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Le mot de la semaine : « mur »

©HERIKA MARTINEZ / AFP
Boys play around, climbing the border division between Mexico and the US in Ciudad Juarez, Mexico on January 26, 2017. US President Donald Trump on Thursday told Mexico's president to cancel an upcoming visit to Washington if he is unwilling to foot the bill for a border wall. Escalating a cross border war of words, Trump took to Twitter to publicly upbraid Enrique Pena Nieto. "If Mexico is unwilling to pay for the badly needed wall, then it would be better to cancel the upcoming meeting." / AFP PHOTO / HERIKA MARTINEZ
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Mercredi dernier, Donald Trump a signé le décret ordonnant l’érection d’un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Donald Trump est un président atypique, personne n’en doutera. Mais il l’est d’autant plus que, contre toute habitude, une grande partie de l’opinion publique à travers le monde en vient à souhaiter qu’il n’applique pas le programme pour lequel il a été élu. Alors que d’ordinaire les hommes politiques sont critiqués pour ne pas tenir leur promesse, le nouveau président des États-Unis, peut-être parce qu’il n’est justement pas un homme politique, s’apprête, semble-t-il, à faire ce pour quoi on l’a mandaté. Il faut être doté d’une solide mauvaise foi pour présenter cette volonté affichée de ne pas trahir ses électeurs comme une forme d’intransigeance, comme le font certains éditorialistes – particulièrement en Europe, où la démocratie affole de plus en plus la classe médiatique.

En réalité, que l’on approuve ou non ses choix, le fait que Donald Trump s’y tienne ne peut qu’être salué. Sans présager de la suite, constatons simplement que la mesure phare du président américain, l’érection d’un mur à la frontière mexicaine, est très mal comprise, voire malhonnêtement analysée.

Le fameux mur, supposé endiguer l’afflux colossal de clandestins venus du Mexique jusqu’aux États-Unis – ainsi que le trafic de drogue, ce point étant trop souvent passé sous silence en Europe lorsqu’on évoque la frontière americano-mexicaine. Loin du néo-farwest presque excitant de Breaking Bad et des séries hollywoodiennes, la situation au Texas et au Nouveau Mexique est dramatique à la fois pour les États-Unis et le Mexique. Elle n’est pas nouvelle, et le fameux mur existe bel et bien déjà depuis dix ans. Le Secure Fence Act voté sous George Bush à été approuvé par une majorité des élus républicains… et démocrates ! Depuis, ce sont 1 300 kilomètres qui sont sécurisés sur les 3 200 kilomètres que compte la frontière entre les deux pays.


Lire aussi le mot de la semaine dernière : « gifle »


Ceux qui avaient applaudi ou n’avaient rien dit à l’époque sont aujourd’hui bien hypocrites en prétendant que ce projet de mur (en réalité un renforcement aux points sensibles) est une atteinte à la dignité humaine. Les entend-on d’ailleurs vociférer contre le mur qu’érige Israël ou celui qui coupe encore Chypre en deux ? Ces détracteurs pourraient trouver de meilleurs arguments, comme celui relatif au financement d’une telle mesure. Mais là encore, la mauvaise foi est trop souvent de mise : prétendre que la volonté de faire payer le Mexique est un pur slogan démagogique est faux. Il est tout à fait possible pour Donald Trump de financer ce mur en taxant les produits mexicains importés – ce qui revient bien à faire payer le Mexique.

D’une manière plus générale, que l’opinion panique à l’idée d’une Amérique redevenue isolationiste et protectionniste est bien étonnant, car Barack Obama ne fut pas moins protectionniste que son successeur. Le président démocrate fut un redoutable va-t-en-guerre et les pacifistes aujourd’hui indignés furent peu nombreux pour souligner l’indécence du prix Nobel qu’on lui remit il y a quelques années. La gauche altermondialiste et antiliberale s’égosillait contre le TAFTA : Donald Trump, si démoniaque à leurs yeux, l’a enterré d’un revers de main.

L’image branchée de Barack Obama aura reussi à faire diversion des catastrophes auxquelles sa politique étrangère aura conduite : Donald Trump, lui, n’a pas la communication et la popularité de son côté. Ce n’est peut-être pas si mal : seuls les faits parleront. Et s’il y a des esprits honnêtes pour les recevoir et les juger, peut-être alors comprendrons – nous que la réalité est bien trop complexe pour qu’on se contente de ne l’accepter qu’à travers une grille de lecture manichéenne.

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