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La mort de l’ambassadeur russe, acte de naissance d’un nouvel empire

Andreï Karlov © DR
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Andreï Karlov sera donc mort pour permettre le triomphe diplomatique des intérêts qu'il défendait si âprement.

Il ne se passe pas une semaine sans que la Russie ne vienne nous donner une leçon d’intelligence politique. Celle d’aujourd’hui est absolument magistrale. Au lieu de céder à ce qu’il aurait pu aisément concevoir comme une provocation, Vladimir Poutine prend immédiatement appui sur l’assassinat de son ambassadeur en Turquie pour officialiser une collaboration tenue jusqu’à présent discrète entre trois puissances majeures d’Asie centrale : la Russie, la Turquie et l’Iran. L’assassin d’Andreï Karlov, souhaitait, tel une guêpe, piquer au vif l’ours Russe, or la guêpe est morte sans que rien de tel ne se produise.

Siégeant au centre, encadré par l’Iran et la Turquie, la Russie peut aujourd’hui proposer un plan de paix au Levant avec d’autant plus de facilité qu’elle est devenue l’arbitre de toute la zone. Andreï Karlov sera donc mort pour permettre le triomphe diplomatique des intérêts qu’il défendait si âprement. Tout se passe finalement comme si la pression financière et géopolitique exercée à l’encontre de la Russie l’amenait à se renforcer. Ceci ne concerne d’ailleurs pas exclusivement le domaine diplomatique. Hier, la France décidait de suspendre certaines exportations agricoles vers la Russie. Aujourd’hui la Russie, fortifiée par ce jeûne forcé, est en passe de redevenir la grande puissance agricole qu’elle avait été avant 1917 : ses exportations agricoles lui rapportent davantage que les ventes d’armes. Pour M. Obama, qui a soutenu avec une grande constance les groupes jihadistes du Moyen-Orient à l’encontre de la Russie, le bilan de la fin de règne est pour le moins amer : non seulement les États-Unis ont échoué à se rapprocher efficacement de l’Iran, mais encore, ils ont perdu leur seule carte maîtresse dans la région : la Turquie. Plus rien ne s’oppose donc à l’unification d’une Eurasie sous contrôle russe et chinois.

Un diplomate a été assassiné hier. Sa mort sera l’acte de naissance du nouvel empire mongol.


Lire aussi : « Nous mourons à Alep, tu meurs ici »


 

Thomas Flichy de la Neuville est spécialiste de l'Iran. Il enseigne en France et à l'étranger, notamment à Oxford. Professeur à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, il est l'auteur de "L’Iran au-delà de l’islamisme" (éditions de L'Aube), de "L’État islamique. Anatomie du nouveau Califat" (Bernard Giovanangeli Editeur, 2014) et d'une “Géopolitique de l’Iran” aux PUF
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