Culture

De l’or dans les mains. Entretien avec RP Denoël, dessinateur de BD

Découvrez chaque semaine le portrait d’un artisan ou d’un artiste qui met ses mains au service du Beau.

De l’or dans les mains. Entretien avec RP Denoël, dessinateur de BD

Aleteia : Devenir dessinateur de bande-dessinée, c’était un rêve d’enfant ou un virage d’adulte ? Quel fut votre parcours ?
RP Denoël :
À vrai dire, j’ai toujours dessiné et aimé l’association du texte et de l’image. Je pense pouvoir remonter jusqu’à mes 7 ans. À 10 ans, je m’imaginais déjà auteur de bande-dessinée.

Et puis il a fallu choisir une voie. Après un bac général, je me suis donc orienté vers des études de dessin et ai suivi pendant trois années les cours du CFT Gobelins en animation et storyboard. Même pendant mon service militaire, j’ai pu dessiner ! Mes dispositions ont été utilisées entre autres pour présenter le Fort d’Ivry et illustrer les archives de l’armée. Mon premier album est publié chez Glénat en 1997 :  il s’agit déjà d’un récit historique baptisé Ombres et Lumière.

J’ai ensuite oeuvré pendant 18 ans dans le storyboard de séries animées .

C’est la publication de Sur les pas dell’Arte en 2011 qui m’a remis à la BD. Depuis 2012, j’enchaîne les albums chez Artège BD : Cathelineau (2013) sur les guerres de Vendée, Herr Doktor (2015) sur le sort d’un « malgré-nous », et en octobre dernier, avec le même scénariste, la biographie de Franz Stock. Actuellement j’ai repris le fil rouge entamé avec Herr Doktor puisque je travaille sur le thème de la Résistance.

Quels ont été vos dessinateurs favoris, depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui ? Vous reconnaissez-vous des « maîtres » dans le neuvième art ?
Mes influences majeures viennent de la BD franco-belge. Si je dois citer un nom, c’est celui de Jacques Martin dont la ligne claire et le classicisme m’ont marqué depuis que j’ai eu l’âge de lire, et chez lequel je retrouvais ce goût de mêler dessin et histoire de façon romanesque.

Vous suivez en effet depuis cinq ans une veine très « historique », est-ce pour suivre les goûts du public ou êtes-vous vous-même un mordu d’histoire ?
J’ai, depuis tout jeune, toujours eu un goût prononcé pour l’histoire. C’est donc naturellement  que je me suis dirigé vers le genre de la BD historique et non par un quelconque opportunisme ! J’apprécie particulièrement de travailler sur ce qui touche à notre mémoire.

Quelles sont les moments les plus forts dans votre métier ? Avez-vous toujours le même plaisir qu’à vos débuts à reprendre les crayons en main ?
Incontestablement oui. Si je dois retenir deux moments particulièrement forts de ma carrière, je les choisirais à chaque extrémité. D’un côté, mon travail de lettreur pour le grand Jacques Martin en 1990, je n’avais alors que 20 ans ! De l’autre, mon retour à temps plein à la bande-dessinée en 2012 (avec Cathelineau) grâce aux éditions Artège.

Vous venez de signer une superbe biographie de l’abbé Franz Stock. Qu’est ce qui vous a le plus frappé chez ce prêtre ? Êtes-vous vous-même croyant ?
Comment ne pas être frappé par Franz Stock ? Voilà un homme de paix, qui a été de façon constante un pont entre Allemands et Français, déchirés par la guerre. Il œuvra jusqu’au bout à la réconciliation de nos deux peuples. Anecdote révélatrice de l’importance de son rôle durant la guerre : sa tombe dans l’église de Rechèvres, à Chartres, a été financée par des familles de résistants.

Sa personnalité m’a fortement impressionné et j’espère que cela se ressent à la lecture. De mon côté, je suis croyant mais sans avoir « la foi du charbonnier ». Des hommes comme Franz Stock sont incontestablement des phares dans les ténèbres.

J’aime par mes rencontres ou mes lectures trouver ces êtres d’exception qui montrent un chemin, ceux qui vous aident à vivre, ce qui peut d’ailleurs s’exprimer par l’art, beauté et vérité étant la quête de toute une vie.

Propos recueillis par Thomas Renaud

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