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11 points majeurs évoqués par le Pape sur la situation mondiale

© Antoine Mekary / ALETEIA
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Découvrez les voeux du pape François au corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège.

La paix n’est pas une « simple absence de guerre » mais une réalité qui exige « l’engagement de personnes de bonne volonté » aspirant à « une justice toujours plus parfaite ». Pour combattre le terrorisme fondamentaliste, il est impératif de « garantir dans l’espace public le droit à la liberté religieuse » et « éviter que se forment ces conditions qui deviennent un terrain fertile pour le déferlement des fondamentalismes ». Le chemin de la paix et de la sécurité passe par le développement et une distribution équitable des ressources.

Lors de la traditionnelle cérémonie d’échanges de vœux avec le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, le pape François a brossé un tableau dense et articulé de la situation mondiale. Une situation pleine « d’incertitude et d’angoisse pour l’avenir »  à laquelle, dit-il, il souhaite apporter « une parole d’espérance », convaincu que de nouvelles voies peuvent apporter aux pays et aux peuples « des occasions de travailler ensemble et de construire une paix authentique ». Il a garanti, en ce sens, la « disponibilité » du Saint-Siège, et en particulier de la Secrétairerie d’État, à « collaborer avec tous ceux qui s’engagent à mettre fin aux conflits en cours et apporter soutien et espérance aux populations qui souffrent ».

Voici les grandes lignes de ce discours :

La paix n’est pas qu’une absence de guerre

Pour les chrétiens, explique François, la paix est « un bien positif » et non « une simple absence de guerre », on ne saurait donc la réduire à un « simple équilibre entre forces adverses ». Faire la paix exige l’engagement de personnes de bonne volonté qui aspirent inlassablement à « une justice de plus en plus parfaite ». Dans cette perspective, le Pape affirme sa « vive conviction » que « chaque expression religieuse » doit se sentir appelée à la promouvoir : « Nous savons combien n’ont pas manqué les violences motivées religieusement, à partir justement de l’Europe, où les divisions historiques entre les chrétiens ont duré trop longtemps », déclare le Pape. En même temps, a-t-il relevé, on ne saurait oublier toutes « les œuvres d’inspiration religieuse, qui concourent, tant de fois aussi par le sacrifice des martyrs, à l’édification du bien commun, à travers l’éducation et l’assistance, surtout dans les régions les plus difficiles et sur les théâtres de conflits ». Toutes ces actions « contribuent à la paix » et témoignent qu’il est possible de « vivre et travailler ensemble concrètement, même en appartenant à des peuples, à des cultures et à des traditions différentes ».

Les gestes « vils » du terrorisme

Malheureusement, poursuit le Pape, « nous sommes conscients qu’encore aujourd’hui, l’expérience religieuse, au lieu d’ouvrir aux autres, peut parfois être utilisée comme prétexte de fermetures, de marginalisations et de violences ». Il se réfère tout particulièrement au « terrorisme de matrice fondamentaliste », qui a fauché encore l’année dernière de nombreuses victimes dans le monde entier. « Ce sont des gestes vils, qui utilisent des enfants pour tuer, comme au Nigéria ; ils visent celui qui prie, comme dans la cathédrale copte du Caire, ou simplement celui qui se promène dans les rues de la ville, comme à Nice et à Berlin, ou simplement celui qui fête l’arrivée du nouvel an, comme à Istanbul ».

Contre cette « folie homicide qui abuse du nom de Dieu pour semer la mort, dans la tentative d’affirmer une volonté de domination et de pouvoir », le Saint-Père demande à « toutes les autorités religieuses » de réaffirmer avec force « qu’on ne peut jamais tuer au nom de Dieu ». Le terrorisme fondamentaliste, estime-t-il, est le résultat d’une « grave misère spirituelle, à laquelle est souvent liée aussi une grande pauvreté sociale ». Et celle-ci ne saurait être complètement « vaincue » que si les leaders religieux et politiques contribuent ensemble à sa lutte. Aux premiers revient le devoir de « transmettre des valeurs religieuses qui n’admettent pas d’opposition entre la crainte de Dieu et l’amour pour le prochain. Aux seconds, de « garantir dans l’espace publique le droit à la liberté religieuse, en reconnaissant la contribution positive qu’elle exerce dans l’édification de la société civile », et la responsabilité « d’éviter que se forment ces conditions qui deviennent un terrain fertile pour le déferlement des fondamentalismes ». Cette tache demande « des politiques sociales adaptées en vue de combattre la pauvreté, qui ne peuvent pas se séparer d’une valorisation sincère de la famille, comme lieu privilégié de la maturation humaine, et d’importants investissements dans le domaine éducatif et culturel ».

Renoncer à la violence

En ce sens, le Pape exprime sa conviction que « chaque autorité politique ne doit pas se limiter à garantir la sécurité de ses citoyens », mais « se faire véritablement promoteur et artisan de paix ». La paix, insiste-t-il, est « une “vertu active” qui demande l’engagement et la collaboration de chaque personne et du corps social tout entier dans son ensemble », une qualité qui « n’est jamais définitivement acquise, mais toujours à construire ». Celle-ci suppose avant tout « de renoncer à la violence » pour revendiquer ses propres droits. La « non violence », comme souligné dans son message pour la paix 2017, est un style politique, fondé sur « le primat du droit et de la dignité de chaque personne ».

Accueillir et intégrer les migrants

Le pape François affronte ensuite la question des flux migratoires « considérables » auxquels sont confrontés tant de régions du monde, appelant les autorités politiques à « un engagement commun » qui puisse donner à tous ces migrants et réfugiés un « accueil digne ». Tel engagement, souligne-t-il, implique de « savoir conjuguer le droit de tout homme […] de se rendre à l’étranger et de s’y fixer », et en même temps garantir la « possibilité d’intégrer les migrants dans les tissus sociaux où ils s’insèrent, sans que ceux-ci sentent leur sécurité, leur identité culturelle et leurs équilibres sociopolitiques menacés ». Pour leur part, les migrants sont invités à « ne pas oublier qu’ils ont le devoir de respecter les lois, la culture et les traditions des pays dans lesquels ils sont accueillis ». Pour le Saint-Père, la crise actuelle ne saurait se réduire à « un simple comptage numérique « . Les migrants sont des personnes avec « des noms, des histoires » et tant qu’il existera « un seul être humain violé dans son identité personnelle et réduit à un simple numéro statistique ou à un objet d’intérêt économique », il ne pourra y avoir de vraie paix.

Ne pas laisser seuls les pays qui répondent à une situation d’urgence

Le problème migratoire, poursuit le Pape, est un problème qui « ne peut laisser aucun pays indifférent alors que d’autres assument l’obligation humanitaire d’affronter une situation d’urgence qui semble être sans fin ». Tout le monde – affirme-t-il – devrait concourir « au bien commun international ». L’occasion pour le Saint-Père de remercier l’Italie, l’Allemagne, la Grèce et la Suède, pour leur accueil et d’autres pays en Afrique et en Asie.

La paix passe par le développement

François appelle à lutter contre une grande ennemie de la paix : cette « vision réduite de l’homme, qui prête le flanc à la diffusion de l’iniquité, des inégalités sociales, de la corruption ». Il y a dans le monde encore « trop de personnes, surtout des enfants, qui souffrent de pauvreté endémique et qui vivent dans des conditions d’insécurité alimentaire – et même de faim – alors que les ressources naturelles font l’objet de l’exploitation avide d’un petit nombre et que d’énormes quantités de nourriture sont jetées tous les jours ». Comme rappelé tout récemment dans une lettre envoyée à tous les Évêques du monde, le Saint-Père insiste d’accorder la priorité à la protection de l’enfance « souvent brisée sous le poids de l’exploitation, du travail clandestin et d’esclave, de la prostitution ou des abus des adultes, des bandits et des marchands de mort ».

Syrie, Corée et course aux armements

Sur le conflit syrien, le Pape demande à la communauté internationale d’agir avec « diligence » pour « donner vie à des négociations sérieuses mettant définitivement un point final au conflit qui est en train de provoquer une véritable catastrophe humanitaire. Il lui demande aussi dans la foulée, « d’éradiquer le déplorable commerce des armes et l’élan continuel à produire et répandre des armements toujours plus sophistiqués ». A ce sujet, il regarde avec inquiétude les expériences conduites dans la péninsule coréenne qui « déstabilisent toute la région et posent d’inquiétantes questions à toute la communauté internationale autour du risque d’une nouvelle course aux armes nucléaires ». Inquiétude aussi pour les armements conventionnels : « Il faut remarquer la facilité avec laquelle on peut souvent accéder au marché des armes, y compris de petit calibre, ce qui, en plus d’aggraver la situation dans les diverses zones de conflit, produit un sentiment diffus et général d’insécurité et de peur ».

L’idéologie qui fomente le mépris et la haine

Autre ennemie de la paix soulignée par le Pape dans son discours : l’idéologie qui « utilise les difficultés sociales pour attiser le mépris et la haine et qui voit l’autre comme un ennemi à anéantir ». Aujourd’hui, ces idéologies apparaissent sous de nouvelles formes, « se déguisant en porteuses de bien pour le peuple », alors qu’elles laissent derrière elles « pauvreté, divisions, tensions sociales, souffrance et souvent aussi, la mort ». Contre leur avancée, le Saint-Père préconise : solidarité, volonté de dialogue et collaboration. À propos de collaboration, celle-ci trouve dans la diplomatie un « outil fondamental », dont le Saint-Siège fait usage, rappelle-t-il, pour conjurer les conflits ou « accompagner les processus de paix ». Les récents exemples de Cuba et des États-Unis, et de la Colombie, sont des exemples positifs de cette action.

Israël et Palestine, paix et deux États

De plus, le Saint-Siège, poursuit le Pape, « renouvelle son appel pressant afin que reprenne le dialogue entre Israéliens et Palestiniens pour arriver à une solution stable et durable qui garantisse la coexistence pacifique de deux États à l’intérieur de frontières reconnues internationalement ». Aucun conflit, dit-il, « ne peut devenir une habitude dont il semble presque qu’on ne puisse se défaire. Israéliens et Palestiniens ont besoin de paix. Tout le Moyen Orient a un besoin urgent de paix ! ».

L’Europe

En Europe aussi les tensions ne manquent pas, et le Pape ne voit que « la disponibilité au dialogue » qui puisse garantir la sécurité et le développement du continent. L’Europe entière, souligne-t-il, traverse « un moment décisif de son histoire, où elle est appelée à retrouver son identité ». Il est urgent qu’elle « redécouvre ses propres racines afin de pouvoir modeler son avenir ». Face « aux poussées qui désagrègent », le Saint-Père préconise de revoir « l’idée de l’Europe » telle qu’elle se présente aujourd’hui, pour « faire naître un nouvel humanisme basé sur la capacité d’intégrer, de dialoguer et de générer, qui a rendu grand celui qu’on appelle Vieux Continent ». Pour François, le processus d’unification européenne reste « une occasion unique de stabilité, de paix et de solidarité entre les peuples ».

Sauvegarde de la création

Pour finir, dernier point indispensable pour construire la paix : « Œuvrer activement pour la sauvegarde de la création ». Après l’Accord de Paris sur le climat, entré récemment en vigueur, le Pape souhaite »une coopération de tous, toujours plus vaste », pour laisser aux générations futures « un monde beau et viable ». La terre est notre maison commune, rappelle-t-il, les choix de chacun ont donc « des répercussions sur la vie de tous ».

Article traduit de l’italien par Isabelle Coutusrié.

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