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Faire disparaître l’humain

©Fernando Cortes/Shutterstock
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À la volonté d'arrachement à la Nature caractéristique de l'esprit moderne, on surenchérit par la volonté de transgresser la nature humaine afin de la faire disparaître totalement.

Ainsi, le transhumanisme ne craint-il pas de souhaiter la fin des maladies (nul ne songerait à s’en plaindre à juste titre) mais aussi la fin de la mort (par réparation ad infinitum du corps ou par transfert de la conscience sur des supports virtuels).  Plus grand tabou encore, le transhumanisme souhaite en finir avec le principe biologique de naissance tel que nous la connaissons et qui serait la première des limitations.  Ainsi, on se propose de développer des méthodes de reproduction par clonage ou par ectogenèse.

L’enjeu est ici de se débarrasser de tous les déterminismes naturels, de produire des hommes intégralement auto-fabriqués.  Cette volonté ne choque pas les transhumanistes qui à la suite de Richard Dawkins considèrent le corps humain comme un simple réservoir de gênes.  Il est intéressant de remarquer que l’influent Richard Dawkins, membre de la Royal Society et professeur émérite au New College de l’Université d’Oxford porte un regard acide sur les religions en général et particulièrement sur les religions monothéistes et le catholicisme en particulier : « On peut dire que, de toutes les œuvres de fiction, le Dieu de la Bible est le personnage le plus déplaisant : jaloux, et fier de l’être, il est impitoyable, injuste et tracassier dans son obsession de tout régenter ; adepte du nettoyage ethnique, c’est un revanchard assoiffé de sang ; tyran lunatique et malveillant, ce misogyne homophobe, raciste, pestilentiel, mégalomane et sadomasochiste pratique l’infanticide, le génocide et le « fillicide ».« 

Athée militant, il soutint la campagne de propagande antireligieuse sur les bus londoniens (Athéist Bus Campaign), il entama également des démarches pour faire inculper le Pape Benoit XVI pour crimes contre l’humanité.

Le fond philosophique du courant transhumaniste est donc un mélange détonnant d’athéisme militant, de bouddhisme areligieux et d’hindouisme vidé de son contenu transcendant.  Il en résulte une recherche de maîtrise totale de l’environnement, une dévalorisation extrême du corps avec une attention démesurée portée à la conscience qui est totalement confondue avec l’activité cérébrale.

La vie humaine incarnée avec son lot de bonheurs et de difficultés, de joies et d’intensité mais aussi de fatigue et de peines repousse les utopistes du transhumain. Plutôt que les expériences de la vie qui forgent l’individualité, des auteurs comme Pierre Lévy préfèrent l’idée d’une fusion de la conscience dans le grand tout impersonnel d’Internet. Chaque conscience décorporalisée et interchangeable avec les autres s’oublierait elle-même dans une sorte d’illusion de liberté et d’ivresse de la conscience collective. En réalité, ce n’est ni plus ni moins qu’une dissolution de soi, un suicide ontologique tel qu’on le retrouve dans le bouddhisme : « Mon corps personnel est l’actualisation temporaire d’un énorme hypercorps hybride, social et technobiologique. Le corps contemporain ressemble à une flamme. Il est souvent minuscule, isolé, séparé, presque immobile. Plus tard, il court hors de lui-même, intensifié par les sports ou les drogues, passe par un satellite, lance quelque bras virtuel très haut vers le ciel, le long de réseaux de soins ou de communication. Il se noue alors au corps public et brûle de la même chaleur, brille de la même lumière que d’autres corps-flammes. Il retourne ensuite, transformé, dans une sphère quasi privée, et ainsi de suite, tantôt ici, tantôt partout, tantôt en soi, tantôt mêlé.  Un jour, il se détache complètement de l’hypercorps et s’éteint. »

Notre société vit une dépression collective qui se manifeste par une impuissance à vivre, une tragédie de l’impuissance amplifiée par une société exigeant de plus en plus de flexibilité, de mobilité et d’efficacité. La vie intérieure s’est rétrécie et le désir fait défaut.  Le corps n’y a rien gagné, assurément : il reste en trop, la prison de l’âme, l’équivalent du tombeau auquel Platon aimait à le comparer, jouant de la proximité des mots « sêma » « soma ».

Sébastien Morgan est historien d'Art de formation. Auteur d'un essai paru en 2013 aux éditions du Mercure Dauphinois : Devenir soi-même, chronique d'un chrétien du XXIe siècle, il est également le webmaster du site relianceuniverselle.com.  Après une décennie passée dans le journalisme, il exerce actuellement le métier d'enseignant à Bruxelles.
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