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Le mot de la semaine : « Noël »

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En cette semaine si particulière, quel autre mot choisir que celui de « Noël » ?

En cette semaine si particulière, quel autre mot choisir que celui de « Noël » ? Difficile pourtant de dire quelque chose de nouveau sur la naissance du Christ – du moins quelque chose qui ne paraisse pas banal. En quête d’idées, j’ai voulu savoir ce que Noël évoquait aux gens autour de moi, et leur ai posé la question. La réponse la plus originale m’est venue d’un enfant : « Noël ? C’est un mot bizarre, on dirait que c’est juste pour lui qu’on a inventé le tréma ! » Réflexion orthographique que je ne m’étais jamais faite, et qui se révèle partiellement fausse (« ambiguë », « aiguë » ou « exiguë » réclament aussi leur accent, même s’il ne s’agit pas tout à fait du même), mais qui nous offre l’occasion de parler du mot « Noël ».

Les origines du mot « Noël »

« Noël » vient évidemment du latin « Natalis » (qui se rapporte à la naissance), mais l’évolution de la langue française lui a fait subir des mutations particulières, devenant d’abord « Nael » avant de revêtir son tréma une fois le A transformé en O. D’autres langues latines conservent des mots plus ou moins proches de la racine originale, mais dans lesquelles on reconnaît plus immédiatement l’idée de naissance : tel est le cas de l’italien « Natale », de l’occitan « Nadal » ou de l’espagnol « Navidad ».

De manière notable, c’est exactement le même mot que l’on retrouve dans certaines langues slaves, comme «Рождество » en russe (prononcé « Rajdiestva» et signifiant « nativité ») ou « Boże Narodzenie » en polonais, évoquant de manière plus précise « la naissance de Dieu »). À l’inverse,  certaines langues latines emploient des mots se démarquant fortement de cette idée, tel le roumain, qui emprunte à une langue slave, le bulgare, le mot « Crăciun », signifiant « solstice d’hiver ». L’influence païenne est ici bien sensible. L’héritage bulgare est aussi présent dans la langue hongroise, qui n’est pourtant ni latine ni slave mais ouralienne, avec le mot « Karácsony ». Les premiers peuples chrétiens avec lesquels les Magyars établirent un contact durable furent sans doute les Bulgares. De la même famille que la langue hongroise, le mot finnois « Joulu » possède pourtant la même racine que le mot employé par le suédois, langue scandinave, « Jul », et dont l’origine commune est… germanique, et désigne également le solstice d’hiver (l’anglais conserve le terme « Yule » pour nommer cette fête païenne).

D’une manière différente, le témoignage du paganisme nous parvient encore à travers les mots anglais « Christmas » et néerlandais « Kerstmis » : signifiant « la messe du Christ », voire « la messe des Chrétiens » (dont le sens est encore plus évident dans la langue écossaise « Christenmas »), ils empruntent à la langue latine, rappelant l’importation plus tardive du christianisme dans les îles du nord de l’Europe. L’anglais eut même recours, au début du XVe siècle, au mot « Noël » en provenance directe de France. De son côté, la langue allemande a su trouver un terme aux racines germaniques pour célébrer « Weihnachten » (littéralement : « la nuit sacrée »).

Les dizaines d’autres langues européennes et les milliers d’autres langues du monde témoignent chacune à leur manière d’une tradition particulière, et du mouvement dans lequel leur évangélisation s’inscrit. La langue, signe le plus intime et le plus révélateur de l’esprit des peuples, nous fournit la plus précieuse trace de ce qui distingue les nations – nul besoin, dès lors qu’on en accepte l’extraordinaire richesse, de vouloir les unifier ou de chercher à relativiser leurs différences pour envisager la communion des peuples.


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