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Chronique du temps qui passe. Le temps des chrétiens

© Antoine Mekary / ALETEIA
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Il n’y a pas de politique sans une certaine mystique.

Il fut un temps où les chrétiens de ce monde vivaient cachés et fuyaient leurs assassins comme les hommes primitifs fuyaient les bêtes sauvages. Ils ne se cachaient pas par lâcheté mais attendaient de vivre au grand jour l’unique vérité qui sauve le monde lui-même.

Certains croient que ces temps sont révolus et qu’aujourd’hui les sanctuaires de la démocratie et de la laïcité ont assuré la liberté religieuse à ceux qui croient et veulent être reliés au Dieu qu’ils adorent et qu’ils prient. Ce sont pourtant des signes contraires que nous constatons en cette époque où sont fustigés les hommes politiques qui osent dire qu’ils sont chrétiens, et dont la foi n’est pas contredite par le contenu de leur programme politique.

Alors que ces hommes qui désirent le pouvoir continuent à défendre les valeurs de la foi chrétienne, sans succomber à la tentation si forte de les relativiser ! Car ces valeurs ne sont pas propres à une secte ou à une communauté fermée, mais ont irrigué l’humanité entière et l’ont façonnée comme un sculpteur façonne la pierre et lui donne la forme de sa beauté et sa splendeur.

Si la politique doit rechercher le bien commun, elle ne pourra pas le faire en se fondant sur des valeurs relatives : elles devront être universelles. Ainsi reprocher à un homme politique de dire qu’il est chrétien dans son engagement, c’est comme reprocher à l’eau d’avoir une source et aux roses un parfum !


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Il n’y a pas de politique sans une certaine mystique. Notre recherche de l’ordre social et de la paix est indissociable de notre recherche d’un absolu qui nous guide et qui nous sauve dans les méandres difficiles de notre existence, d’un absolu divin qui porte la figure de notre humanité et les raisons de notre fragilité et de notre finitude.

Quoi que nous fassions, nous finirons toujours par ressembler à l’une de ces trois personnes dont parlaient saint Augustin et Pascal : celle qui sert le Dieu qu’elle a trouvé, celle qui le cherche, et celle enfin dont la vie se passerait sans Dieu et sa recherche. La première, raisonnable, connaît le bonheur ; la deuxième est raisonnable et sincère, mais malheureuse ; et la troisième ne peut être que folle et malheureuse.

Ceux qui condamnent les hommes politiques pour avoir témoigné publiquement de leur foi chrétienne ressemblent à ceux qui n’aiment ni la vérité ni sa recherche. Il se contente d’un relativisme ambiant et facile qui fait fondre le tout et la partie dans le chaos des cœurs et des esprits. Dans leurs guerres comme dans leurs gouvernements, ils graveront en or noir leur unique devise :                                           

Unus quisque sibi Deum fingit (Chacun se fabrique un Dieu).

Chacun pour lui-même s’invente son propre Dieu, jusqu’à provoquer le dégoût de soi et le dégoût des autres, et faire sombrer la société dans le nihilisme et le désordre.

Quand la foi devient une affaire privée, l’homme est coupé de sa pensée, la politique de la vérité, la cité de Dieu. Les routes sur lesquelles marchent nos pèlerins sont brûlées pour devenir des champs de batailles, où l’on livre une guerre sans cause, sans but, sans valeur ni honneur, pour un monde où les hommes ressemblent à des pierres inertes et à des brutes.

Mais qu’importe, il y a un temps pour tout : un temps pour l’erreur et un temps pour la vérité.

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Philosophe, écrivain, docteur d'État de la Sorbonne, Antoine Joseph Assaf, ancien otage au Liban, est aussi capitaine de frégate de réserve, ancien auditeur de l'Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN), conférencier à l'École navale et à l'École de guerre. Dernier ouvrage paru : L'islam radical, Faut-il avoir peur de l’avenir ? (éditions Eyrolles).  
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