Culture

Damien Ricour, côté scène : l’homme qui a ressuscité les saints 2/2

Hommage à Damien Ricour, comédien à la foi rayonnante, enterré ce vendredi 6 janvier à Compiègne.

Damien Ricour, côté scène : l’homme qui a ressuscité les saints 2/2

© Feelafeuille CC

 


Lire la première partie de notre hommage à Damien Ricour, côté coulisses, ici


La pièce est finie. Silence habité avant les applaudissements. La salle retenait son souffle et les battements de son cœur après la volcanique interprétation à laquelle nous venions d’assister. Nous étions épuisés d’avoir ri, souffert, lutté, prié, quasi-fusionnels à Damien Ricour nous offrant la vie de Pier-Giorgio Frassati.

Je lui avais brièvement dit bonjour, et en quelques mots convenus exprimé mon admiration. C’était à Carnac en 2004 , je le découvrais jouant, seul en scène, la vie du bienheureux italien mort à 20 ans dont j’ignorais à peu près tout jusqu’à ce soir-là. Avec lui, en lui les figures mystiques prenaient corps, devenaient nos contemporains, nos frères. Sans pathos mais avec beaucoup d’émotions il donnait chair à ses personnages, nous faisant passer du rire aux larmes, tandis que lui passait de l’interprétation d’un petit enfant à celle d’un père en colère, en passant par une bonne vieille, semblant changer de tête, de corps, de voix, nous donnant l’impression de voir plusieurs acteurs en scène.

Est-ce à l’école internationale Yves Lecocq qu’il apprit sa technique tellement maîtrisée ? Est-ce son histoire de fils unique ayant l’habitude de jouer seul qui lui donna ce don d’interpréter tous les personnages ?

Est-ce le souffle de l’Esprit qui passait à travers lui sur scène ?

Damien converti adulte, prend un virage artistique en créant en 2005 la compagnie de l’aiguillon. Après avoir joué Beckett, Tchekhov ou Racine, il écrit et met en scène ses propres solos, gagnant une totale liberté pour défendre des thèmes qui lui tiennent à cœur. Excepté le désopilant « pourquoi j’ai mangé mon père », il écrira et mettra en scène dès lors des figures spirituelles. Est-ce sa proximité spirituelle avec les saints qu’il incarnait qui lui donnaient cette justesse ? Damien dira d’ailleurs, concernant saint François d’Assise (« Parfois le cœur est un tambour fou ») : « Ce n’est pas moi qui l’ai choisi, c’est lui qui est venu me chercher ».

Le chercher et l’accompagner peut-être si l’on relit leurs vies : c’est en juillet 2014, en répétant lors du Festival Off d’Avigon, qu’il perd l’œil gauche et qu’on lui diagnostique un mélanome. Une source de grâce pour le comédien qui l’accueille comme une libération de la gangue de l’orgueil. Une « grâce qu’il a reçue, parce qu’il sait que rien n’est impossible à l’amour de Dieu ».

Si nous nous risquions à penser que la vie de Damien s’arrête, que nous venons d’assister à son salut final, nous nous tromperions lourdement.

Nous n’avons pas assisté à la fin de la pièce, le rideau ne se baisse pas définitivement.

Nous n’avons vu que le prologue. C’est écrit. La vraie pièce de notre vie, qui ne sera plus farce, drame ou comédie, se jouera pour l’éternité là-haut, nous ne pouvons que nous y préparer et nous en réjouir, dans la confiance infinie en son metteur en scène.

Damien joua la vie du bon larron, comme dans son spectacle qu’il titra « Bienvenue au paradis ». Soyons sûrs que là-haut, retrouvant François, François-Xavier, Pier-Giogio, Thérèse, il a reçu une standing ovation à son arrivée.

 

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