notre conscience : « S’il existait hors de l’univers une puissance régissant tout, elle ne pourrait se révéler à nous comme étant l’un des faits au sein de l’univers, pas plus que l’architecte d’une maison ne saurait être un mur, un escalier ou le foyer de cette maison qu’il aurait construite. La seule façon dont nous pourrions espérer qu’elle se manifeste serait donc dans notre être intérieur, une influence ou un ordre nous incitant à adopter une certaine conduite. » [1]

Dieu n’existe pas car il y a trop d’injustices ?

Or, il nous faut constater que certains ne croient pas en Dieu, certains n’écoutent pas cette voix intérieure. L’argument principal de l’athéisme s’opposant à l’existence de Dieu est souvent l’évocation de l’existence du Mal, or il ne tient pas philosophiquement.

Car s’il est vrai que de manière superficielle, l’étalage des injustices et des cruautés quotidiennes semblent montrer qu’il n’existe pas de Dieu et certainement pas un Dieu bon comme le professe le christianisme, il faut sans doute revenir d’un pas en arrière dans le raisonnement. En effet, si l’on dit cela, c’est qu’on a, de fait, l’idée de ce qu’est la justice, de ce qu’est l’altruisme, la générosité, la miséricorde : « Mais d’où peut bien me venir cette idée de juste et d’injuste ? On ne peut définir une ligne courbe qu’en possédant la notion de ligne droite. À quoi est-ce que je comparais cet univers quand je l’appelais injuste ? Si tout le spectacle était mauvais et insensé de A à Z, pourquoi donc moi, acteur supposé, je réagissais si violemment contre ce spectacle ? »[2]

Dieu nous dirige vers le Bien

Dieu murmure donc en moi, me dirigeant vers le Bien et cela remet le christianisme dans sa juste perspective. Car le christianisme est intrinsèquement un combat contre l’oppression et contre l’injustice qui règne au-dehors et au-dedans. Le christianisme est ontologiquement un combat pour la Vie et pour l’Amour.

S’il base sa vie sur la prière, la contemplation et la force que Dieu voudra lui donner, le chrétien est avant tout un être d’action mettant ses dons et ses compétences au service des autres, des plus faibles et de la vérité.

Le vrai chrétien ne cède jamais aux préjugés et aux passions mais agit toujours avec équanimité et compassion. Ce qui ne l’empêche pas de mener d’épiques combats afin que règne la justice et que triomphe le Bien.

Le chrétien est le défenseur de la vie 

À l’image du Christ, le chrétien est le défenseur de la vie, de la lumière et de l’amour de Dieu dans le monde contre les forces de haine et d’enténèbrement. L’ennemi contre lequel il lutte est celui du genre humain et les légions qu’il affronte portent les noms d’égoïsme, de culture de mort, d’iniquité, de haine, de cupidité, d’obscurantisme, de coercition et de mensonge. Au contraire d’une religion de la fuite, le christianisme est un état d’être, une disposition de l’âme de ceux qui ne craignent pas de s’exposer pour la défense de Celui qui est Vie.

Et les champs de bataille ne manquent pas en ce début du IIIe millénaire : exclusion, utilitarisme, chosification de l’être, culture mortifère, racisme, schisme entre les chrétiens, faim et pandémie dans le monde, persécutions, destruction de l’environnement, mise en place d’une culture matérialiste basée sur l’égoïsme et la compétition outrée, montée en puissance des intégrismes et de certaines dictatures… autant de visages que prend l’ombre aujourd’hui et qu’il faut combattre sans répit.

À chacun de trouver les champs de bataille où Dieu l’appelle

Et on ne peux que se rappeler des mots d’Etty Hillesum formalisant avec sensibilité ce que les Pères de l’Église appelait la synergie entre l’Homme et Dieu : « Je vais T’aider mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas Toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons T’aider – et ce faisant nous aider nous-mêmes. »[3]

Le christianisme puise sa force dans la prière, les sacrements et la conscience de Dieu mais cette force s’exprime toujours par l’action aux services des autres. Cette action chrétienne pour l’Humanité, pour la Vie et la dignité des personnes peut revêtir une infinité de formes selon les charismes de chacun : action sociale, action humanitaire, politique, artistique, littéraire, enseignement… À chacun également de trouver sa Mission de Vie qui lui permette d’exprimer sa manière singulière d’agir en Dieu pour les autres.


[1] C.S.Lewis, Les fondements du christianisme, Ed. Aimé Viala, 2013, p 35

[2] ibidem p 54

[3] Prière du dimanche matin, 12 juillet 1942, référence : Une vie bouleversée, Seuil 1985 et 1988, p. 166.


Lire aussi : « C’est impossible que Dieu existe, cela n’a pas été prouvé scientifiquement ! »


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