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« C’est impossible que Dieu existe, cela n’a pas été prouvé scientifiquement ! »

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La foi et la science s'opposent-elles inévitablement ?

Quand il réfléchit à la possibilité d’un Dieu transcendant, le transhumanisme produit parfois des réflexions qui ne peuvent que laisser perplexe tout chrétien : « Le matérialisme transhumaniste peut, à un certain moment de sa réflexion logique, envisager que nous vivons dans un univers créé, peut-être un univers naturel infusé de l’esprit quantique de Dieu ou peut-être sommes-nous une simulation se déroulant dans l’esprit des dieux ou peut-être sommes-nous encore une résurrection de nous-mêmes à la fin des temps.  Aucune de ces idées matérialistes d’un Univers créé ou intelligent n’argumente en faveur d’un Dieu unique, bienveillant ou conscient de notre existence… Nous évoluerons peut-être vers une apothéose transhumaniste ou peut-être que nous choisirons de devenir nous-mêmes des dieux et de défier le Créateur pour la domination de l’Univers » [1].

Difficulté à concilier transhumanisme et religion révélée

David Pearce, le co-fondateur de la Transhumanist Association, renchérit : qu’est-ce qui pourrait nous rapprocher plus de la nature de dieu que créer une nouvelle vie ? Je pense que c’est difficile de concilier le transhumanisme et la religion révélée.  Si nous voulons vivre dans le Paradis, nous devons le construire nous-mêmes. Si nous voulons la vie éternelle, nous devons réécrire notre code génétique bugué et devenir comme des dieux [2]. On peut difficilement imaginer un hubris plus démesuré.

« Les mystiques exultent dans le mystère et ils veulent qu’il reste mystérieux. Les scientifiques exultent aussi dans le mystère, mais pour une autre raison : il leur donne quelque chose à faire. […] Un des effets vraiment pernicieux de la religion, c’est qu’elle nous enseigne que c’est une vertu que de se satisfaire de ne pas comprendre » [3].

Le principe de transgression fondamentale 

Cette citation de Richard Dawkins montre l’imperméabilité totale de l’intégrisme athée et matérialiste par rapport au sens du mystère face à l’immensité de l’existence. Loin d’éprouver le respect devant la diversité insondable de la Création, loin de ressentir la beauté devant la poésie immanente à l’Univers, loin d’y percevoir une sorte de noyau à jamais inexprimable, les scientifiques et philosophes de ce type de courant vont au contraire tout ramener en chiffres froids, en mécanismes explicables dans un processus de désenchantement et de désacralisation que rien ne peut stopper.

C’est ce qu’on peut appeler le principe de transgression fondamentale : plus rien n’étant sacré, il n’y a aucune raison de restreindre les forces d’exploitation et de remodelage de la nature. Nous ne sommes plus dans la transgression car pour qu’il y ait transgression, il faut qu’il y ait des limites à transgresser, limites qui impliqueraient de facto une sorte de sacralité. Non, dans cette optique extrême, rien n’apparaît jamais comme monstrueux ou même déplacé : « Dès lors qu’on abandonne l’idée de la Nature comme un vis-à-vis, une étrangère appelant le respect du fait même de son altérité irréductible, pour la concevoir comme un matériau privé de sens, « arraisonnable », humanisable, on quitte le terrain où une transgression est possible et l’on contribue à niveler toute réalité dans un certain désenchantement. C’est cela que la modernité est censée avoir accompli et que Sade voulait la contraindre à accepter dans la logique de son développement. C’est cela aussi que le posthumain pourrait vouloir lui rappeler » [4].

Ce qui contraste évidemment fortement avec la position chrétienne sur la sacralité intrinsèque de la vie : « Le pape François a ailleurs insisté sur l’urgence aujourd’hui en Europe, de mettre en valeur la dimension spirituelle et religieuse de la vie humaine dans une société sécularisée et menacée par l’athéisme. L’homme est souvent tenté de se mettre à la place de Dieu, de se considérer comme le seul critère, de croire qu’il peut contrôler toute chose, de se sentir autorisé à utiliser à sa convenance toute ce qui l’entoure. Il est important au contraire de se souvenir que la vie est un don de Dieu » [5].

Beaucoup de personnes attendent tout de la science envisagée comme une pourvoyeuse de Vérité, ce qui est labellisé « scientifique » étant forcément vrai au détriment du reste.  Je me souviens avoir eu un jour, une vive discussion avec un collègue qui avait appris que j’étais croyant. Il défendait une vision athée militante classique et après avoir fait les tirs d’usage (Comment est-ce possible ? Je n’aurais pas cru cela de toi, quelqu’un de si intelligent, etc…), il me lança l’ultime argument : « C’est impossible que Dieu existe, cela n’a pas été prouvé scientifiquement ! ». L’opposition entre la foi et la science est ancienne, elle est une déclinaison de l’opposition entre la foi et la raison. Depuis longtemps, les chrétiens ont résolu cette opposition apparente, les athées, prisonniers de leurs dogmes, en sont incapables.


[1]    James Hughes, The Compatibility of Religious and Transhumanist Views of Metaphysics, in Global Spiral 8, May 2007 : 2, p. 30.

[2]    David Pearce, Interview with Nick Bostrom and David Pearce in Cronopis, December 2007.

[3]    Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu, Robert Laffont, 2008, p.138.

[4]    Jean-Michel Besnier, op.cit. p98.

[5]   Le Pape et les rabbins européens condamnent la violence religieuse in Radio Vatican 20/04/2015.


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