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Ce chant de Noël a deux millénaires, devinerez-vous duquel il s’agit ?

©Jeanyee Wong 1951/Fair Use
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Non, ce n’est ni "Douce nuit, sainte nuit", ni "Accourez, fidèles…". Un indice ? Il vient du Moyen-Orient.

Voilà un chant de Noël que vous ne risquez ni d’entendre à la radio ni au détour d’une de ces playlists qui passent en boucle dans les magasins. C’est en cherchant sur YouTube, par exemple, que vous pourrez en entendre quelques versions, par Joan Baez, Jose Feliciano et même Sting.

Ce chant se nomme « The Cherry Tree Carol » (« Le Cerisier », en français), et date des années 1500 dans la Vieille Angleterre. Les paroles imaginent la conversation qu’ont pu avoir Marie, soudainement enceinte, et Joseph, perturbé par la nouvelle et tentant d’interpréter les signes que Dieu lui alors envoyés pour apaiser son esprit.

Alors que Matthieu nous raconte que « Joseph, étant un homme vertueux et ne souhaitant pas exposer Marie à la disgrâce du peuple, prévoyait de la quitter discrètement », ce chant décrit un Joseph en colère, répondant à une requête émise par Marie avec ces mots : « Tu veux une cerise ? Ne me la demande pas à moi. Demande à celui qui t’as mise dans cet état ! ». Mais ensuite, le cerisier fait quelque chose d’inattendu qui convint Joseph de l’explication de Marie.


« The Cherry Tree Carol » par Joan Baez


La spécialiste des textes sacrés Marie Joan Winn Leith, qui tient le blog Histoire quotidienne de la Bible [en anglais], voit des parallèles entre les parents de Jésus et les parents originels de l’espèce humaine. Alors qu’Adam et Eve étaient dans le Jardin d’Eden, Marie et Joseph sont dans un champs de cerisiers. Dans les deux cas, les fruits sont au cœur de la querelle.

Mais en plus de s’amuser de la signification de la chanson à la lumière de l’histoire du salut, l’essayiste parvient à retracer les origines du morceau, qui aurait été composé avant l’Angleterre médiévale, à l’époque des premières communautés chrétiennes du Moyen-Orient qui priaient en syriaque, une forme liturgique de l’araméen, le language de Jésus.

Leith, enseignante au Stonehill College dans l’État du Massachusetts, affirme que vers le Ve siècle, l’histoire de l’Annonciation s’est « développée en drame sous la forme d’un dialogue syriaque chrétien, chanté par des chœurs jumeaux, l’un chantant la partie de Joseph et l’autre de Marie, dans le cadre de la liturgie de Noël. »


« The Cherry Tree Carol » par Sting


La question est donc de savoir comment ce fragment de liturgie syriaque est devenu un chant médiéval anglais. Leith suspecte les croisés de l’avoir entendu aux alentours de la Terre sainte vers le XIIe et XIIIe, et de l’avoir ramené en Angleterre. Ils pourraient l’avoir entendu dans l’église de la Nativité à Bethléem. Cela aurait été à l’époque où l’empereur byzantin Manuel Comnemos forma une alliance avec le roi Amalric de Jérusalem et finança un programme de décoration dans cette église. On peut en effet y trouver des inscriptions en latin (probablement pour les croisés), grec (le language de l’empire byzantin) et syriaque.

« J’aime imaginer les croisés “latins écoutant le dialogue syriaque de Marie et Joseph chanté pour Noël à l’église de la Nativité, » écrit Leith. « Captivés par l’hymne, ils l’ont adopté et adapté dans le cadre de la tradition anglaise du mystère, pièce de théâtre mettant en œuvre des histoires et des légendes nourries par la croyance populaire. C’est grâce à cette tradition que nous devons le chant de Noël “The Cherry Tree Carol. »

L’essai rédigé par Leith à ce sujet est un bon rappel de la richesse de cette tradition, et du fait que tous les chants ne parlent pas que de Noël « blancs » et de décoration de halls.

Et, à une époque ou les traditions chrétiennes au Moyen-Orient sont en voix de disparition, c’est une chance de pouvoir réfléchir à tout ce que nous, Occidentaux, devons à nos ancêtres spirituels de la Terre sainte.


« The Cherry Tree Carol » par José Feliciano 

 

 

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