Spiritualité

Se lamenter, est-ce prier ?

À l’instar du psalmiste qui se répand en gémissements, jérémiades et regrets, les hommes ont-ils le droit de se plaindre ?

Se lamenter, est-ce prier ?

Mur des Lamentations © Pixabay

La détresse de certains peut pousser à des issues dramatiques, qui n’en a pas connu autour de soi ? Crier sa rage et nommer son désespoir peuvent-être des solutions et la Bible regorge de ces lamentations. Mais disons qu’elles ne deviennent prières uniquement dans la mesure où elles sont adressées à Dieu.

Transformer la plainte en prière 

Sinon la plainte pour elle même ne fait qu’entretenir la souffrance, elle est donc stérile. En revanche, lorsqu’elle est déposée dans le cœur de Dieu, elle devient une prière à laquelle le Père ne peut pas rester insensible, même si sa réponse n’est pas toujours ce qu’on avait demandé.

À ceux qui se demandent ce que fait Dieu dans telle ou telle situation, gageons qu’Il pleure avec nous au jour de l’épreuve puisque c’est la forme la plus aboutie des compassions. Même Jésus a pleuré sur Jérusalem juste avant de chasser les marchands du Temple dans l’évangile de saint Luc (19, 41-44) : lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! (…) ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait ».

Voyons maintenant ceux qui se sont le plus lamentés… à replacer dans leurs contextes évidemment.

© SdR
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Jérémie 

Avec une dédicace spéciale pour celui qui a inscrit dans le marbre des Saintes Écritures son nom devenu substantif : Jérémie… d’où jérémiade.

Son Livre des lamentations dans l’Ancien Testament valut à ce prophète d’être pour l’éternité porteur de mauvaises nouvelles. Au chapitre 2, verset 11 de son livre, Jérémie n’y va pas de main morte : « Mes yeux sont usés par les larmes, mes entrailles frémissent ; je vomis par terre ma bile face au malheur de la fille de mon peuple, alors que défaillent petits enfants et nourrissons sur les places de la cité. »

Job

Il y a aussi Job, le plus grand de tous les fils de l’Orient, l’homme au sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cent ânesses et un très grand nombre de serviteurs. Dieu permit à Satan de l’éprouver et malgré la perte de tous ses biens, de ses enfants et de sa santé il  restait fidèle à son Seigneur. Pourtant un jour, saisi de désespoir, il se mit à maudire le jour de sa naissance (Job 3, 3) : «  Périsse le jour où je suis né, et la nuit qui a dit : un homme est conçu ! ».

Les lamentations de Jésus sur la croix 

Évidemment même Jésus s’est lamenté en reprenant dans sa bouche les mots du psaume 21 : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? Mon Dieu, j’appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ; même la nuit, je n’ai pas de repos. » Alors qui sommes nous pour nous interdire de pleurer quand le Fils de l’Homme Lui-même se l’autorisa ?

Comme le rappelle le Catéchisme de l’Église catholique : la prière des prophètes n’est pas une fuite du monde infidèle mais une écoute de la Parole de Dieu, parfois un débat ou une plainte, toujours une intercession qui attend et prépare l’intervention du Dieu Sauveur, Seigneur de l’Histoire.

Le Mur des Lamentations

Il y a aussi le fameux « Mur des Lamentations » de Jérusalem, où chacun vient déposer ses doléances à l’adresse de Dieu par un geste d’humilité, insérant son petit papier dans les fentes du mur. Cependant l’usage de ce terme semble être un véritable sujet conflictuel dans la sémantique du conflit israélo-palestinien. Les uns préféreront plutôt le terme de « Mur occidental » tandis que les autres utiliseront « Mur des Lamentations » ou encore « El-Bourak ».

Le tout est de ne pas oublier de s’adresser à Dieu plutôt qu’aux hommes et Christian de Chergé de nous rappeler que « la foi transforme l’angoisse en confiance ».


Lire aussi : Se plaindre…c’est prier ! 


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