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Le prêtre « rigide et mondain » ? Un fonctionnaire « ridicule » qui fait fuir tout le monde

© MASSIMILIANO MIGLIORATO/CPP
May 12, 2014: Pope Francis greets priests during a special audience with members of religious colleges in Paul VI hall at the Vatican.
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Pour Noël, le Saint-Père presse le clergé sur le chemin du changement, sans mâcher ses mots !

Le cléricalisme ? Un mal dominé par « l’arrogance et la tyrannie »… Un prêtre « rigide et mondain » ? Un fonctionnaire « ridicule » qui fait fuir tout le monde. Le pape François, par deux fois cette semaine, a choisi des mots forts pour encourager les prêtres à un examen de conscience avant Noël. Les deux fois pendant ses messes matinales, à la Maison Sainte-Marthe, où il réside : tout d’abord le 9 décembre – jour de la sortie d’un nouveau document du Vatican sur la formation sacerdotale – puis le 13 décembre, jour de son ordination sacerdotale, il y a 47 ans.

Pour couronner le tout, le 15 décembre, il a invité les pasteurs à prendre exemple sur saint Jean Baptiste, qui avait le verbe haut et direct durant ses prédications, mais « comprenait la situation des gens, les aidait à grandir dans la foi », passant lui aussi par « des doutes », mais toujours fidèle à sa vocation et à la vérité.

Les prêtres, des médiateurs pas des intermédiaires

Pour transmettre l’amour de Dieu, les prêtres sont appelés à être des « médiateurs » et non des « intermédiaires » a souligné le pape François, lors de la messe du 9 décembre. Dans son homélie, centrée sur les tentations qui « peuvent mettre en danger » leur service, le Saint-Père a cité « la rigidité » et la « mondanité qui relèvent d’un état « schizophrénique », toxique pour le peuple de Dieu, qui s’éloignera de lui, mais aussi pour le prêtre qui vivra au fond de lui « un vrai drame ». Un prêtre mondain, rigide, est « un insatisfait parce qu’il a pris la mauvaise route ».

Les prêtres insatisfaits sont « loin de la logique de Jésus », a insisté le Pape. Au lieu de « s’annuler « , de « donner leur vie », de « payer de leur vie » pour « rassembler le troupeau et le conduire à Jésus », ils passent leur vie « à se plaindre, à être triste », ou alors « à chercher continuellement de nouveaux projets ou initiatives » pour se « faire voir » ou « faire sentir leur autorité ». Ces deux situations, a souligné le Pape « transforment le prêtre en fonctionnaire et finissent par le rendre ridicule » . Pas comme les vrais prêtres qui n’ont pas peur de se « salir les mains », de « jouer avec les enfants », qui « gardent le sourire et ont le sens de l’accueil ».


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Avant Noël, le souverain pontife a alors invité les prêtres à un examen de conscience, à se demander dorénavant chaque jour : « Aujourd’hui ai-je été un fonctionnaire ou un médiateur ? Ai-je cherché mon propre confort ou suis-je allé au service des autres ? Comment je veux finir ma vie de prêtre ? Comme fonctionnaire, comme intermédiaire, ou comme médiateur, c’est-à-dire en croix ? ».

Ces « intellectuels de la religion »

Et puis il y a le cléricalisme qui « instrumentalise la loi et tyrannise le peuple de Dieu », lequel se sent « abusé, écarté ». Un mal qui « était présent au temps de Jésus et l’est encore aujourd’hui », a déclaré le Pape, l’air visiblement contrarié, le 13 décembre dernier, jour de son ordination sacerdotale.  Pour le Saint-Père,  ce « mal » est  « un des fléaux les plus sérieux » qui affligent l’Église, comme il le disait encore tout récemment devant ses frères jésuites.

A tous ces «  intellectuels de la religion », comme il appelle ceux ceux qui se laissent « séduire par le cléricalisme », le souverain pontife a rappelé que « leurs victimes » les précèderont au royaume des cieux. Leurs victimes, selon le Saint-Père, ce sont « les exclus, ce peuple pauvre et humble qui a foi en Dieu » qu’ils regardent « avec orgueil et suffisance » et refusent de considérer parce qu’ils n’ont pas suivi la loi à la lettre, « même lorsqu’ils se repentent ».

Ces victimes, a insisté le Pape, « souffrent de ces injustices », se sentent « condamnées », « abusées ». Le cléricalisme est un mal « très laid »  qui « efface les lois du Seigneur ». Ces « intellectuels de la religion »   enseignent une « morale sortie de leur propre intelligence et non de la révélation de Dieu ». Le Pape a cité l’exemple du traitement fait à Judas, un « traître » qui a « beaucoup péché » mais s’est « repenti ». Il a voulu rendre l’argent de sa trahison, mais n’a pas été accueilli par les prêtres, oublieux de ce que doit être un pasteur. Ces « intellectuels de la religion (l’ont) rejeté, laissé seul ».


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La « grâce du doute »

« Les pasteurs doivent dire la vérité mais être toujours compréhensifs », a ensuite exhorté le Pape, le 15 décembre dernier, toujours à Sainte-Marthe. En ce temps de l’Avent, les prêtres, comme tout un chacun, sont appelés à « un changement de vie ». Pour cela, ils ont pour modèle le « grand » saint Jean Baptiste, qui incarne « un beau programme de vie chrétienne », leur a-t-il rappelé. Ce « géant de la foi » prêchait la conversion et « n’y allait pas à demi-mot pour condamner les orgueilleux ». Mais à la fin de sa vie, il s’est permis « de douter » : Jésus n’était pas un Sauveur « comme il se l’était imaginé ». Les « grands », a commenté le Pape, « sont sûrs de leur vocation mais à chaque fois que le Seigneur leur montre une nouvelle route (…), il doutent. (…) Le diable est à l’œuvre et il ne manque pas d’amis qui l’aident ». Mais les « grands » doutent  par fidélité « à ce que le Seigneur leur a demandé », précisément comme Jean le Baptiste, « fidèle à sa vocation et à la Révélation ».

François a encouragé les prêtres à demander « la grâce du doute ». Car, tant de fois, a-t-il conclu, à la fin de sa vie, est-il arrivé qu’un prêtre se demande : « mais tout ce à quoi j’ai cru est-il vrai ou ne sont-ce que des fantasmes ? ».

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