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Kuala Lumpur : « Un jour, des hommes ont décroché la croix qui surplombait mon église »

© Marie-Charlotte Noulens
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Les Petites sœurs des pauvres se battent pour venir en aide à toutes les personnes défavorisées, sans distinction de confession. Au risque de persécutions.

« Depuis les attentats de Charlie Hebdo, les gens sont devenus fous ici. » Mère Agnès, supérieure des Petites sœurs des pauvres de Kuala Lumpur, est un petit bout de femme d’origine indienne. Dans un français presque parfait et roulant délicieusement les « r », elle fait part des relations toujours plus crispées entre les communautés religieuses de Malaisie.

La Malaisie est une péninsule aux allures paradisiaques, terre d’un peuple multiculturel bahuté par l’histoire où vivent ensemble depuis des temps immémoriaux Indiens, Chinois, Orang Asli et Malais. Si l’islam est la religion d’État, il n’est pas étonnant de voir se côtoyer dans les rues larges et sales de la capitale une mosquée, un temple hindou, bouddhiste ou taoïste, et une église. Le tout encastrés dans un dédale de vieilles maisons coloniales décaties mais toujours vaillantes face aux assauts du temps. Seulement, ce pays cache derrière ses palmiers et ses belles plages un profond mal-être où les non-musulmans vivent une persécution régie par la loi. Une persécution à laquelle les Petites sœurs des pauvres répondent par l’amour des plus petits.

« Il faut tout faire par amour » sainte Jeanne Jugan

Véritable îlot de paix au milieu du chaos de la banlieue de Kuala Lumpur, les Petites sœurs des pauvres accueillent depuis 1964 les personnes âgées issues de milieux défavorisés quelle que soit leur confession. Elles sont soutenues par de nombreux volontaires locaux. Ces liens sont vitaux pour la communauté qui ne vit que de dons. Le gouvernement leur ayant interdit de quêter dans les lieux publics, les Petites sœurs vont de paroisse en paroisse et enchaînent parfois jusqu’à cinq messes le dimanche.

Dog’s therapy, parcours alpha, cours de musique, séances de dessins… Les Petites sœurs ne manquent pas d’imagination pour les personnes âgées. « Chez nous, chaque résident a un rôle et une mission, explique sœur Jessica, une jeune religieuse de trente ans, certains mettent la table, d’autres aident à la lingerie et il y a même un résident qui s’occupe spécialement des chiens. » De bien curieux compagnons qui rappellent les menaces qui pèsent sur l’endroit. En effet, trois chiens sont lâchés la nuit dans le jardin pour dissuader les voleurs les plus téméraires.

Une persécution ordinaire

Selon la constitution malaisienne, chacun peut vivre sa foi en sécurité et librement. Dans les faits, il n’en est rien. « Un jour, des hommes ont décroché la croix qui surplombait mon église », explique Tabitha, la jeune kinésithérapeute de l’hospice, « nous sommes tous égaux, mais certains le sont plus que d’autres » souffle-t-elle à demi-mots. Face à cet acte lâche, elle demande simplement de prier pour son pays. Entre les temples hindous plastiqués et les églises outragées, les Petites Sœurs font preuve d’une charité et d’un amour sans borne.

Cette persécution, sœur Fatima l’a vécue très souvent dans sa vie de consacrée au Congo, en Turquie, et maintenant dans son pays natal en Malaisie. Personnage charismatique, elle veut croire que son pays sortira de cette spirale de la haine par l’amour et la miséricorde. Elle a à cœur d’organiser tous les jours des visites de la Maison pour les étudiants musulmans qui répondent présent à chaque invitation. Se mêlent alors, jeunesse et vieillesse, christianisme et islam pour construire un avenir plus stable.

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