Opinion

Le catholicisme et le transhumanisme sont-ils des humanismes ?

"Ce qui fait l’homme différent des animaux, c’est sa capacité à continuer l’œuvre du Créateur en se construisant lui-même tel un sculpteur."

Le catholicisme et le transhumanisme sont-ils des humanismes ?

© Leemage

Dans le document de l’épiscopat portant sur le transhumanisme, Jean Guilhem Xerri conclut par un chapitre qu’il intitule « Le transhumanisme ou le projet d’un humanisme réussi ». Pour l’auteur, le transhumanisme est l’ultime avatar de l’humanisme athée visant à émanciper l’homme de la transcendance pour s’attacher seulement à ce qui est d’ordre humain [1]. C’est peut-être aller un peu vite. Car le transhumanisme s’oppose à l’humanisme sur beaucoup de points.

Pour le philosophe Jean-Michel Besnier, la conviction des humanistes de toujours est que l’homme est l’homme parce qu’il sait s’arracher à l’inertie naturelle, grâce à l’éducation, contrairement aux animaux qui ne le peuvent pas. [2]

Le catholicisme ne renierait pas cette définition, lui qui insiste tellement sur le libre-arbitre et sur l’importance de la volonté humaine tant dans le cheminement spirituel que moral et sociétal.

Rappelons que le vieil humanisme de la Renaissance insistait sur la capacité méliorative de l’homme qui fondait sa dignité :

« Le parfait Artisan décida finalement qu’à celui à qui il ne pouvait rien donner en propre serait commun tout ce qui avait été le propre de chaque créature. Il prit donc l’homme, cette œuvre à l’image indistincte, et l’ayant placé au milieu du monde, il lui parla ainsi : “Je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton propre arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. Je t’ai mis au milieu du monde, afin que tu puisses mieux contempler autour de toi ce que le monde contient. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur. Tu pourras dégénérer en des formes inférieures, comme celle des bêtes, ou régénéré, atteindre les formes supérieures qui sont divines” ». [3]

Dans l’esprit des hommes de la Renaissance, l’homme cultivé, par exemple, n’a donc pas plus de dignité ontologique que l’inculte, mais c’est sa capacité essentielle à se cultiver qui lui donne sa dignité d’homme.


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Ce qui fait l’homme différent des animaux, c’est sa capacité à continuer l’œuvre du Créateur en se construisant lui-même tel un sculpteur. A priori, on pourrait croire que cette attitude est proche de celle des transhumanistes qui invitent d’ailleurs parfois Pic de la Mirandole pour défendre le bien fondé de leurs idées. Pourtant, cette communauté d’esprit n’est qu’apparente. Pendant la Renaissance, on souhaitait mettre en valeur notre dignité et notre liberté ontologique pour nous faire devenir plus humain sans jamais renier Dieu, seul capable de sauver l’homme [4]. Car si la volonté humaine est essentielle pour s’ouvrir à la Grâce et agir pour le bien, c’est bien Dieu in fine qui sauve et élève.

Le transhumanisme nie toute transcendance divine mais dans sa version la plus dure, nie la notion même d’humanité.

L’humanisme chrétien insiste, à juste titre, sur notre libre-arbitre et notre capacité d’être co-créateur du monde, de travailler en synergie avec le Créateur malgré notre finitude. C’est une vision positive de l’homme.

Là où Pic de la Mirandole exhorte à tirer le meilleur de ce qui fait notre nature, les « transhumains » ont honte de notre finitude. Ils jettent un regard dépréciatif sur la nature humaine et par conséquent veulent l’abolir.

D’un côté, il y a la joie d’être perfectible (moralement, intellectuellement, artistiquement…), de l’autre l’obsession maniaque de la perfection avec cette dimension du tout, tout de suite et de l’utilitarisme si typique de notre époque.

D’un côté un courant transhumaniste qui finalement déteste l’homme dans sa finitude physique, intellectuelle, morale et qui souhaite sa disparition et de l’autre, le catholicisme qui est le véritable humanisme.

Car, il faut cesser d’opposer « humanisme » et « croyance », « homme » et Dieu. Non. C’est parce que je suis croyant que j’aime l’homme. C’est parce que j’ai la foi au Père Créateur que je peux considérer mon prochain comme mon frère, c’est parce que je sais que nous sommes tous sans exception fait à l’image de Dieu que chaque être humain acquière une dignité sans égale, c’est parce que je pressens le Dieu d’amour que je peux tenter de m’inscrire dans cette force d’amour pour tous les hommes quelques soient leur origine ou leurs croyances vraies ou fausses, c’est parce que j’éprouve un choc de conversion à chaque foi que je prends conscience que Dieu est venu souffrir et mourir pour moi que je peux passer outre ma petite fierté et me donner à l’autre, c’est parce que je sais Dieu présent en chacun que chaque visage devient icône, que chaque regard devient porte vers le Ciel… Humanisme et foi en Dieu ne s’opposent pas car Dieu ne s’oppose pas à l’homme mais lui tend la main pour le hisser à des hauteurs insoupçonnées. En réalité, l’humanisme véritable ne peut que s’appuyer sur une foi solide dans le Dieu Incarné.


[1]   Jean-Guilhem Xerri, op.cit. p 16.
[2]   Jean-Michel Besnier, Demain les posthumains, Pluriel, 2012.
[3]   Pic de la Mirandole, Discours sur la dignité de l’Homme (1487), L’éclat, 1993.
[4]   N’en déplaise à Michel Onfray qui veut opposer l’humanisme « héroïque » et artistique de la Renaissance au christianisme (La sculpture de soi, livre de Poche, 1996), ce qui a bien des égards est un non-sens.

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