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Ayez confiance en Dieu !

© Leemage
"La creation d'Adam" (The Creation of Adam) Detail d'une voute de la chapelle Sixtine (Sistina) Fresque de Michelangelo Buonarroti dit Michel Ange (Michelange ou Michel-Ange, 1475-1564) Michel-Ange (Michelange ou Michel Ange, 1475 - 1564) 1510 Dim 280x570 cm Mur de la Chapelle Sixtine, Musei Vaticani Rome Italie ©Luisa Ricciarini/Leemage
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Retrouvez chaque dimanche de l'Avent l'homélie de l'Abbé Gaëtan de Bodard, curé dans la Sarthe (72).

Pauvre saint Joseph ! Imaginez un instant sa tête lorsque Marie revient toute heureuse de ce beau service rendu à Ein Karem auprès de sa cousine Elisabeth. Tandis qu’elle raconte la naissance du petit Yohanan – celui que nous connaîtrons plus tard sous le nom de Jean-Baptiste –, le miracle de Zacharie qui retrouve l’usage de la parole après neuf mois de mutisme, ses paroles d’action de grâce et d’émerveillement « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël », Joseph, lui, ne peut détacher son regard du petit ventre de Marie qui a commencé pendant ces trois mois d’absence à s’arrondir : il y a un petit être qui vit en elle, mais ce bébé ne vient pas de lui, Joseph… D’où sa peine, légitime – aussi pieux soit-il, il ne peut deviner que ce petit enfant vient du Ciel –, d’où sa tristesse, sa colère peut-être ! Mais Joseph est « un homme juste » : intérieurement, il pressent, il devine, il sait que Marie, sa fiancée, sa promise, est une femme droite. Tous les éléments sont contre elle, mais il n’arrive pas à la croire coupable d’un adultère. « Trop amoureux » ricaneront certains… Peut-être, mais, dans tous les cas, il prend la décision, en conscience, de sauver Marie de la lapidation qui est pourtant la peine qui attend les femmes adultères.

Parce qu’il a fait preuve de bonté, de charité – qui est le plus haut degré de l’amour – Dieu vient le réconforter, le rassurer, le soutenir. Pendant son sommeil, très certainement agité, l’archange Gabriel vient apaiser ses craintes : toute lumière lui est donnée sur cette situation pour le moins incroyable. Et justement Joseph va croire : son cœur, son âme, son intelligence, sa volonté, tout son être vont adhérer à ce mystère de foi : « L’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit saint ». Et Dieu, qui sait qu’Il peut demander beaucoup à ceux qui savent beaucoup aimer, lui demande d’être celui qui va prendre soin de l’enfant : « Tu Lui donneras le nom de Jésus ». Dans la culture juive, c’est le père, celui qui détient l’autorité, qui donne le prénom. À travers ce rite, Joseph est désigné comme père sur terre de cet enfant que porte Marie en son sein très pur. Au passage, vous noterez que Joseph est le premier homme au monde à avoir su le sexe de « son » bébé et sans échographie, je vous prie [1]

L’exemple de saint Joseph nous invite à développer un quatrième aspect de ce temps de l’Avent : après la vigilance la première semaine, la conversion la semaine suivante, la joie la semaine dernière, voici aujourd’hui, dernier dimanche de l’Avent, dernière étape avant la fête de Noël, la confiance. La confiance découle de la foi : parce que je crois que Dieu est fidèle, parce que je crois que l’Église ne peut n’y se tromper ni nous tromper, je fais confiance à Son enseignement et je m’efforce d’y adhérer de tout cœur.

Une confiance décapante

Mais vivre de cette confiance est exigeant, décapant même ! Souvent, nous voulons régler nos problèmes, nos difficultés comme des grands, à la force de nos petits bras musclés. Notre orgueil nous fait croire que nous n’avons pas ou peu besoin des autres et surtout pas du Bon Dieu. Parfois avec des arguments qui nous semblent justifiés, raisonnables : « Le Seigneur a des choses plus importantes à régler que mes petits problèmes – il y a tant de malheur plus grave dans le monde… » Si bien que nous ne nous confions pas à Dieu : nous L’écartons de notre vie de tous les jours, nous ne Le mettons pas dans le coup, oubliant juste qu’Il nous aime, qu’Il S’intéresse à nous et qu’en Jésus, Il a vécu notre vie humaine dans toutes ses dimensions – à l’exception du péché.

Je me permets juste de vous raconter une petite histoire : il me semble qu’elle marquera davantage les esprits qu’un long discours théologique. C’est une histoire vraie à 100% : je vous en garantis l’authenticité puisque c’est à moi qu’elle est arrivée. Quand j’étais aumônier militaire, j’ai dû régler une situation pour le moins complexe qui a traîné sur plusieurs semaines. Je ne voyais pas comment m’en dépatouiller : j’avais beau tourner la question dans tous les sens, c’était inextricable, ingérable. Malgré mon engagement, les rencontres que j’avais proposées, les discussions enclenchées, les propositions autres issues de sortie, rien, nada, que dalle ! C’était, pour moi, une situation d’échec sur toute la ligne. Un jour, à la Messe – je célébrais seul – écœuré, j’ai dit au Seigneur : « Je n’en peux plus, je n’y arrive pas ; maintenant c’est Votre problème, votre affaire : je Vous refile le pot de pus [2] : Vous Vous débrouillez avec ! »

Je termine la célébration de la Messe et je commence à retirer les ornements, l’aube, le cordon, l’amict, la soutane quand le téléphone sonne. C’était une des personnes liées à cette situation délicate qui me dit texto : « Padre : vous n’allez pas le croire – c’est inexplicable – mais il a dit oui, enfin ! » Mes yeux se sont remplis de larmes et j’ai bafouillé deux-trois trucs inaudibles tellement j’étais sous le choc avant de raccrocher. Instinctivement, j’ai tourné le regard vers la croix de l’autel et j’ai dit « Mais quel c… ! » Cela faisait plusieurs semaines que je me débattais avec cette affaire et pas une fois – moi qui suis prêtre de Jésus – je n’ai pensé à la Lui remettre explicitement entre les mains ! Bien sûr, je Lui en avais parlé mais comme on évoque un souci. Je ne Lui avais pas demandé de m’aider, d’éclairer ces personnes, de prendre les choses en main ! Je me croyais assez fort, suffisamment intelligent, raisonnablement diplomate pour régler la crise. Tu parles ! Quel orgueil ! C’est Dieu et Dieu seul qui est le Maître de la vie, du monde, du temps. Or Il veut mon bien, Il veut notre bonheur. Alors confions-Lui nos vies, nos projets et nos soucis. Bien sûr que c’est à nous d’avancer, de nous remonter les manches et d’aller au charbon, mais pas sans Lui ! Pas sans l’aide du Saint-Esprit ! Je peux tout Lui dire, tout Lui confier ! Que cette dernière semaine qui nous reste avant Noël nous aide à faire ce plongeon dans la confiance : que nos vies appartiennent complètement à Dieu qui, seul, a la possibilité de nous rendre heureux !

[1] Même s’il a aussi été prévenu par un ange de la naissance à venir d’un fils [cf. Lc I, 13], je mets Zacharie à part puisqu’il n’a pas pris au sérieux cette annonce…

[2] Expression militaire certes peu élégante mais qui a l’immense mérite d’être claire et explicite.


Retrouvez sur le site des communautés paroissiales de Fresnay-sur-Sarthe, Oisseau-le-Petit et Sougé-le-Ganelon l’homélie de l’abbé Gaëtan de Bodard ou suivez-le sur Twitter.


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