Église

Mgr Oscar Romero, prêtre assassiné en pleine messe pour avoir défendu les plus pauvres

Découvrez l'interview du père Martin Maier qui vient de publier un livre consacré à ce martyr du XXe siècle.

Mgr Oscar Romero, prêtre assassiné en pleine messe pour avoir défendu les plus pauvres

© Sabine de Rozières

Le jésuite et théologien allemand, Martin Maier, vient de faire paraître un ouvrage sur Oscar Romero, cet évêque salvadorien assassiné en 1980 en pleine messe. Selon l’auteur, il serait avec le pape François, les deux inspirés et inspirateurs de la théologie de la libération.

Aleteia : En quoi Mgr Oscar Romero est-il un prophète pour notre temps ?
Martin Maier (sj) : On peut dire qu’il est un « prophète pour notre temps » puisqu’il a dénoncé avec une grande fermeté et constance l’injustice qui régnait au Salvador, ce petit pays d’Amérique centrale. Ainsi faisait-il comme les prophètes de l’Ancien Testament, Amos et Osée, qui conspuaient les dirigeants d’Israël pour leur gouvernance inique. Dans les années 1960-70 au Salvador, ce sont 14 familles qui dominaient le pays et qui possédaient toutes les terres fertiles.

À quelques jours de Noël, comment Romero peut-il nous aider à préparer la venue du Messie ?
Son prophétisme était aussi de maintenir vivante l’espérance en rappelant qu’il peut y avoir des issues aux pires situations. Il disait du Salvador alors en plein tourment : « Sur ces ruines brillera la gloire de Dieu ». La place qu’il fit aux plus pauvres peut engager à se mettre à sa suite, comme on accueille l’Enfant-Jésus dans cette crèche où seul l’Amour réchauffe les cœurs.

Quel est l’itinéraire spirituel d’Oscar Romero ?
Jusqu’en 1977 il se plaçait comme un prêtre et un évêque plutôt conservateur, qui ne voulait pas que l’Église se mêle des questions sociales et politiques. Il avait plutôt une vision spiritualiste et sacramentelle de l’Église. Mais un tournant s’opère après l’assassinat de son ami jésuite Rutilio Grande en 1977. Dès lors, il perçoit la réalité différemment et va poursuivre l’œuvre du père Rutilio Grande qui fut un des chefs-d’orchestre de ce qui est appelé « l’option préférentielle pour les pauvres ». Débute alors pour Romero un nouveau combat : celui de la justice sociale au Salvador.

Comment qualifier la spiritualité de Romero ?
Romero est fortement marqué par la spiritualité ignacienne car il a fait ses études chez les jésuites salvadoriens puis il a été à l’université grégorienne de Rome, jésuite elle aussi. Plus tard dans sa vie il a fait les exercices spirituels de saint Ignace. Mais c’est à partir du choc de la mort tragique du père Rutilio Grande qu’il va s’inscrire dans une spiritualité réaliste, qui prend très au sérieux la présence de Dieu dans l’Histoire.

Mgr Romero et François, même combat ?
Même s’ils ne se sont jamais rencontrés, François et Romero sont engagés tous les deux dans cette option préférentielle pour les pauvres et l’attention aux signes des temps en tant que signe et présence de l’action de Dieu dans l’Histoire. C’est-à-dire que Dieu est présent et intervient dans l’Histoire mais pas directement, seulement à travers des signes et des médiateurs humains. Et la théologie de la libération donne beaucoup d’attention à ces fameux « signes des temps ». François, par son pontificat, confirme la théologie de la libération. Elle a un aspect pratique et matériel, il s’agit pour elle de changer la situation sociale et politique à partir de l’Évangile et de la foi. Et je crois qu’autant Romero que François font leurs ces orientations fondamentales.

Politiquement, Oscar Romero était-il engagé ?
Il était politique dans le sens prophétique de l’acception. Tout comme les prophètes dénonçaient les injustices et les oppressions, il faisait pareil au Salvador contre les oligarchies et les abus de l’armée. Il disait que la tâche de l’Église est de défendre les droits de l’Homme et la dignité humaine. Mais que c’était aussi le droit de juger des projets politiques à partir de ce qui est fait pour les pauvres.

Pourquoi indiquez-vous dans votre livre que c’est un martyr œcuménique ?
Les anglicans l’admirent beaucoup. Il y a même une statue de lui dans la basilique de Westminster à Londres où sont représentés 10 martyrs du XXe siècle. Pour choisir ces 10 martyrs, il y a eu de longues discussions pour chacun d’eux sauf pour lui, car tout le monde était d’accord sans équivoque.

Où en est la cause de canonisation d’Oscar Romero ?
Il a été béatifié le 23 mai 2015 et sa cause se poursuit avec Mgr Vincenzo Paglia comme postulateur. Le pape François a un intérêt spécial à l’égard de Romero mais il n’y a pas encore de date de canonisation. Il y a des spéculations sur une cérémonie conjointe avec une béatification de Rutilio Grande mais cela reste de la supputation. Pour autant le pape François a quand même dit que « le grand miracle de Rutilio Grande, c’est Mgr Romero », alors peut-être que les spéculations se transformeront en réalité.

Propos recueillis par Sabine de Rozières.

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Oscar Romero, prophète d’une Église des pauvres, par Martin Maier, Éditions Vie chrétienne, 2016, 12 euros. 

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