Culture

Les plus belles œuvres pour se préparer à Noël

Historienne d’art d’expérience, Sophie de Gourcy nous donne accès aux plus grands tableaux avec grâce et simplicité.

Les plus belles œuvres pour se préparer à Noël

Lorenzo Lotto

Il faut une grande intelligence et une fréquentation assidue des oeuvres pour livrer au grand public un livre d’une telle densité. La langue de Sophie de Gourcy est élégante sans être ampoulée, précise sans être trop érudite. Un tel ouvrage, magnifiquement illustré et dont on supplie l’éditeur de décliner la formule  comble ce grand regret que nous portons souvent en parcourant les musées : ne pas tirer des tableaux tout ce qu’ils voulaient nous offrir.

Une approche très pédagogique

Les huit tableaux présentés balaient de larges pans de l’histoire de la peinture : Fra Angelico, Lorenzo Lotto mais aussi Van der Weyden ou Jordaens. L’auteur n’est pas allée aux plus évidents : Champaigne, Botticelli ou Le Pérugin mais probablement aux tableaux les plus chers à son regard de critique et de pédagogue. Car chaque tableau est l’objet d’une leçon, enseignée par un talentueux professeur. Après une description générale, un rappel du contexte, le tableau est méthodiquement expliqué et une grande attention est accordée aux détails. Car Sophie de Gourcy rappelle que rien n’est gratuit sous la main du peintre et que tout ce qui naît du pinceau est porteur de sens. Ainsi, dans une Nativité de Lorenzo Lotto, ce petit baluchon posé aux pieds du Christ nouveau-né pour signifier le poids des pêchés et des soucis que chacun d’entre nous doit déposer aux pieds de notre Sauveur. « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et ployez sous le fardeau, je vous soulagerai ». De tels détails, dont la richesse théologique ou philosophique nous serait passée inaperçue, l’auteur nous en révèle des dizaines. Quelle chance !

Retrouver un regard d’enfance

La grande conviction de Sophie de Gourcy est que ces tableaux étaient immédiatement compréhensibles aux hommes de leur temps, aussi peu éduqués étaient-ils. Peut-être pas intégralement, pas doctement, mais ils étaient compris dans l’essentiel de leur message. Et tous ces tableaux parlaient de la grandeur de Dieu, mettaient leur beauté à son service. « La beauté de Dieu est admirablement simple ». Il fallait du génie pour rassembler une telle densité avec de pauvres mains d’hommes, et une grande foi : « C’est une évidence : un homme qui n’a pas la foi, ne peut peindre cela ». Le peintre rappelle le tragique de chacune de nos vies : nous n’avons que peu de temps pour mériter notre salut. Quel plus beau motif que celui de la Nativité pour nous inviter à nous remettre à la toute puissante douceur de Dieu ? L’auteur conclut son ouvrage par une citation de Charles Péguy, qui rappelle notre condition déchirée : « C’est la foi qui est facile et de ne pas croire qui serait impossible. C’est la charité qui est facile et de ne pas aimer qui serait impossible. Mais c’est d’espérer qui est difficile ». Nous peinons à espérer car nous sommes trop lourds, contemplons avec le regard de notre enfance pour retrouver… la légèreté des enfants de Dieu.

9782220067469

Apprendre à voir La Nativité, Sophie de Gourcy, éditions Desclée de Brouwer, 128 pages, 24 euros.

 

 

 

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